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19 février 2006 7 19 /02 /février /2006 19:35
L’amante est arrivée trois minutes après la compagne. Elles se sont parlé dans le jardin, puis les trois sont rentrés pour se mettre au chaud. Étrange passage : on aurait dit une mère confiant son enfant à une baby-sitter, leur recommandant de partir vite car il se faisait tard, et de ne pas prendre froid sous la pluie… En réalité la compagne languissait de se retrouver seule pour écrire sur quelque chose de très beau qu’elle venait de vivre.

Au bout de trois cent mètres, l’amante s’est garée au bord du chemin pour boucler sa ceinture et embrasser le compagnon — que nous appellerons « l’amant » pour la suite de l’histoire. Ils ont envisagé d’aller au cinéma, mais on passe d’abord à l’hôtel ; le restaurant est fermé pour cause de rénovation ; on dépose ce qui sert de bagage (les amants se contentent d’une brosse à dents). Puis on s’assied sur le lit, on s’enlace, on s’embrasse, on s’effondre, on se dévore, les chaussures tombent au milieu de quelques vêtements, les mains deviennent folles sur un mamelon, une verge tendue au seuil de douleur ; les dents s’attaquent aux lèvres, aux langues et tout ce qui peut être mordu sur le bord d’un lit, sans prendre le temps d’éteindre le plafonnier. Encore des vêtements qui tombent et une couverture jetée à la hâte sur le dos de l’amante car elle a froid. Elle est morte de fatigue, elle a failli s’endormir au volant sur l’autoroute. Il faudra que je lui dise que c’est très dangereux et qu’il faut s’arrêter immédiatement, mais elle fait voltiger mon sexe entre ses doigts en le mouillant de salive ; quelle virtuosité ! Si elle insiste je vais laisser une trace sur sa belle jupe blanche.

La compagne sentait divinement bon, ce soir, et l’amante est déçue que ses huiles essentielles à elle ne soient jamais acceptées. Il y a une rivalité olfactive entre les deux femmes, et peut-être quelques molécules synthétiques pour fausser le jeu.

Scène suivante : ils sont au lit, l’amant s’est décidé à faire l’obscurité. Il n’est plus question de repas ni de sortie, d’ailleurs personne n’a l’heure.

Jamais ils ne sont allés aussi loin dans la dévoration des lèvres (d’en haut). Comment une femme peut-elle avoir une bouche aussi délicieuse ? Celle de l’homme aussi doit l’être, des femmes le lui ont dit. Puis les seins : morsures très fortes sur des mamelons roses comme ceux d’une adolescente ; elle crie de plaisir et mord à son tour l’amant pour le conduire au seuil de l’orgasme — je te pousse dans le vide ? — jusqu’à ce qu’il crie grâce.

Ensuite elle a pris le membre de l’homme pour l’agiter contre son bouton, le faire venir en elle et sur elle. Mais son sexe n’est pas très ouvert, l’homme se sent serré agréablement mais il a peur de lui faire mal. Elle est arrivée à un palier de plaisir et n’ira pas au-delà. Alors il ralentit progressivement, jusqu’à ce que son arbre devienne très souple, vide de désir, puis il se retire discrètement et s’allonge contre elle. Ils s’endorment immédiatement.

Sommeil difficile. Le matelas est trop mou pour des étirements qui soulageraient les dos. Elle s’est repliée en boule, il est allongé sur le dos sans la toucher, à rêvasser le sexe en berne.

Dans un rêve, Marie est allongée nue sur le sol de la chambre, éclairée par la pleine lune. Apparition féérique. Il retient son souffle, fait semblant de dormir, elle vient s’allonger contre lui, frotte un mamelon contre ses lèvres, prend son sexe à pleines mains et lui présente un jardin brûlant… Mais l’image de Marie s’efface. L’amante dort toujours en lui tournant le dos.

La lumière se glisse à travers les rideaux. Elle le regarde en souriant.
— J’ai eu très mal cette nuit, une sciatique qui s’est aggravée. J’ai besoin de repos, je fais trop de kilomètres.
Elle est allée se faire couler un bain. Il écoute les bruits d’eau. Il a déjà pris une douche, en pleine nuit, afin que leurs corps soient apprêtés à tous les menus de la gastronomie amoureuse. Elle revient, chaude et ruisselante, s’allonge nue et se laisse dévorer. Les lèvres d’en bas, cette fois, en donnant des coups de reins, car c’est elle qui pénètre, son sexe est devenu un arbre et réclame aussi des morsures. L’homme lui prête à nouveau sa verge pour qu’elle joue à la frotter sur le bouton diabolique. Il roule sur le dos, elle s’assied à califourchon, et je te frotte, je te crie de plaisir avec des grognements de chienne — que cette femme est bizarre — une fois, deux fois, trois fois… puis elle plonge le jouet en elle et lui donne un ordre : « Viens sur moi ! »

Il est venu sur elle. Cette fois elle était grande ouverte et l’a pressé de l’envahir profondément. Il a joui pour mettre un terme à ce ballet volcanique.

L’amante et l’amant sont restés longtemps accouplés, lui de nouveau dressé, elle un peu soulagée de sa sciatique. Ils ont dormi encore puis se sont levés. Elle lui a fait lire des pages de « L’art d’aimer » d’Ovide, ils ont disserté un peu sur les joies de l’infidélité. La réception les a appelés car il était midi.

L’amante a déposé l’amant en ville pour qu’il redevienne le compagnon, emmenant sur lui un mélange incompatible d’huiles essentielles. Le couple tranquille a déjeûné dans un restaurant thaïlandais pendant que l’amante redevenue compagne roulait rejoindre l’ami dont elle fête l’anniversaire.

Un dimanche ordinaire en famille.

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

Ligérienne 20/02/2006 08:44

J'en conclus que la famille est bien une valeur fondamentale

Julien Lem 20/02/2006 10:13

Le dimanche, oui, certainement. ;-)Pour moi elle est plus une réalité qu'une valeur, à partir du moment où un certain nombre de personnes estiment qu'elles ont avantage à vivre ensemble.  Il est rare que les enfants ne souffrent pas, au moins à une période de l'enfance, d'être privés d'une "cellule parentale" qui leur donne une vision "binoculaire" du monde.  Comment cette cellule est insérée dans le corps social, quels rôles elle met en place, comment elle interagit avec le modèle dominant (hétéroparentalité), etc., on peut en discuter au cas par cas, et chacun apporte ses solutions.Et plus tard, quand les enfants ont grandi et ne dépendent plus matériellement de leurs parents?  Il s'est passé beaucoup de temps, le couple a une histoire, un projet de vie, des rôles à jouer dans la société.  Autant de bonnes raisons de prolonger cette cohabitation très agréable.J'espère, dans ce petit récit, contribuer à montrer que tout cela n'a rien à voir avec l'exclusivité sexuelle.

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