Mercredi 8 février 2006 3 08 /02 /Fév /2006 00:19
J’ai écrit « Je l’ai tuée parce que je l’aimais trop » en retardant le moment de rappeler Patricia. Puis j’ai relu sur ce blog le récit de nos rencontres et les échanges de courriers qui condensent l’essentiel de notre « travail au quotidien » (« La voie de l’extase (1) » et suivantes) sur la peur de perdre et l’attachement. Je n’ai rien à ajouter ni retrancher aux impressions et sentiments exprimés dans ces textes, chaque mot me paraît avoir sa place.

J’avais besoin de me remettre au diapason avant d’entendre sa voix. J’ai donc attendu le dernier moment pour appeler, une fois mes collègues partis, mais elle n’était pas seule et nous avons convenu d’un rendez-vous à 21h00.

En rentrant il y avait, non pas de l’eau dans le gaz, mais de la fumée dans la cuisine : une casserole de riz oubliée sur le feu… Nous avons donc dîné peu avant 21h00, puis Aimée a senti le besoin de converser avec un ami qui ne va pas bien du tout. J’ai ouvert le clavier du piano et regardé les touches et les marteaux sans oser attaquer un prélude.

21h35, la ligne est libre, j’appelle.

Échanges de nouvelles sur le travail, les événements familiaux, la barrette mémoire sur son ordi. Nous savons bien que nous sommes là pour parler d’autre chose, mais il nous faut du temps pour retrouver les tonalités et les rythmes de nos conversations en forme de fugue. C’est la seule personne au monde avec qui je prends plaisir à parler au téléphone ; son accent y est pour quelque chose mais il n’explique pas tout.

Patricia (exit Iliana) reconnaît que nous nous sommes quittés de manière abrupte, de par l’envie subite d’ouvrir toutes grandes les portes et les fenêtres pour aérer nos esprits ; elle ajoute que, depuis cette date, elle n’écrit plus ; qu’elle sera heureuse que je lui renvoie ses anciens messages, car elle voudrait s’y remettre ; que nous devrions d’ailleurs écrire un livre à deux sur ces histoires de couple et de dépendance. Je lui réponds que je suis en plein dedans.

Elle a rencontré un homme peu après la mise en sommeil de notre relation. Ils ont fini par tomber amoureux, dans une totale dépendance, avec une distance géographique suffisante pour ne pas étouffer. Il essaie d’ailleurs de l’appeler pendant notre longue conversation, mais ce soir elle a ouvert une fenêtre longtemps restée fermée. Non, elle ne dira pas à Adrien qu’elle était en train de parler avec un « amant » ! D’ailleurs elle serait bien incapable d’avoir un amant dans cette période fusionnelle, mmmh, mais, bon, elle a quand même envie qu’on se parle et qu’on s’écrive, ce qui n’engage à rien.

Je ne suis pas surpris qu’elle m’ait appelé hier, alors que je suis dans une nouvelle phase de questionnement sur le couple (à la lecture de récits), ni qu’elle se repose les mêmes questions dans une autre relation. Il n’y a aucune télépathie entre Patricia et moi, notre relation est saisonnière et chaque année quelque chose de nouveau pointe son nez en janvier-février. Je sais — elle sait — qu’un nouveau « passage » nous attend et que nous sommes disposés à nous y aventurer.

23h45. Elle m’envoie des photos.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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