Mardi 7 février 2006 2 07 /02 /Fév /2006 17:22
Je réponds en différé à l’article de Nina, « La beauté féminine » — comment ne pas être inspiré par un tel sujet ? En fait, j’ai déjà répondu sur son blog mais j’y ai repensé depuis.

Quand on commence par parler de manière générale du couple, de la fidélité et de la liberté, en toute honnêteté on finit par se poser la question : suis-je jaloux/se par nature ? Il y a une réponse « à froid » qui dépend de ses convictions et de ses croyances, et puis des réactions à chaud — quand ça se met à chauffer, et que le partenaire sexuel préféré, comme disent les Américains bien élevés, se prend l’envie d’aller voir ailleurs ou se fait la malle.

Ce qu’écrit Nina concerne surtout la rivalité que je distingue nettement de la jalousie. Elle me paraît inévitable dans la vie sociale : la personne qui passe devant toi à la Poste, celle qui répond à ta place dans un débat… Je crois qu’il est naturel de ressentir une montée d’adrénaline et de testostérone chaque fois qu’un homme ou une femme exerce devant nous un pouvoir de séduction que nous ne pouvons pas égaler ou surpasser. C’est « naturel » au sens que la tension tombe d’elle-même sans que nous fassions quoi que ce soit. On peut finir par rire de soi.

La jalousie me paraît liée à un conditionnement psychologique qui vient de bien plus loin : la peur de se retrouver seul, le sentiment d’abandon, le déni d’existence, tout ce que les parents « civilisés » savent si bien cultiver chez des nouveau-nés abandonnés dans le noir, privés de contact, et plus tard privés de parole. Une parenthèse : ça fait plus de vingt ans que les primatologues ont montré expérimentalement les conséquences désastreuses de la privation sensorielle (toucher, mouvement, odorat), qu’Alice Miller a écrit « C’est pour ton bien » (Du sollst nicht merken), mais les pédiatres français, et une bonne partie des psy, continuent à prêcher les vertus supposées de la « socialisation » et de la « coupure du cordon ombilical »…

Ces peurs sont donc enracinées en grande partie par cette violence éducative qu’il n’est pas encore politiquement correct d’assimiler à de la maltraitance. L’adolescence sur ce fond de violence — avec des parents qui n’ont rien compris à leur responsabilité — n’est pas faite pour calmer le jeu. Au contraire, ces enfants qui étaient si sages à la crèche finissent par se réveiller, on devrait s’en réjouir.

Plus tard, pour exorciser ces peurs et résoudre en partie les tensions, nous allons souvent spontanément à la rencontre de gens ou de situations qui nous remettent en danger. Il n’y a pas de limite à l’escalade, jusqu’au crime passionnel qui amène certains à détruire ce qu’ils ont si peur de perdre.

On dit parfois que telle personne est maso parce qu’elle se remet avec un type ou une fille qui a exactement les mêmes problèmes que son ex… Je pense que c’est le signe qu’on a besoin de reproduire la situation tant qu’on n’a pas résolu le problème à la source. Permettez-moi de douter que le couple monogame moderne soit la meilleure thérapie. Ceci dit, j’adore regarder Friends.

Mon propos paraîtra excessif, mais je tiens à souligner la continuité entre la gentille passion teintée de romantisme et celle — dont soudain on décrète qu’elle serait devenue « aveugle », comme si elle était lucide au départ — qui peut nous conduire à des actes (auto)destructeurs. C’est simplement une question de dosage, peut-être même un dosage d’hormones… La barrière qui empêche le passage à l’acte est une construction sociale. Or, les constructions sociales deviennent fragiles dans les périodes de changement ; et puis il y a tant de manières de détruire quelqu’un sans lui tirer une balle. Le harcèlement, vous connaissez ?

J’ai eu la chance de rencontrer une femme qui n’a jamais subi ce conditionnement. Entre nous, il n’y a jamais eu de peur que « l’autre » s’en aille bien que la porte soit toujours restée ouverte. De la rivalité, oui, nous en avons vécu et nous en vivrons encore. Mais, dans les relations éphémères avec d’autres femmes, j’ai été confronté à cette peur d’abandon et aux mécanismes de jalousie qu’elle met en route. J’ai beaucoup de gratitude envers Patricia, mon amante saisonnière, d’avoir exploré sans complaisance les mécanismes de l’attachement et de l’abandon (un leitmotiv dans « La voie de l’extase (5) »).

Au delà des grands sentiments et des grands principes (la fidélité-exclusivité, la liberté sexuelle), il me paraît important de faire le point, chacun pour soi, sur sa « sécurité affective », autrement dit les raisons de notre besoin de vivre en couple dans une relation stable jamais remise en question. J’avoue que c'est difficile de le faire sincèrement. Il est tellement plus gratifiant de servir d’exutoire à ce besoin affectif qui, pour moi, n’est pas de « l’amour »...
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Commentaires

L' autonomie et l'indépendance permettent d'éviter le désir de d'exclusivité. Et puis, nous sommes tout(e)s uniques, comme chaque relation est unique, que vouloir de plus ?
Avoir envie, mais  ne pas envier.
Inventer un autre terme qu' "Amour".
Ya du boulot !
Commentaire n°1 posté par Ligérienne le 08/02/2006 à 10h54
"Avoir envie, mais  ne pas envier" : très bon résumé !
Réponse de Julien Lem le 08/02/2006 à 19h24

"notre besoin de vivre en couple dans une relation stable jamais remise en question."


Tout d'abord, bonjour. C'est la première fois que je viens sur ce blog, et j'y décrouvre pas mal de texte avec des vraies réfléxion sur la vie en général. Bravo.


Pour en revenir à l'extrait que j'ai cité de l'article (dernier paragraphe) :
Personnelement, je pense que que relation stable et remise en question vont de pair.


Pour moi, une relation stable, ce n'est pas une relation ou l'on sombre dans le gnian gnian et l'immobilisme, mais une relation ou il y a des divergeances, des conflits.


Ce sont ces conflits qui apportent la stabilité du couple, une remise en question permanente vis à vis de soit, et surtout vis à vis de celui qui partage notre vie.


A partir du moment ou un couple est OK pour ne pas être mutuellement exclusif, tout va bien.
Mais si une des deux personnes veut garder une certaines indépendance sexuelle, et que l'autre souhaite au contraire rester l'unique partenaire, alors là, ce n'est plus un conflit, c'est un problème de vision de ce qu'est une relation à deux.


J'ai fait le choix de n'avoir qu'une partenaire, elle a fait le choix de n'avoir que moi. Nous sommes d'accord là dessus, mais ce n'est qu'une partie du couple.


Ensuite, le désir, l'amour qu'on éprouve pour l'autre, voir même la jalousie, ne sont que d'autres paramètres.
D'ailleurs, dans un couple "fidélité-exclusivité", j'estime qu'un minimum de jalousie est nécessaire, ne serait-ce que pour montrer à l'autre qu'on tiens à elle, et qu'on ne veut ni la "perdre", ni la "partager" (j'ai mis des guillemets et de l'italique, car ces notions dépendent encore de chaque personne ...)


Maintenant, quand on en arrive au stage où l'on préfère soit même détruire/tuer l'être qu'on chéri plus que tout au monde plutôt que de le perdre, c'est qu'on a soit un très gros pb de jalousie, soit un égo hyper développé, soit les deux.


Mais il y a beaucoup trop de choses à dire sur un tel sujet pour en parler "facilement" sur un blog de façon suivie...


En tout cas, je vais continuer mon exploration, et je reviendrais ...

Commentaire n°2 posté par Nam le 15/02/2006 à 15h12
> A partir du moment ou un couple est OK pour ne pas être mutuellement
> exclusif, tout va bien.

Est-ce que ces couples "OK" en ont parlé dès le départ ?  Ou bien se sont-ils contentés de suivre implicitement la norme sociale?

That is the question...
Réponse de Julien Lem le 15/02/2006 à 21h40

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