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6 février 2006 1 06 /02 /février /2006 12:15
Elle me rend fou et je déteste ça.

Cette belle insouciance que je cultive dans ma vie affective — ne pas donner prise aux jeux de séduction, rester zen en toutes circonstances, jouer à l’esthète qui apprécie le beau sans prétendre le posséder — cette insouciance se casse la figure en face d’elle. Je retrouve en moi l’adolescent impatient après des années de privation affective et de célibat forcé.

Ce qui m’énerve, pour commencer, c’est qu’elle porte un prénom suédois, alors qu’elle n’est pas plus suédoise que vous et moi. Même pas tout à fait blonde. En finir avec les fantasmes sur les Suédoises et les petites Anglaises, pfff, vas-y mollo pépé, le viagra c’est sur ordonnance !

Non, cette jeune personne — je ne sais même plus s’il est plus politiquement correct de dire « jeune fille » ou « jeune femme », disons « jeune étudiante »… comme s’il y en avait des vieilles, et pourquoi cette manie de classer les femmes selon qu’elles ont ou non déjà « servi », ou par date limite de consommation, comme les produits frais au supermarché ? Bon, bref, Solveig pour ne pas la citer, me rend fou. Je l’ai déjà dit mais j’aimerais comprendre pourquoi. Elle travaille comme stagiaire avec ma collègue préférée, qui me connaît assez pour se délecter de mon trouble sans piper mot. (J’aime bien le verbe « piper » dans ce contexte…)

Pour être belle, sûr qu’elle l’est, je ne pourrais pas la décrire sans tomber dans la banalité du canon esthétique dont nous sommes abreuvés par les médias. J’aimerais qu’elle me fasse l’amour et j’en ai rêvé, je crois que ça résume tout. Elle a vraiment la bouche de Scarlett Johansson, c’est con, et en plus ça aggrave mon cas de l’avoir remarqué.

Solveig est douée pour le boulot. Ma collègue en rajoute donc sur le ton « tu aimerais qu’elle me remplace ! », doublement ambigu parce que, le critère du choix n’étant pas énoncé, la rivalité ne s’exprime pas clairement. Il y a beaucoup de connivence entre nous, quelques confidences sur notre vie personnelle, mais le jeu s’est jusqu’ici limité à porter un regard amusé sur les turpitudes de nos collègues de travail. Or, depuis que Solveig est entrée dans le cercle, les barrières convenues ont tendance à voler en éclats. Allez, je vais me déculpabiliser en imaginant des jeux d’attirance entre les femmes…

Solveig me sourit volontiers sans y être invitée. Elle aime qu’on l’apprécie et j’ai du mal à trouver le ton juste pour qu’elle reconnaisse mon appréciation « objective » de ses aptitudes sans que d’autres pensées ne viennent interférer. Je suis debout à lui montrer quelque chose à l’écran, les doigts tremblants sur la souris, elle m’invite à m’asseoir, mais je reste debout, dans une gaucherie incroyable, paralysé à l’idée qu’elle ait pensé à mon bien-être physique.

Une fois la porte refermée entre les bureaux, c’est une situation très banale. La beauté, l’intelligence et la sympathie ont bien le droit de cohabiter. Mais ce qu’elle me renvoie, c’est que j’ai besoin de trouver quelques imperfections pour avoir de l’ascendant. « Ascendant », quel joli mot pour masquer la séduction ou la manipulation !

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Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
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