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27 janvier 2006 5 27 /01 /janvier /2006 23:18
Bien sûr, je n’ai rien lu à Catherine de ce que j’avais préparé.

La route était sombre hier soir. Les cinquante kilomètres qui nous séparent m’ont paru une éternité. Des flocons de neige fondue s’écrasaient sur le pare-brise pendant que la radio égrenait ses commentaires des élections en Palestine. Cris de victoire ou d’espoir des uns, souffrances à venir pour les autres, j’ai l’impression que le monde avance dans un brouillard qui ressemble à cette route vide. « Trois cent mètres après le grand magasin A, tourner à droite. » Ah, voilà leur enseigne lumineuse — je me demande ce qui se vend dans ce grand cube de béton. Au prochain carrefour j’ai failli rater le panneau et les guirlandes clignotantes. Une ancienne bastide transformée en motel typique-économique pour touristes étrangers et banquets de mariage ; la robinetterie est celle de la maison de mon enfance. Mais ces routiers sont sympas, ils donnent la clé sans qu’on ait à sortir une carte de crédit, et leurs prix hors-saison sont imbattables.

Assis confortablement devant un café dans la salle à manger encore vide, j’ai enfin le temps d’entreprendre la lecture du Canard. « L’US army étend ses opérations au Pakistan » : bref mais terrifiant. Et Ligérienne s’étonne de la morosité du jour ?

Pourtant, inutile de nier, aujourd’hui je suis heureux et j’ai de la chance : elle s’est annoncée pour dans vingt minutes. De fait, je l’attends sans rien attendre. Ma seule impatience du moment est celle d’un estomac vide depuis le réveil. La cuisine sent bon, tout près. Je contemple le désir côtés pile et face : celui du manque — vivement les pâtes fraîches — et celui de l’excès — toi, mon amie qui viens pour le plaisir. Mais plus les minutes s’écoulent et plus les forces s’équilibrent. Les odeurs ont calmé ma faim avec la promesse d’un repas, l’amante me comblera de sa présence jusqu’à demain sans que rien ne puisse nous déranger. J’étale mon journal sur la petite table. Des clients arrivent, jeunes couples, hommes en déplacement professionnel, ils me font penser à des figurants.

Nous nous sommes embrassés comme frère et sœur. Elle s’est vite assise en annonçant : « J’ai faim ». C’est la bonne réplique dans un restaurant. Je me disais hier que ce soir nous pourrions nous contenter d’une salade pour ne pas retarder la rencontre. L’inverse se produit, inévitablement : nous prenons plaisir à dîner en parlant de l’actualité et de nos multiples activités. J’aime le ton de nos échanges. Nous vivons dans des univers très différents, mais l’un n’essaie pas de tirer parti de l’expérience de l’autre, encore moins d’imposer la sienne. C’est un partage gratuit. Je suppose que c’est ce qu’on appelle une relation « entre adultes consentants ».

Deuxième café. Je reviens sur terre en me disant que le moment est venu ; au fait, le moment de quoi ? Il m’est impossible de penser que nous avons rendez-vous « pour faire l’amour ». J’ai oublié les sensations de l’intimité. La seule réalité est que ce restaurant va fermer et qu’il serait convenable de continuer la conversation (et plus si affinités) une centaine de mètres au-delà du parking. Le ciel est noir, la neige poisseuse frappe nos visages.

Chambre 8. Je suis assis face au grand lit en écoutant l’eau couler à côté. Quand le silence revient je vais la retrouver dans une baignoire brûlante, assis derrière elle. Enfin, je perçois l’odeur, la peau de son cou, tandis qu’elle frissonne de plaisir. Elle m’a souvent dit qu’elle ne pouvait pas résister à la caresse d’un pelage gris sur ses épaules. « C’est à croire que j’ai un deuxième clitoris, là ! » Première fois, ce soir, que nous évoquons quelque chose de sexuel.

Nous sommes restés longtemps ainsi, entre le plaisir du contact (un pénis qu’elle sent battre contre son dos, mes mains sur son ventre) et la privation volontaire de mouvement. Puis je suis sorti du bain pour la caresser, avec le jet d’eau, mes lèvres et mes mains, au seuil de la jouissance qu’elle ne franchira pas. Il se peut que, comme moi, elle n’aime pas les orgasmes arrachés par un jet d’eau chaude. Maintenant, j’ai envie qu’elle sorte. Elle sort.

Elle a mis les bouchées doubles avec ses lèvres. À mon tour de naviguer au seuil de la jouissance. (J’ai augmenté mon plaisir en pensant aux éloges de la fellation qui ont fleuri nos blogs, récemment, un peu comme si des lèvres amicales mais inconnues étaient venues butiner mon sexe.) Ensuite j’ai pris son bouton sur ma langue et j’ai aspiré. C’était plus fort que la fois précédente, l’impression de manger un authentique phallus qui prend racine à la racine du corps, comme un arbre à double tronc avec un trésor au milieu. Mes mains ont puisé dans cette joaillerie et je l’ai entendue crier, emportée par le torrent du plaisir. Mon arbre est allé dans la fournaise pour en cueillir les derniers spasmes. C’est alors je l’ai invitée à venir sur moi.

Elle a joui encore, je ne sais combien de fois. Quel merveilleux spectacle — malgré la pénombre, penser à une bougie la prochaine fois ! Mon arbre est devenu tendre et souple comme une liane, aussi caressant qu’une main amoureuse. À présent nous sommes immobiles avec l’impression que nos sexes ont fondu l’un dans l’autre. Ils sont comme deux mains serrées, complètement apaisées. Je lui en parle. Oui, elle aime sentir cette présence discrète en elle, caresse innocente qui évoque des jeux d’enfance. Mais, pendant qu’elle parle, je reprends conscience de la nature du sexe, et le mien se met à occuper une place plus « virile ». Elle m’invite : « Viens sur moi ».

Je prends appui sans la toucher, de sorte qu’il ne reste plus que deux sexes en contact, presque immobiles, et je sens le mien se déployer. Cet agrandissement démesuré, l’aspiration du trésor brûlant, le balancement doux de ses reins et le souffle de mon amante m’amènent à la jouissance. Elle m’a dit, tout à l’heure, pendant qu’elle était sur moi : « Quand je jouis, je sens une ondulation qui monte au sommet de ma tête et qui redescend comme une fontaine… » C’est aussi ce qui vient de me traverser : une grande vague de lumière, dans le noir d’une chambre sous un ciel obscur. Elle est annonciatrice de cet « orgasme de la vallée » que j’ai découvert il y a un an (« La voie de l’extase (7) »).

Ce matin, à 7h00, la réception a fait sonner pour nous réveiller. Je ne savais pas où j’étais, ni qui j’étais, ni cette femme près de moi. (La mienne ? Aucune n’est mienne !) Nous avons retrouvé nos esprits et frotté nos corps sous la douche. Pas le temps de déjeûner, la route est longue. Sur le parking couvert d’un manteau blanc, nous avons dégagé les voitures pour repartir dans des directions opposées.

Il m’a fallu deux heures pour parcourir cinquante kilomètres sur une autoroute zigzagante, en écoutant à la radio la suite des commentaires sur la Palestine.

29 janvier 2006

À la lecture de ce texte, elle me donne plus de précisions sur son ressenti :
La vibration toute lumineuse ondoyante et frémissante passe du sacrum à la fontanelle, de là je la récupère pour la faire aller se jeter comme une vague sur le sable de la plage, vers tel ou tel organe ou lieu du corps. Le taoïsme parle de ça.
Je réponds :
Ainsi dit, c’est plus proche de ce que tu m’as dit… Et aussi quelque chose qui me surprend. Au début, j’ai surtout vécu nos ébats comme une recherche de jouissance, purement dans l’intensité, ce qui aurait pu me lasser parce que lorsqu’on ne recherche que l'intensité il suffit d’aller vers la nouveauté, changer de partenaire, se nourrir de fantasmes. L’intensité est bien au rendez-vous, je m’amuse à compter tes orgasmes et je m’en offre volontiers. Mais autre chose s’annonce aussi, qui tient plus de la qualité que de la quantité. Ce que tu décris me paraît bien refléter cette qualité je sens venir aussi au moment de la jouissance. Le fait de se rencontrer fatigués a peut-être favorisé ce passage.
Elle m’a demandé des précisions sur « l’orgasme de la vallée ».
C’est quelque chose d’étrange de se retrouver baigné de lumière alors qu'on a perdu jusqu’à l'érection. L’impression que c'est un autre corps qui rencontre un autre corps. Je ne m’attendais pas à ce que toi aussi tu m’amènes vers cette sensation...

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

marie b 29/01/2006 22:50

La lumière fut au rendez vous ce week end.... La même sûrement et pourtant semblant issue d'une source toute différente!Comme quoi....

Julien Lem 30/01/2006 01:00

J'ai une petite idée de ce que tu appelles une source différente, qui ne me paraît différente que par un jeu de conventions.  Quant à la lumière, je n'ai pas de doute que ce soit la même, car c'est une perception directe et non l'image d'une construction métaphysique.  Peut-être qu'on pourrait l'expliquer par des hormones, mais dans l'expérience concrète ça n'a pas beaucoup plus d'importance qu'une description physio-mécanique du rire. ;-)

Ligérienne 28/01/2006 08:33

Très beau.

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