Lundi 23 janvier 2006 1 23 /01 /2006 13:00
Je me suis longtemps interrogé sur ma réticence à cultiver ensemble le sentiment érotique et ses compagnons de « salle de garde » : l’humour et l’obscénité. Les deux ne nous protègent-ils pas de nombreux maux : sinistrose, pudibonderie, grands sentiments ?

Une tentative d’explication. Je viens de passer quelques jours dans une famille sous la houlette d’une infirmière qui occupe sa retraite à régenter les usages des hôtes de la maisonnée. Elle a décidé, entre autres, de tout cuisiner sans sel. Sans aromates, non plus, il va de soi : vous avez déjà vu une branche de thym sur un plateau-repas d’hôpital ? Résultat : à table on voit s’agiter les salières, poivrières et moutardières, impuissantes à compenser la fadeur d’aliments stérilisés à l’eau bouillie.

Dans la littérature érotique, l’humour et l’obscénité me font l’effet d’une salière et d’une poivrière qui circuleraient de main en main pour masquer cette chose insipide que j’appelle « le non vécu ». C’est pourquoi j’aime lire ou écrire de vrais récits de vie, sans trop me soucier du style.

Ce matin j’ai abandonné dans une cabine téléphonique un roman à succès dont la substance me paraissait aussi mince que le papier.
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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