Lundi 23 janvier 2006 1 23 /01 /Jan /2006 13:00
Je me suis longtemps interrogé sur ma réticence à cultiver ensemble le sentiment érotique et ses compagnons de « salle de garde » : l’humour et l’obscénité. Les deux ne nous protègent-ils pas de nombreux maux : sinistrose, pudibonderie, grands sentiments ?

Une tentative d’explication. Je viens de passer quelques jours dans une famille sous la houlette d’une infirmière qui occupe sa retraite à régenter les usages des hôtes de la maisonnée. Elle a décidé, entre autres, de tout cuisiner sans sel. Sans aromates, non plus, il va de soi : vous avez déjà vu une branche de thym sur un plateau-repas d’hôpital ? Résultat : à table on voit s’agiter les salières, poivrières et moutardières, impuissantes à compenser la fadeur d’aliments stérilisés à l’eau bouillie.

Dans la littérature érotique, l’humour et l’obscénité me font l’effet d’une salière et d’une poivrière qui circuleraient de main en main pour masquer cette chose insipide que j’appelle « le non vécu ». C’est pourquoi j’aime lire ou écrire de vrais récits de vie, sans trop me soucier du style.

Ce matin j’ai abandonné dans une cabine téléphonique un roman à succès dont la substance me paraissait aussi mince que le papier.
Par Julien Lem - Publié dans : Lectures, films, radio
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Commentaires

C'est exprès que tu écris aliments stérilisés ?
Commentaire n°1 posté par Ligérienne le 23/01/2006 à 14h32
Au sens figuré.  C'est pour décrire l'impression d'une perte de saveur de mets préparés avec beaucoup de soin mais avec une obsession médicale de "ce qui est bon pour la santé".  Sûr que ça me renvoie à ma mère et son "mange ta salade, ça contient des vitamines!"

Pourquoi... Serais-tu infirmière ou doc?  ;-)
Réponse de Julien Lem le 23/01/2006 à 17h59
Je voulais ajouter une chose: ce qui me déplaît c'est l'humour au service de l'érotisme, et non l'érotisme au service de l'humour...

Je me demande si c'est clair?  De toute manière, j'anticipe des difficultés après avoir proféré une telle généralité!

Julien
Commentaire n°2 posté par Julien Lem le 23/01/2006 à 18h24
Ce qui me déplait, c'est "au service"!
;-)
Commentaire n°3 posté par marie B le 24/01/2006 à 13h03
C'est pour ça que j'ai utilisé la métaphore du repas, avec les salières qui s'agitent fébrilement...
Réponse de Julien Lem le 24/01/2006 à 13h48
"Stérile", c'est infécond, aussi, et juste avant tu écris "impuissantes".
Peut-être que je cherche des poux dans le pelage du loup, mais ça fait beaucoup pour n'être qu' un hasard.;-)
Commentaire n°4 posté par Ligérienne le 25/01/2006 à 05h29
En grattant un peu il est clair que, même involontairement, j’ai fait allusion à l’impuissance. Je veux dire que pour moi l’érotisme a son énergie propre et qu’on ne peut rien lui substituer sans tomber dans l’artifice. À froid je n’aurais jamais pu écrire un portrait d’Amanda. Il a fallu, ce jour là, que je sois assailli par un flot de sensations (à l’occasion d’un rêve, peut-être) qui faisaient ressurgir toute une palette de souvenirs associés à sa personnalité.

Celles/ceux qui peuvent écrire des textes érotiques « à froid » ne sont que des écrivains, et/ou des illusionnistes…
Réponse de Julien Lem le 25/01/2006 à 19h39

En tant que scribouilleuse, je trouve la littérature érotique très difficile, je suis assez mal à l'aise pour écrire ces scènes. Non pas par pudeur mais parce que j'oscille entre le total sous-entendu et la description tellement technique que ce n'est absolument pas excitant. C'est tout un art.


Les scènes érotiques dans les romans, c'est parfois franchement casse-gueule. Je me souviens, quand j'ai lu "la philosophie du boudoir" de Sade, il y a une scène que j'ai relu plusieurs fois car je n'ai vraiment pas compris comment ils s'emboîtaient, ça me paraissait anatomiquement impossible. En gros, ils s'enfilaient à 4 et la première de la file godait le ou la dernière et j'arrivais pas à comprendre comment elle pouvait avoir le bras assez long. Vraiment, devoir relire une scène érotique pour la comprendre, c'est moyen...


De la même façon, il y a une scène de cul dans Glamorama d'Easton Ellis et je l'ai trouvée inutile et un peu beaucoup trop longue, trop techniquement décrite donc peu voire pas excitante. Et vas y que je lui suce le clito pendant qu'un monsieur se lubrifie et m'écarte les fesses pour m'enculer puis on tourne, on retourne... Bon, ils en finissent, oui? C'est chiant.


Quel était le roman que tu as abandonné?


(remarque technique : ce serait bien que tu prennes une couleur différente pour répondre aux comms, on  ne discerne pas bien tes réponses! ;))

Commentaire n°5 posté par Nina le 03/02/2006 à 00h44
C'était "La femme de papier", de Françoise Rey.  Pourtant j'avais beaucoup aimé d'autres écrits, notamment "La brûlure de la neige" qui évoquait quelque chose que je vivais au même moment.  Quand ça me plaît ce ne sont pas les descriptions anatomiques qui m'impressionnent, encore moins les paroles échangées, mais les situations, et un certain rendu de ce que ressentent les personnages.

Je vais regarder la CSS pour changer la couleur des réponses...
Réponse de Julien Lem le 03/02/2006 à 01h06

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