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22 janvier 2006 7 22 /01 /janvier /2006 16:47
Dans mon journal asiatique

Amanda chante d’une voix profonde, yeux fermés, le regard plié à la recherche de quelque vibration originelle. Elle danse aussi, en vraie courtisane orientale. J’aime l’entendre converser en italien avec Grietje. Je fais semblant de comprendre mais ces deux chipies jouent à me confondre. Je voudrais que Grietje aussi me parle italien quand elle me fait l’amour, mais elle finit toujours sur « Oh Julien, now you come, I’m high ! » qui évoque son boyfriend des années parisiennes.

Amanda aime la musique, les hommes et le parmesan. Tout ce qui rend la vie belle. « Une pouffiasse », dit Joseph, qui se nourrit d’œufs frits et d’alcool frelaté. Elle représente pour moi « la femme libre » qui ne s’encombre pas de préceptes moraux. Je fais partie de son bestiaire de mâles toujours prêts à une petite aventure. Joseph aussi, mais elle n’a rien envie de lui proposer.

Il nous est arrivé d’être seuls à deux, sans préméditation, et d’en profiter pour échanger des caresses sensuelles. Parfois, même, nous avons dormi dans le même lit, car elle loge chez les uns et les autres, avec ses petits moyens d’artiste nomade. Elle surveille la pasta, Grietje prépare la sauce et je râpe le fromage. Le charme secret de la polygamie.

Sans trop savoir pourquoi, nous n’avons jamais vraiment fait l’amour. Une nuit, elle est venue chez moi et j’ai senti qu’elle voulait aller un peu plus loin. Il y avait urgence car le lendemain j’allais m’absenter pour plusieurs mois. J’aime son corps, sa peau laiteuse, taillefine Gervita, ses hanches larges et ses petits seins aux pointes vives. Ses lèvres humides d’huile d’olive et de musique. Ce soir c’est le grand soir : caresses, désir, accouplement. Et puis… rien. Pas d’ébullition, la sauce ne prend pas.

À l’occasion d’une fête dans une petite ville voisine, nous étions nombreux à dormir à même le sol d’une chambre exigüe. Grietje rentrait de voyage et nous n’avions pas encore eu l’occasion d’être seuls. Elle s’est allongée près de moi. De l’autre côté, il y avait Amanda, puis Aimée, John et d’autres touristes. On entendait quelques mouches voler. Que faire ? Ma main gauche s’est discrètement posée sur le ventre de Grietje et la sienne sur moi. Tout en faisant mine de dormir, la tête dans les étoiles dans un silence chaste, je l’ai caressée, elle m’a pétri et nous avons joui en même temps, raides comme des momies. Personne n’a rien remarqué. Sauf Amanda, bien sûr.

Une autre fois, Amanda est venue dîner chez Grietje, accompagnée de Sam, un jeune cadre bancaire qui rêve de s’émanciper mais n’ose pas aborder les Européennes. La soirée est assez débridée, je crois que nous avons bu plus que convenable pour cette chaleur torride. Il se fait tard. Sam ne peut rien proposer d’autre que de rentrer chez lui. Nous le laissons prendre son taxi avec un léger sentiment de pitié. Puis nous allons dormir. L’appartement est vaste mais nous choisissons de partager un tapis moelleux dans la salle de séjour. Nos corps sont habillés de rayons de lune. Amanda à ma droite, Grietje à ma gauche. Amanda tournée vers moi, les yeux luisants et la taille légèrement cambrée. Caresses. Elle ne tarde pas à venir sur moi, m’enfourche et plante mon arbre tout droit dans son jardin tropical. Lascive et triomphale, elle pose un regard sur Grietje. Je ne sais pas si Grietje a réagi car mes yeux se sont fermés : je suis devenu sexe, cobra charmé par une musicienne qui sait le maniement d’une baguette d’orchestre. Mes mains sont posées tranquillement sur ses cuisses et je n’ai plus envie de la toucher avec autre chose que mon lingam. Elle me baise magnifiquement ; cette fois je vais jouir en elle. Soudain, Amanda suspend sa danse de sorcière, se délivre, puis je sens une nouvelle volupté m’envahir car elle vient de me prendre dans sa bouche, d’une seule bouchée jusqu’à la garde. Ses lèvres si tendres. J’imagine qu’elle savoure en même temps les fluides de son désir à elle et la bave du serpent. J’aimerais goûter ce mélange mais elle ne m’en donne pas l’occasion. Elle me dévore avec assiduité. Mon venin ne tarde pas à couler abondamment sur sa langue ; je gicle en silence comme si j’avais peur de réveiller Grietje. Puis je vais à la rencontre de ses lèvres et je plonge cueillir un peu d’onctuosité marine. Les fluides se dissolvent lentement sur nos papilles pendant que nous revenons à la vie ordinaire, sur un tapis du 19 Golf Links.

Ensuite j’ai dormi et perdu tout souvenir du réveil. Nous en avons reparlé un autre jour. Amanda reconnaît que ce soir là elle était très excitée.
— Tu avais tellement envie de Sam ?
— Mais non, imbécile, c’est Grietje que je voulais !
En fait, elle n’a pas osé s’approcher de Grietje par crainte d’un refus. Je n’ai pas reparlé de cette soirée avec mon amante. Peut-être dormait-elle, ou bien s’est-elle amusée à regarder son middle-aged man se faire bouffer la queue par la belle Italienne ?

Amanda avait sans doute renoncé à Grietje mais pas dit son dernier mot. Elle s’était liée d’amitié avec Gina, une amie autrichienne de Grietje qui vivait seule et l’hébergeait de temps en temps. Gina était une vraie blonde avec de grands cheveux bouclés, qui aurait pu servir de modèle aux vamps des bandes dessinées. Il m’est arrivé de faire l’amour avec elle. Elle avait ceci de particulier qu’elle détestait la dépendance dans laquelle la maintenait la fringale de son sexe. Elle m’étalait donc par terre comme de la pâte de strüdel pour embrocher le mien, avec une sècheresse telle que j’ai cru au départ qu’elle se sodomisait, puis elle m’encourageait en criant : « I hate you ! » Une fois, pendant ses règles, elle m’avait présenté son cul pour que je jouisse en elle, s’excusant de ne pas être très sensitive on that side. Un matin encore, alors que je venais à peine d’enlever mon casque, sur la terrasse devant sa porte, elle m’avait glissé « I want to kiss you here » et, sans plus de formalité, entrepris une… (comment vous dites ?) « fellation ». Ce ne sont pas des choses à raconter à nos petits enfants. Mais, quand j’y repense, Gina était de ces femmes qui me faisaient peur en montrant une énergie sexuelle bien supérieure à ce que je pouvais « gérer » à l’époque. Je refusais de lâcher ma putain de maîtrise, ce côté bourrin donneur de sperme et donneur de leçons. Alors, pour m’en protéger, je la traitais comme une clitocrate insatiable. Une fois que je la serrais un peu dans sa cuisine, elle avait attrapé mon arbre dressé en disant « you only think about sex with women », mais ce n’était pas pour lui déplaire.

Je reviens à Amanda. Un jour, elle avait dîné chez nous et n’était pas restée dormir car nous avions John en visite. Je l’avais donc trimballée à mobylette chez Gina et quittée sur un baiser fougueux en lui recommandant d’être sage. Elle devait revenir chez nous le lendemain matin, je ne sais pour quelle raison.

Nous avons attaqué le petit-déjeûner sans Amanda. Comme John, bien élevé, s’étonne de ne pas la voir revenir, je lui explique sur un ton connaisseur qu’il est difficile de quitter Gina après une nuit torride. Aimée me reproche d’avoir l’esprit mal tourné : « M’enfin, Amanda c’est pas son truc ! » Quelques minutes plus tard, la courtisane débarque, nous offrant de ses lèvres un large sourire et son plus bel accent italien :
— Sorry to keep you waiting, but, you know, it’s so good to make love with a woman. Ah… !
— I fully get your point and I approve your choice.
Notre ami est resté bouche bée. Pas pour longtemps, car le soir même Amanda a préféré dormir chez nous et c’est son tour de passer à la casserole.

J’aurais aimé une soirée en compagnie des deux louves mais l’occasion ne s’est jamais présentée. Je n’aime pas créer des occasions. Dans « Quintessence du désir » je raconte une autre occasion râtée.

À cette époque (la vie postcoloniale avant l’arrivée des machines à laver japonaises) nous avions embauché une jeune femme pour la lessive, les commissions et la préparation du repas de midi. Bami était heureuse de travailler pour des étrangers — une occasion rare car elle ne savait pas un mot d’anglais — et de bénéficier d’un meilleur traitement à tous les sens du terme. Originaire du bas de l’échelle sociale, elle élevait deux enfants aux côtés d’un homme qui aimait un peu trop la bouteille. Aimée et moi l’avions encouragée à abandonner tout signe de révérence et à s’exprimer ouvertement, ce qui ne manquait pas de scandaliser nos voisins. Et, encore, s’ils l’avaient vue entrer chez nous, au petit matin, pour mettre du pain à griller pendant que nous dormions, toujours nus et découverts en saison chaude, amoureusement enlacés… Je voyais qu’elle nous regardait, furtivement, et qu’elle frissonnait de plaisir. Bami était jolie mais jamais je n’aurais osé l’inviter dans notre cercle ; même avec son plein consentement je me serais senti en situation d’abus.

Amanda n’avait pas autant de scrupules. En notre absence, pendant quelques semaines, elle avait gardé la maison et Bami était restée à son service. À mon retour, Amanda m’avait expliqué que, n’ayant pas besoin de Bami pour ses repas, elle avait troqué ses services de cuisinière contre des séances de massage. Elle en avait bien sûr profité pour enseigner à la jeune intouchable les voies de la sensualité. Bami nous regardait, d’un œil luisant de complicité, mais je n’ai pas osé suggérer que nous fassions ensemble le point sur ses nouveaux talents.

Il n’y a pas longtemps, John et moi regardions une cassette vidéo de cette époque. J’ai perçu chez lui un léger trouble quand Amanda est apparue sur l’écran.
— Hey John, you remember Amanda, don’t you ?
— Er, well, yes of course… But what about you, man ? I believe you had an affair with that what’s-her-name Austrian girl ?
— Well. Grietje ? Mmmh…
Décidément, une éducation victorienne peut fermer pas mal de portes. Il faudra peut-être que j’embauche ce brillant professeur pour publier (à l’insu de sa femme) mon journal intime en anglais.

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

Johanna 25/04/2006 03:27

miam miam pour "I want to kiss you here"...bon sang ce condensé d'émotions sensuelles et goûteuses...la texture, le goût, le parfum, et ce regard dans lequel je plonge avec délectation...j'aime.

Ligérienne 23/01/2006 10:32

Miam, miam, le parmesan ...Cette lecture me donne une faim de loup. ;o)

Julien Lem 23/01/2006 13:50

Eh oui, le parmesan...  Mais ton intervention me remet en mémoire un autre point de convergence: plusieurs fois j'ai vu Amanda fumer le cigare!

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