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11 janvier 2006 3 11 /01 /janvier /2006 22:16
Un poème de Nerval, sur « Amours bruxelloises », me remet en mémoire, par son lyrisme exacerbé, ce culte de « l’amour d’une absente » que je vouais au désir dans mon adolescence. Ce n’est pas pour rien que je suis tombé amoureux d’une jeune fille qui vivait à plus de mille kilomètres, à l’époque où le TGV était un accessoire de science fiction. Distance des corps, distance culturelle, distance d’une viginité qu’il fallait préserver — bien qu’aucun de nous deux ne sût pourquoi — comme une fleur en pot. Distances à couvrir de belles épitres romantiques dans la langue de Goethe. Si j’ai oublié jusqu’à la couleur des yeux et la forme des lèvres de ma belle, j’ai conservé un souvenir très net de son encre bleue-verte et des mots si bien alignés sur les pages.

Un jour elle a quitté ses parents et son boulot pour que nous passions quelques mois ensemble. Pas tout à fait, puisque nous nous étions arrangés pour qu’elle travaille au pair dans une famille loin à la campagne. Nous pouvions ainsi continuer à passer plus de temps à nous attendre qu’à nous rencontrer. Mais la proximité était déjà trop grande. Le rêve dissipé, la vie commune s’annonçait fade. S. est retournée dans le nord et j’ai brûlé ses lettres. Ce jour là j’aurais pu entendre Schubert : Die Liebe hat gelogen — l’amour a menti…

Cet amour idéalisé était peuplé d’images : elfes, princesses nordiques, sirènes, toute la faune du panthéon celtique était au rendez-vous, comme autant de bibelots dans la maison bourgeoise de nos petits projets. J’ai réalisé plus tard la violence qui se dégageait de mon refus du corps, de l’incertain, de l’inachevé.

Sirene

 

Pourtant, une image m’est restée, celle de la petite sirène. Mais pas n’importe laquelle : la Petite sirène de Copenhague. Pour elle j’ai traversé l’Europe en auto-stop. Pour son corps, pour ses seins et la charge érotique qui s’y inscrivait. Elle ne m’est jamais apparue comme un symbole métaphysique mais comme la partition d’une œuvre jouissive. Mes mains l’ont apprise.

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Published by Julien Lem - dans Pensées en vrac
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commentaires

Ligérienne 12/01/2006 18:03

Tu as brûlé les lettres, mais tu n'as pas effacé  l'encre bleue-verte de ta mémoire ...

Julien Lem 12/01/2006 18:22

Entre nous, les mots étaient plus importants que tout le reste.  Mais pas ceux de la "femme de papier" selon Françoise Rey !De fait, quand on s'est rencontrés (dans une auberge de jeunesse) on a échangé nos adresses pour devenir Brieffreunden — des correspondants.  Voilà, j'ai appris à aimer par correspondance ;-)  Résultat : pourrait mieux faire !Mais l'encre... Le bleu, le bleu-vert, je les ai souvent retrouvés dans les plus beaux moments : un objet, un morceau de tissu, une chaise... Contrairement au cliché habituel, rarement dans les yeux des femmes aimées. À force de fouiller leur regard je ne vois plus leurs yeux.

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