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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 00:00
Le temps d’un inspir. Gould était au piano. Elle me serrait dans ses bras pour nous réchauffer. Au parfum capiteux de sa chevelure et de la laine sur ses épaules s’est mélangée l’odeur incertaine d’une gorge chargée de tabac. Ou bien serait-ce une matérialisation du piano ? Le temps d’un inspir. Laine, haleine. Ivresse amoureuse surgie de l’oubli, sous le pull un cœur de femme aux mains virtuoses. C’est toi, mon amour ? J’ai goûté la peau de son cou avec la pointe de ma langue. Non, c’est elle. La musique s’est enfin détachée de mon amour musicienne. Nous dansons presque immobiles dans un balancement gauche et subtil. Aimer sans passion.

Il me plaît de lui faire à manger pour chauffer son ventre. Mise en bouche avec un fruit au goût de sexe de femme. Puis une céréale et des légumes. Coriandre et cumin relevés au curcuma. Nous buvons du romarin. Aujourd’hui elle me fera goûter un baiser parfumé au miel : trop bon, il vaudrait mieux ne pas en abuser ! Nous partons immédiatement marcher à travers la campagne, franchir des routes, escalader des collines odorantes. Ayant perdu le nord nous traçons un grand cercle alors que je me croyais dans la direction opposée. Revoici le chemin du retour à travers les vignes. Il faut y penser car le soleil baisse et le froid va nous manger les entrailles.

Pour moi c’est un jour de fête. Tant de fois j’ai rêvé de la conduire ici et de marcher près d’elle dans cette forêt que j’ai peuplée de fantasmes. Ici, un arbre auquel je pourrais l’attacher pour lui faire l’amour. Je n’en ai aucune envie mais il me plaît d’y penser. Il suffit de remplacer les arbres par des mots et les cordes par des sentiments effilochés au fil du vent.

Je ne sais pas lequel de nous s’est arrêté à la lisière d’une vigne. En tout cas, nous sommes enlacés une nouvelle fois. Pas un instant je n’ai cherché à savoir si des paysans, des promeneurs ou des chasseurs pourraient nous voir. Dans ses bras je suis nulle part — peut-être invisible.

Anne me donne une fois ses lèvres puis m’embrasse pour de vrai. Avec une infinie délicatesse, elle me laisse le temps de goûter la chair de sa bouche, son souffle et sa langue au son de paroles imprononcées. Je la vois fermer les yeux tandis que nos lèvres restent en suspension, se touchant à peine, son beau visage tourné vers le haut comme si elle attendait que l’éternité lui donne un baiser… Que les désirs des hommes se joignent au sien pour aller vers lui, son amoureux. Alors, mon désir aussi. Puis elle se redresse, soulevant très lentement ses paupières pour croiser mon regard paisible.

Je reste stupéfait, ébloui par ces baisers qui gagnent en intensité alors que nous ne faisons rien d’autre que respirer des effluves de bonheur. C’est une ronde voluptueuse qui n’en finit pas. Danse démesurée hors des sentiers tracés. Quelque chose qui vire à l’horizontale, revient et recommence, jamais à l’identique. Je n’ai pas envie de choses qui montent droit comme la jouissance du ventre.

Alors que je pourrais me perdre seul dans cette contemplation, je reviens sur terre car elle s’est mise à pétrir mon sexe à travers les vêtements.
— (Moi) J’ai envie de toi.
— Alors, fais-moi voir ton désir !
Cette fois j’ai osé prendre possession de sa bouche, dévorer son amour.
— Pas mal !
Mais c’est un autre désir qu’elle attend. Pour cela, elle ouvre ma ceinture. Un souffle de vent froid sur ma verge, et tout de suite ses mains gantées de laine. C’est une sensation nouvelle et délicieuse. Elle caresse longuement ma racine tandis que nos bouches continuent leurs ébats. De temps à autre je risque une main contre sa peau. J’ai tenu son sein gauche en entier, fièrement gonflé comme une voile, le temps d’exaspérer l’autre désir, celui de la pénétrer avec mon sexe. Puis j’attrape l’autre à travers le gros pull, glissant la bosse du mamelon entre deux doigts.
— Je le pince !
— Tu me fais mal…
Je voulais pincer fort jusqu’à ce qu’elle me supplie d’arrêter. Pas pour qu’elle souffre, bien sûr, mais parce que mes mains en ont rêvé.

Depuis qu’elle s’est emparée de mon sexe elle voudrait que je fasse de même avec le sien mais je n’ai rien compris. Alors elle fait signe à mes mains incrédules de la toucher. Le plus agile de mes doigts prend un bain impérial dans le nectar qui coule entre ses cuisses. Je voudrais qu’elle prenne du plaisir, là, tout de suite, on appuie sur le bouton et c'est emballé. Mais comme mes doigts ne savent que répéter des gestes appris, des automatismes, je finis par les laisser se vautrer comme des enfants qui pataugent dans une flaque. Au moins, qu’ils y prennent plaisir !

Je voudrais que ma verge devienne encore plus douloureuse dans les mains qui la malaxent avec force. J’appuie sur sa tête pour qu’elle s’accroupisse et me prenne dans sa bouche. Elle ne veut pas. Encore une fois, j’ai aimé la forcer doucement et sentir sa résistance. Elle me fait comprendre que son sexe pourrait rencontrer le mien. Je le plonge dans l’espace entre ses jambes. Position debout, très inconfortable pour nous deux.
— Tu n’y arriveras pas comme ça.
— Alors contre l’arbre, là bas.
Nous remontons dans la haie. Elle s’accroche au tronc, je baisse un peu son pantalon et m’appuie contre sa croupe, glissant ma branche le long du sillon velouté, puis la pénétrant en m’aidant d’une main.

La chaleur somptueuse de son sexe autour du mien un peu transi. Retour à la matrice. Le vent froid sur nos fesses et ses cuisses qui refroidissent sous mes mains froides, comme celles d’une morte. Vivre, vite. Envie de jouir.
— Tu n’as pas envie.
— Tu as raison, j’ai froid.
Comme s’il était nécessaire de jouir… Aujourd’hui je m’étais programmé pour que mon sexe ne touche pas le sien. Il fallait que nous respections le « territoire » de la maison et il n’aurait pas été raisonnable de se découvrir alors que nous marchions d’un pas vif à travers l’engourdissement de la forêt. Mais elle a répondu un besoin que je n’osais pas exprimer, celui de faire aller et venir mon sexe deux ou trois fois dans la volupté de son vagin. Il n’en fallait pas plus pour relier le ciel et la terre.
— Alors, aujourd’hui, pas de colère ?
— Tu parles ! Je suis comblé, merci.
Merci merci merci. Elle me donne toujours plus que je pourrais demander. Plus qu’elle ne voudrait donner.
— J’aimerais t’embrasser… pendant un an !
Ce n’est pas ce que je voulais dire mais je n’ai pas trouvé pas les mots. Il y a une intimité plus profonde dans nos baisers que lorsque nous accouplons nos sexes. Je comprendrai plus tard que la différence tient à moi, au lâcher-prise dont je suis capable. Car j’ai envie des deux, bien entendu.

Nous sommes rentrés après avoir grappillé des raisins épargnés par la vendange, presque confits sous le soleil d’automne. Encore une boisson chaude, le baiser au miel, les Inventions à deux voix, à trois voix, les Suites françaises et autres préludes de Bach.

Elle avait hâte de lire son courrier, un message de son amoureux. Elle l’a lu puis m’a embrassé les yeux fermés. Je jouis de son bonheur comme un vrai parasite.

[Suite]

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

Madison 13/01/2008 11:35

Que c'est beau toute cette maladresse... qui rime avec tendresse.Accepter les ratages en amour et les embellir comme tu le fais c'est s'offrir la possibilité du plaisir d'aimer .Je suis heureuse de venir te relire ;-)

Julien Lem 22/01/2008 14:26

"Magnifier" : elle m'accuse parfois de magnifier des petits riens, puis elle me donne tout jusqu'à ce que mon corps crie grâce. Dans ces petits riens il souffle un vent de liberté qui balaye mes certitudes comme un tas de feuilles mortes.Heureux de te retrouver aussi, Madison. À bientôt !

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