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8 janvier 2006 7 08 /01 /janvier /2006 00:43
Le samedi est souvent une soirée cinéma avec Aimée. Ne riez pas, ce n’est pas une habitude de vieux couple, il y a seulement un an ou deux que nous sortons ensemble. Les samedis où il n’y a rien d’intéressant en ville nous branchons un projecteur vidéo qui illumine tout le mur de ce qui nous sert de salle de séjour. Ce soir, nous avons revu « Eternal sunshine of the spotless mind », un film d’une extraordinaire richesse… Il me faudra le voir encore pour en capter toutes les subtilités. Nous sommes restés dans le grand fauteuil rond pendant que le générique achevait de défiler, puis nos yeux se sont bercés un moment du défilement des images d’écran de veille sur le Mac, le ciel, les étoiles, une aurore boréale, et ma bien-aimée s’est assoupie au creux de mon épaule.

Brusquement elle se réveille et me lance :
— Des fois j’ai l’impression que c’est ce que tu as envie de faire avec moi…
— De faire quoi ?
— Je ne sais plus, je me suis endormie !
— Essaie de te souvenir… De faire quelque chose que tu as vu dans le film ?
— Oui, c’est ça : de m’effacer.
— Il n’y a aucun moment de ma vie que je souhaiterais effacer. Et toi ?
(Elle repense à des choses très sombres)
— Moi non plus. Je veux tout garder !
Nos yeux se sont croisés, j’ai caressé ses cheveux prodigieux, lisses et souples comme tout son être lumineux.

J’avais envie de partager ce petit flash de l’autre côté des fils invisibles : je vis avec une princesse, il y a des jours où j’ai envie que ça se sache.

Ce film m’a remis en mémoire une conversation d’il y a une semaine. Notre amie Yolande parlait d’un couple dont elle était proche. Ils arrivent à la cinquantaine. Un jour, le type annonce à sa femme qu’il veut divorcer parce qu’il ne l’aime plus. Il part « refaire sa vie » avec une artiste de trente ans à qui il se dépêche de faire des enfants, etc. Pendant ce temps, la femme abandonnée déprime, avec pour tout spectacle l’agonie d’un fils qui meurt d’un cancer à 34 ans. C’est une histoire triste à mourir, banale et conventionnelle, mais Yolande a su nous parler de la détresse de ces deux là : lui est le genre d’homme qui « efface », un mythomane qui réinvente sans cesse le passé à son avantage. Elle vit dans le remords, les regrets, la nostalgie. Je ne les connais pas, mais je devine deux êtres qui s’égarent chacun de leur côté après s’être égarés ensemble. Effacer ne sert à rien, s’attarder non plus.
L’homme est malade parce qu’il est mal construit.
[...]
Lorsque vous lui aurez fait un corps sans organes
alors vous l’aurez délivré de tous ses automatismes
et rendu à sa véritable liberté.

Alors vous lui réapprendrez à danser à l’envers
comme dans le délire des bals musette
et cet envers sera son véritable endroit.

Antonin Artaud. Pour en finir avec le jugement de Dieu

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commentaires

Marie B 08/01/2006 09:21

"Un seul homme ne fut jamais un amant. Il reste mon compagnon, le père des enfants dans cette sérénité tranquille dénuée de passion, dans la vie de famille paisible que nous avons choisie. Cet homme là est l'unique."L'amant  le 20/08/05 http://lumieresolitudes.canalblog.com/archives/2005/08/p10-0.html 

Ligérienne 08/01/2006 08:01

Effacer quoi? Certains malentendus, et encore, peut-être ont-ils leur utilité.Et souhaiter effacer une princesse de sa vie, inconcevable non?

Julien Lem 08/01/2006 13:10

Oui, c'est inconcevable.  C'est bien pour ça que j'ai pensé que sa question en cachait une autre, qu'il me reste à entendre...

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