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7 janvier 2006 6 07 /01 /janvier /2006 02:15
Marie B. écrit « Dévotion » en réponse à mon article « Lychee » :
Comme c’est vrai !
J’ai souvent senti une véritable dévotion de la part de mes amants pour le jardin secret humide, pour les seins en érection, la courbe des hanches ou le doux du ventre…. Les plus rustres ont laissé transparaître cet aspect, et s’ils ont parfois consommé, comment leur en vouloir ? Dans les temples du monde, il y a des dévôts fervents et des consommateurs de billets pour l’avenir, les uns étant souvent les autres à quelques jours de distance…
Comme c’est vrai !
Le pénis, linga vivant, ne m’apparaît pas comme un objet de dévotion…. Et je sens fort la demande des hommes qui souhaitent recevoir autant que ce qu’ils offrent sous cet aspect…
Est-ce le mystère qui appelle la dévotion ?
L’érection si visible, si ostensible, si attirante chez le mâle annihilerait-elle l’effet du mystère ? Et en conséquence la dévotion ?
Et cette demande si insistante d’échange, donnant-donnant, que j’ai perçu chez les plus subtils, les plus respectueux de mes compagnons amoureux, cette attente de la ferveur qui ne vient pas, n’a jamais empêché les ébats mais les rendait forts « plats »…
Plus loin, et évidemment en considération de la vie qui fait mon quotidien, s’impose l’éloge de la simplicité.
S’il y a un culte sans rituel, c’est celui de la vie, celui du corps en entier… Alors la rencontre est amoureuse ou « naît pas » et reste seulement un moment agréable…. Aucune partie du corps, aucune partie du compagnon ne devient fétiche…
C’est peut-être tout simplement mon propre désir de demeurer entière….
Je me retrouve dans sa recherche de l’intégrité, de la simplicité, du spontané. Ce que Marie B. écrit au sujet des hommes en « attente de la ferveur qui ne vient pas », je crois l’avoir vécu aussi avec des femmes, pour qui les gestes de la ferveur pouvaient être différents, mais l’attente aussi pesante… Et, pfff, mon sexe mourait d’ennui ! L’homme est souvent en demande de sensations fortes qui relèvent de la mécanique du plaisir, mais la femme peut aussi s’enfermer dans une sorte de mécanique mentale.

Pour ce qui est du fétiche, je viens de modifier mon article « Lychee » en précisant : « … que le corps de l’être aimé, désiré, devienne un fétiche dans le temps très bref de ce culte sans rituel… » Je ne pensais donc pas à un fétichisme au quotidien, mais plutôt dans les moments d’embrasement — quand le monde est sans dessus dessous et les amants sans dessous dessus.

J’ai plus de mal à associer la dévotion et l’invisible. Dans « L’Empire des sens », Oshima écrit un poème magnifique sur la dévotion en montrant justement ce qu’on ne montre jamais, ou si l’on veut en faisant plus porno que les pornos de l’époque… Ce film marque pour moi la fin historique de l’amour courtois, ce jeu de cache-sexe. Dans l’érotisme, je n’ai aucun attrait pour le mystère, et rien ne m’ennuie plus qu’un rituel de déshabillage. En fait, je connais d’avance la plupart des détails que les femmes ont besoin de cacher, et je suis rarement surpris par la découverte d’un trait anatomique. Et puis, le mystère ainsi cultivé reste purement visuel, donc insipide.

« L’Empire des sens » est aussi un hommage profane au lingam, objet de dévotion par excellence : les femmes qui arrosent un lingam de pierre avec du beurre clarifié, du lait ou des poudres colorées, savent très bien ce que tout cela représente dans leur intimité… Mais tout dépend de ce qu’on appelle dévotion, bien sûr. Un jour, Iliane-Patricia s’est mise à colorier mon sexe (voir « La voie de l’extase (4) »). J’ai associé son geste à une pratique dévotionnelle, bien qu’il fût spontané : elle était en train de passer du henné dans ses cheveux et je la regardais, fou de désir… Ce n’est pas la force symbolique de la situation qui m’a ému, mais la seule ferveur de son geste qui me procurait du plaisir.

J’aime être touché pour le plaisir du toucher, et non pour ce que mon corps (ou une partie de mon corps) représente. J’aime serrer dans mes lèvres et mordre tendrement le mamelon durci d’une femme, non pas pour ce que ce geste renvoie symboliquement (un revécu de l’allaitement ? bof !) mais pour la sensation prodigieuse qu’il éveille. Quand il m’arrive de goûter du lait dans cette caresse, c’est le lait de la femme-amante, pas celui de la femme-mère, que je recherche… Beaucoup de femmes allaitantes disent avoir de la difficulté à accepter cette attirance ; je crois qu’elles ont de la difficulté à vivre le rapport « polygame » qui s’installe avec plusieurs adorateurs qui ne partagent pas les mêmes sensations. Elles se lâchent plus facilement avec un amant qu’avec le père de l’enfant. (Freud a encore frappé ?)

Bien que les mots de Marie B. me paraissent raisonnables, j’ai l’impression qu’elle s’en est servie pour habiller un non-dit dans sa relation avec le corps de l’homme. Il n’est pas facile de dénuder ses sensations, il y a tellement de couches depuis l’enfance… Mais on peut toujours jouer au strip poker par blogues interposés !

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Published by Julien Lem - dans Sexe
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commentaires

Ton amie lointaine 14/02/2007 03:06

"Une certaine indifférence à la nudité" ?

Julien Lem 14/02/2007 07:52

Non... Je voulais plutôt dire, indifférence aux rituels de déshabillage.

Julien Lem 07/01/2006 11:10

> Partie visible de son désir, le sexe en érection d'un homme> avec lequel je me sens bien m'inspire peut-être bien> une sorte de fétichisme ponctuel.C’est exactement le mot que je cherchais : « fétichisme ponctuel ». Par contraste avec un fétichisme obsessionnel qui se nourrit d’exhibitionnisme. Quand j’entends des hommes vanter les caractéristiques de leur queue, j’ai l’impression de revenir à l’âge de 14-15 ans, quand je me montrais nu près d’une fenêtre en espérant/redoutant qu’une femme, en bas, m’aperçoive… Ce n’était pas ponctuel car c’était le seul plaisir que je pouvais m’offrir à l’époque.> Je ne connais rien de plus doux à lécher et à caresser...Je n’ai pas encore osé, avec un homme (et une femme complice). Mais je m’émanciperai bien un jour !

Julien Lem 07/01/2006 10:52

> Il n'est pas facile de dénuder les sensations et il te parait évident> de connaitre chez les femmes "la plupart des détails> qu'elles souhaitent cacher"Je voudrais bien préciser que ce sont des détails « visuels », anatomiques, extrapolés à partir des formes du visage, des mains, des chevilles… mais je ne prétends rien connaître à l'avance de leurs sensations. Je voulais dire par là que je me sens minoritaire par rapport à un comportement masculin très répandu (et exploité par les médias) : celui de l'homme qui s’excite à la vue du corps dénudé d'une femme, et qui s’excite plus encore si elle joue à retarder son exhibition. Je suis allergique à la « lingerie », c’est un fait acquis depuis mon enfance, et aucune de mes amies tendres n’a jamais essayé de me faire danser entre dentelle et bretelles. (Même le son de ces mots me révulse !) Mais, pour ce qui est d’une certaine indifférence à la nudité, je crois que mon regard a changé avec la nudité sur les plages (le naturisme « free lance » des années 70) et dans ces jeux érotiques qu’on déguise sous l’étiquette « massage ». J’en suis venu à aimer un premier contact dans l’obscurité totale (comme dans « Brasero »). Par contre, j’aime par dessus tout le croisement des regards. Jusqu’à l’extase.

Marie B 07/01/2006 09:47

Strip poker! C'est le jeu de ces blogues depuis le départ... Tu as changé quelques mots de ton texte, j'ai réfléchi encore...Il n'est pas facile de dénuder les sensations et il te parait évident de connaitre chez les femmes "la plupart des détails quelles souhaitent cacher";-)Why not?Je vais "rebondir" sur cet échange.... Il y a un non-dit.... Oui.... Dans ma relation a la mâlitude,  bien plus que dans la relation à son corps...Je pense que mon métier, que le précédent aussi, ont largement démythifié et démystifié les corps....So..... Je poursuis le désabillage, bientôt.... Doit y avoir des couches adhérentes!:-(((;-p

Ligérienne 07/01/2006 06:30

Partie visible de son désir, le sexe en érection d'un homme avec lequel je me sens bien m'inspire peut-être bien une sorte de fétichisme ponctuel.
Je ne connais rien de plus doux à lécher et à caresser ...

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