J’ai encore oublié de lui demander comment elle s’y prenait pour que son clito ait un goût de sève de pin. Je connais des saveurs sauvages, inquiétantes ou ennivrantes, mais, pour la première fois, avec Catherine, cette caresse me renvoie une extraordinaire sensation de fraîcheur. Le geste n’est plus au catalogue des choses transgressives depuis que quelque chose s’est inversé dans notre rapport au plaisir : disparue, l’envie de « donner du plaisir », car la conscience même de la présence d’une « partenaire », et de ce que celle-ci pourrait ressentir, s’est faite invisible. Pour moi il reste un sexe qui n’en finit plus de grandir et dont j’ai fini par oublier la forme. Ce pourrait être celui d’un homme, car il n’est plus un fruit délicat sur ma langue — un de ceux sur lesquels les clients se ruaient à l’étal exotique du supermarché — mais une tige toute entière dressée.
Je ne donne plus rien et Catherine ne me donne rien que je puisse recevoir ; mes lèvres sont devenues celles d’un ventre.
J’adore aussi la manière dont elle me caresse. Elle me fait réaliser que je connais plusieurs femmes qui n’aiment pas le sexe des hommes. Elles veulent bien jouer avec, jouir de la pénétration et même des spasmes (pas trop mouillés) du plaisir masculin, mais jamais elles ne le touchent amoureusement, comme un objet fétiche. Ces femmes un peu distantes donnent des caresses pour faire plaisir à leurs hommes, ou pour les faire patienter, elles iront même jusqu’à la fellation pour les décharger d’un désir trop envahissant, mais jamais elles ne se permettent quelque chose qui ressemble de près ou de loin à de la dévotion. Alors qu’il me semble important que le corps de l’être aimé, désiré, devienne un fétiche dans le temps très bref de ce culte sans rituel qu’est une rencontre amoureuse. (Je crains que la monotonie institutionnelle de la vie conjugale y soit pour quelque chose.) Catherine me touche avec passion, comme elle aime être touchée. Encore une saveur nouvelle…
Ce mercredi nous avons eu un comportement de gens normaux : rendus à 20h à l’hôtel, au milieu de touristes bronzés comme sur la couverture de Charlie Hebdo, et de VRP aux regards tristes. Une jeune employée plus blonde que nécessaire nous a servi un repas léger et du café. Catherine m’a montré des articles qu’elle avait découpés dans la presse.
— Ils disent que 10% des Français écrivent un blogue sur Internet. Tu crois ça ?
— Bah… On lit tellement de conneries dans Le Monde !
La conversation a dévié vers les flux RSS et l’utilisation des moteurs de recherche. Nous sommes vraiment des clients bien sous tous rapports.
Quand nos sexes se joignent nous avons tellement flambé de plaisirs que cette union devient une embrassade amicale ; les fruits sont trop mûrs et le sommeil ne tarde pas à nous emmener dans un monde paisible.
Ce soir elle m’écrit :
Tu n’est pas encore très éloigné de moi et je me sens toute imbibée de ces heures tissées à deux. C’est bon un soir et un matin sous le même ciel.
Pourtant les feux d’artifice ne se sont pas allumés chez moi & leur attente a diminué les tiens.
Pourtant nos peaux n’ont jamais été aussi proches, jamais tu n’auras été plus attentionné…
Suis dans une forme heureuse, paisible, comblée de chaleur, quelque chose de doux, ce soir. Du champagne avec moins de bulles que la dernière fois, mais du champagne quand même !
[Suite]
Vos réactions