Mercredi 21 décembre 2005 3 21 /12 /2005 22:43
— A. Trois minutes d’arrêt !
J’ai levé le nez des « Contes érotiques d’hiver », le genre de littérature que j’aime exhiber quand on m’offre un voyage en première classe. Et puis, aujourd’hui, à défaut d’érotisme (un wagon rempli de blaireaux en train de bosser sur leurs pécés portables) c’est vraiment l’hiver ; une maison vide et froide m’attend si la voiture veut bien démarrer du parking TGV…

Le soleil est déjà couché quand je jette un œil distrait sur cette gare où je me suis souvent arrêté trois minutes. Il reste une lueur à l’horizon, ou peut-être l’ai-je imaginée ? Soudain je retrouve une douce lumière en train de disparaître, le passage le plus douloureux de ma vie amoureuse, ici même, alors que Marie venait de déchirer le voile d’une passion agonisante à fleur de peau (« Pleine lune »). La douce empoisonneuse, ce n’est pas toi, Marie — même si ton sourire de glace n’en finit pas de se figer — mais bien cette folie qui peut resurgir en trois minutes. Tout cela parce que hier soir je parlais de passion avec une amie célibataire plus âgée qui n’a jamais vécu une relation paisible avec un homme. Ensuite je lui ai offert un livre pour Noël. Elle a deviné, sans que je sache comment, que l’auteur en était le père de Marie, et voilà le père et la fille invités à notre soirée aux chandelles…

Souvent je me glisse dans le lit de Claudia, le matin, pour quelques minutes, car sa peau est légendairement douce et elle a toujours sa silhouette de rêve. Elle aime mes mains et je la soupçonne d’aimer renifler l’odeur d’un homme de temps en temps. Pas de contact humide — elle ne peut pas, faute de passion, et puis elle est allergique aux hommes mariés. (On ne discute pas avec une psychologue clinicienne.)

Cette nuit je me suis réfugié dans la contemplation d’objets mathématiques, en préparation d’une importante réunion de travail. Pour une fois que je travaille à ¨Paris… Mais les objets ne connaissent pas la passion : ils s’évanouissent comme des mirages quand le vent de la déraison se remet à souffler.

Je n’ai plus le courage de lire ni de m’aventurer dans une algèbre. Dix minutes plus tard nous arrivons dans la gare bien sombre, l’auto démarre au quart de tour, puis la maison se réchauffe doucement. Pour une fois je n’apprécie pas la solitude, mais Aimée ne rentrera pas, elle m’a prévenu, elle qui m’avait accueilli, ce soir là, en répondant paisiblement à cette hémorragie d’émotions qu’on appelle le « mal d’aimer ». Des fois, je me dis qu’elle est un personnage céleste.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Retour à l'accueil

Ce blog

  • Retour à la page d'accueil
  • : Fils invisibles
  • : Un loup gris partage les émotions, intuitions et désirs au fil de ses « voyages » d'amitié amoureuse.

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés