Partager l'article ! Jeune femme à la perle: Aimée et moi avons étrenné un projecteur vidéo en regardant « La jeune fille à la perle » sur une image ...
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Hier après-midi, Nelda est venue en visite. Elle était belle, son regard plongé dans le mien. Nous avons parlé des changements récents dans sa vie affective : une clarification de
ce qu’elle désire vraiment, aujourd’hui elle a envie de vivre seule et de s’arrêter de construire des rêves à partir d’expériences de vie de couple avec tel ou tel ami. Elle m’a aussi
écrit une lettre au sujet notre relation, mais elle préfère m’en parler directement. Elle me dit qu’elle ne peut pas répondre à mon désir « par égard pour Aimée », tout en
sachant cela elle peut m’accepter tel que je suis. (C’est ce que j’ai eu envie de comprendre, sans répondre que son argument n’avait aucune valeur, puisqu’Aimée nous croit déjà
amants.) |
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Nelda,Elle me répond aujourd’hui :
Merci pour la justesse de chacun de tes mots et gestes, ta confiance, ton absence de jugement… Merci aussi pour la saveur du thé rouge volée sur tes lèvres, pour mon trouble, mes désirs et incertitudes, cette peur de toi qui me tient en alerte et m’invite à vivre chaque instant comme si c’était celui d’un départ définitif.
Quand tu pars, c’est la partie la plus légère de mon âme qui s’accroche à toi, comme de la mousse de bière… Une sensation que j’oublie vite, bien que je l’aie retrouvée ce matin après une nuit de sommeil très profond. J’ai voulu prolonger cet état pour en faire émerger des mots, comme un rêve qu’on croit pouvoir raconter.
Je ne sais pas qui est le « toi » objet de cette attention. Il faudrait que j’apprenne à te déshabiller de l’apparence. (Imagine que tu sois attirée par un homme inconnu qui porte une magnifique chemise: est-ce que tu désires l’homme ou la chemise ?) Pour le moment, je me faufile sous cette apparence dans les fragments d’instants où je suis entier.
Il me faut le beurre et l’argent du beurre. J’ai rêvé de pouvoir t’écrire à mon tour une longue lettre inondée d’amour qui embraserait ton être, afin que nous fassions un jour ensemble l’offrande du Désir. (C’est beau avec un ‘d’ majuscule !) Mais là, malgré la précaution rhétorique du « un jour », c’est le corps qui parle tout en pensant « vite, vite ». Le même corps qui disait hier qu’il était « jaloux ». Je me suis rendu compte que cette parole m’était étrangère car le vrai sentiment qui me venait au cœur était la plénitude.
Dieu merci, il y a Aimée et les complications de test VIH pour me/nous maintenir dans la vigilance, de sorte que ni toi ni moi ne prêtons attention aux états d’âme de nos sexes. Ces barrières sont quand même ridiculement fragiles, les portes restant ouvertes un peu plus loin. Je n’aurais pas aimé que l’effleurement voluptueux des corps-âmes, cette saveur unique que nous goûtons par instants, se dissolve dans la jouissance. Je sens que tu me portes vers autre chose. (Le « tu » n’est peut-être pas le « toi » dans sa conscience. Et je fais attention de ne pas me fabriquer un fantasme mystique en réponse à ta non-réponse à mon désir.)
Pour être plus précis, je n’ai pas envie que notre intimité soit commandée par un désir de jouissance, même si j’aime la jouissance et n’ai pas envie de museler ce désir pour le « sublimer ». Ce que j’écris peut paraître contradictoire, mais dans la réalité ça m’est paru incroyablement simple : j’ai eu le sentiment de vivre avec toi toute l’intimité qui s’accordait avec le moment. Il y a quelque chose de plus profond, comme des racines étroitement emmêlées dans une terre humide, quelque chose d’aussi ennivrant que les frissonnements et les odeurs du plaisir, qui rend vaine toute agitation des corps. Même quand je partage avec toi des choses intellectuelles (j’aime de plus en plus ta vivacité d’esprit) je ne me sens pas juste accroché par la tête. C’est cette image de la grande corde tendue, qui commence à vibrer par instants, mais tellement longue que le son est trop grave pour être audible.
Je ne sais pas s’il y aura entre nous d’autres moments de la même intensité, mais ce matin j’ai eu envie de te dire que notre « cérémonie du thé » avait fait bouger quelque chose en moi — un quelque chose qui reste mystérieux, enfoui sous une nuit de sommeil.
Il faut que j’arrête d’écrire, car le soleil est déjà haut et mes sensations sont en train de s’évaporer comme de la rosée. Déjà là, les mots n’ont plus la même fraîcheur…
Je suis étonnée que tu sois étonné de ne pas être relié uniquement par la tête lors de nos (d)ébats intellectuels. Pour moi penser est relié aux émotions, au plaisir, il y a même une certaine jouissance ! Penser est organique.
[Suite]