| —> Accueil | Table des matières | ...++.....+...+.............. Julien Lem |
— J’ai besoin d’être touché « de l’intérieur ».En fait c’est la première fois depuis trois ans qu’il revoit le personnage social ; une confrontation redoutée pour la froideur qu’il avait en souvenir de cette époque. Mais, non, pas d’émotion : il a su fermer les yeux sur les apparences.
— Pareil… même si je te dis que j’ai envie d’être caressée. Exactement ça.
Casterino, enfin. La vallée avec ses villages de style italien, le
torrent, les hôtels qui hébergent de vieux couples friqués… Ils préparent les sacs après avoir choisi soigneusement un stock de provisions. Pruneaux et abricots secs, amandes, quelques pommes
délicieuses, des tomates à l’ancienne, des olives noires, plusieurs sortes de biscuits, du tofou et des algues hiziki préparées la veille ; les saveurs font partie des fêtes amoureuses.— Tu sais la replier ?Sous la tente ils ont fait l’amour. Elle a entrepris, avec beaucoup de patience, de lui montrer comment la caresser, puis elle l’a caressé à son tour en lui demandant quels gestes, quelle intensité il préférait. On dirait deux ados découvrant patiemment les mystères du sexe. Avec prudence, car elle est dans une période de fécondité incertaine. Paradoxalement, cette incertitude (et leur accord de ne prendre aucun risque) l’a conduit vers plus de plaisir encore. Il est si facile à un homme de « se satisfaire » rapidement, mécaniquement, en passant à côté de jouissances plus subtiles.
— Euh, on verra bien.
C’est aussi cette nuit là qu’elle a caressé le sexe de l’homme jusqu’à
l’orgasme. Ce n’est pas qu’il tenait à cette gratification : il n’aime pas jouir sans pénétration, aussi expertes que soient les mains de sa partenaire. Mais il s’y est laissé conduire,
lentement, prenant le temps d’observer comment elle accueillait cette jouissance annoncée.Elle a des goûts inverses des amantes avec je serais tenté de la comparer : celles qui ne supportent pas qu’on touche leurs seins, celles qui demandent que je pince leurs mamelons jusqu’à en avoir des crampes dans les doigts, celles qui me dévorent de baisers, celles qui me font mordre leurs lobes d’oreilles, celles qui ne touchent jamais mon sexe avec leurs mains, celles qui n’aiment pas l’éjaculation d’un homme, etc. Toutes ces oppositions m’ont rendu disponible, attentif à sa présence, loin des souvenirs et des « fantômes ».Il fait encore une fois l’expérience de quelque chose de troublant :
Quand nous faisons l’amour mon sexe reste au repos, même dans les caresses les plus jouissives, sauf aux moments où le sien désire vraiment s’accoupler. Rien à faire pour lui donner de la « vigueur » s’il a envie de se mettre au repos, sa « décision » est immédiatement suivie d’effet…Il se souviendra bien plus tard qu’il avait anticipé cette réaction en lui écrivant, le 29 mai :
Récemment j’ai rêvé que tu caressais mon sexe et qu’il restait complètement au repos, comme si j’étais devenu incapable d’érection. Cela me mettait mal à l’aise alors que je n’ai jamais été gêné dans ce genre de situation. Donc je suis soulagé d’apprendre que, pour toi non plus, ce geste [de caresser mon sexe] n’est pas en accord avec l’image que tu as de notre rencontre. Plus que jamais je sens qu’il aime se dresser « de l’intérieur », lui aussi, et donc qu’il reste insensible aux sollicitations extérieures.Mais il découvre que cette détermination de [son] sexe de n’en faire qu’à sa tête va plus loin. Chaque fois qu’ils sont accouplés et que son plaisir monte, il abandonne la partie au moment précis où il sent venir le « plateau » annonciateur de l’orgasme. Les premières fois il croit y voir une défaillance (une dégénérescence ?) jusqu’à ce qu’il constate le bien-fondé de cette réaction.
Le lac était magnifique. Elle
s’y est plongée nue, malgré la chute de température et la montée d’un vent de plus en plus froid. (Il faut bien écrire « nue » pour la beauté de l’image, sachant que cela ne change rien
à la sensation de froid…) Ils ont déplié la tente sur un rare terrain plat. La femme s’est recroquevillée dans le duvet en grelottant de froid. Lui était bien en difficulté pour la réchauffer,
car l’épuisement l’emmenait dans le sommeil, un sommeil lourd qui le faisait ronfler. Il a fini par essayer de dormir en plein air avec une couverture de survie, mais le vent était trop fort.
Alors il l’a rejointe, ils se sont lentement réchauffés, reconstruisant petit à petit leur cocon de tendresse.Je me souviens que cette nuit-là elle s’est mise à califourchon au dessus de moi en me montrant son dos. J’ai adoré le contact de nos sexes et sa silhouette vue de dos. (Elle est encore plus belle sous cet angle !) De plus, cette position m’a rappelé une anecdote érotique qu’elle m’avait rapportée. Mais mon sexe ne grandissait pas assez car le frottement me prévenait de l’imminence d’un orgasme. Une autre fois…Elle a fait un cauchemar de harcèlement sexuel dont ils n’ont pas trouvé la clé.
Le troisième jour le trajet
était facile car il fallait seulement marcher jusqu’au Lac Vert dans la Vallée de la Valmasque. Ils ont établi leur campement un peu au-dessus, à l’opposé du refuge, dans un creux de verdure tout
près d’un ruisseau qui offre un minuscule plan d’eau avec une cascade. Ils y ont terminé les provisions les plus convoitées : canapés de tofou avec des tomates et des algues. Pour la suite
il reste des olives, quelques pruneaux et des biscuits.Cette nuit-là elle a rêvé que je lui reprochais de ne pas assez me caresser. Je crois qu’elle s’est demandée si sa présence comblait mes attentes, puisqu’elle ne se forçait à rien « pour me faire plaisir ». Or elle me donnait bien plus que des attentions, en éliminant toute attente. La première fois qu’elle m’avait fait jouir en elle — bien que ce fût une étreinte rapide, à notre première rencontre amoureuse — j’ai su qu’elle ne me rejetait pas, qu’elle viendrait à moi quand elle en sentirait le désir, et que rien ne faisait obstacle à notre sensualité. J’ai donc cessé d’attendre une quelconque « preuve de désir » tout en accueillant les gestes de tendresse qui lui venaient spontanément.Il a appris qu’il pouvait lui parler de son désir tout en la caressant. Et qu’il pouvait en exprimer d’autres :
— J’ai envie de jouir dans ta bouche. (Elle m’a dit d’oser tout demander, elle est libre de refuser, j’ose…)Elle l’a pris avec fougue, tendresse, spontanéité. Il s’est laissé porter par le courant ascendant jusqu’à l’explosion bruyante, comme on peut se le permettre au bord du Lac Vert. Puis elle est venue poser sa tête près de son épaule, silencieuse.
— Viens…
— Ça va ?Il n’a pas osé lui demander de goûter sa semence sur ses lèvres. Une autre fois peut-être. Après cela il l’a caressée puis ils se sont endormis. C’est si simple de demander quand on sait que l’autre est entièrement libre de refuser ou d’accepter, de faire sien son désir.
— Oui, ça va. (Sourire)
Très tôt le matin. Il fait déjà chaud car le soleil donne sur la tente. Je la vois allongée, me tournant le dos. Toujours ce dos, ces hanches, cette croupe et ces jambes magnifiques… J’ai envie d’elle et je fais encore quelque chose d’interdit (dans les protocoles de mes amantes) : je presse mon sexe dans le creux de ses reins. Je la sens se cambrer légèrement, je frotte un peu et elle ne tardera pas à glisser ma verge dans sa grotte brûlante. Quelle célébration du désir matinal ! Je la pénètre avec force et nos hanches s’en donnent à cœur joie. Je sens le plaisir monter dans sa respiration. Un court instant, mon sexe abandonne la partie, se replie, mais je me dis que ce serait tellement dommage d’en rester là, bien que je commence à sentir un frémissement orgasmique au creux du ventre. Elle est comme un cheval au galop, je commence à perdre les rênes, mais j’aurais tellement envie qu’elle bondisse avant de tomber !Il tombe : cette fois les frémissements sont devenus sans appel, il se retire et sent la montée incontrôlable d’un orgasme. Il freine désespérément — il ne veut pas, c’est trop idiot — mais les spasmes sont là et le sperme ne tarde pas à couler tristement, comme le sang d’une blessure.
— Tu as continué sans moi, rien de grave !Mais si, il a continué, il n’y avait pas de honte à cela. C’est encore sa tendresse qui va le guérir. Elle s’allonge sur le dos et invite la main de l’homme à la caresser. Aujourd’hui tout est devenu simple : il sait se rendre léger, l’effleurer quand il le faut, la pénétrer ou appuyer quand elle le désire. D’ailleurs il ne sait plus lequel des deux désire, car petit à petit leurs gestes se font un. Une palpitation au bas du ventre féminin donne le rythme, et sa fente chaude et humide aspire l’homme comme une plante carnivore quand elle veut sentir ses doigts — un, deux ou trois.
— Mais je n’ai rien continué…
— Attention, ne prends pas mon sexe, il est encore mouillé de sperme. (Mon dieu, il aimerait qu’elle le prenne, mais ce serait tout sauf raisonnable…)Elle ne l’a pas pris. Il est posé sur le côté comme un poisson frétillant au bord du lac, mais elle presse son pubis contre celui de l’homme. Il va se passer encore une chose extraordinaire pour lui : ce devrait être frustrant, douloureux même, de ne pas être accouplé, mais il découvre en elle une énergie qui éveille d’autres sensations en lui. Petit à petit, c’est elle qui devient pénétrante et il la sent envahir son ventre, le fouiller avec un sexe immense. Elle le prend de plus en plus profondément jusqu’à ce que son ventre — devenu matrice — soit remué de spasmes, comme dans un orgasme féminin.
Elle le contemple en souriant, mi-femme mi-homme. Voilà
encore pour la guérison : il ne lui est plus demandé d’être le mâle survitaminé, il suffit qu’il reste lui-même, dans toutes les dimensions du plaisir, et qu’il s’y abandonne.La soirée était belle, nous avons marché sans les sacs vers le fond de la vallée, puis nous avons contemplé le lever de la pleine lune. Je pense en riant à mes histoires de pleines lunes et de rencontres amoureuses : quand on se trouve pour de vrai, sans fantôme ni fantasme, c’est toujours la pleine lune dans nos cœurs. Anne est ici, c’est la seule chose qui compte pour moi.Ils ont rejoint la tente. L’homme a caressé sa tendre amie jusqu’à la jouissance, puis elle l’a fait venir en elle, couchée sur le côté. Plaisir extraordinaire, une nouvelle fois.
J’y ai mis toute ma fougue, faisant confiance à mon sexe pour me prévenir de l’arrivée du plateau, et bien décidé à l’écouter cette fois. Mais (parce que j’étais vraiment détendu ?) la jouissance n’a pas pointé son nez et nos sexes ont pu continuer à s’étreindre sauvagement jusqu’à ce que je souffre de courbatures dans les hanches. Nous nous sommes séparés un instant, puis j’ai demandé « encore une fois » pour une dernière étreinte qui m’a comblé de bonheur.Ils se sont endormis. Le matin, alors que le soleil commençait à chauffer fort, elle a pris le sexe de l’homme dans ses mains jusqu’à ce qu’il ose dire : « J’ai envie de toi ». Elle est venue au-dessus de lui. Mais la tente était trop basse, il faisait trop chaud et ils n’ont pas tenu longtemps. Alors elle s’est allongée et l’a invité à venir au-dessus d’elle. Il a senti le don, l’abandon, l’excitation des sexes en contact dans une rare intensité… Mais ses bras se sont fatigués et la chaleur a eu raison d’eux.
Quand tu t’es allongée pour m’inviter à venir en toi, j’avais envie de te prendre, oui, vraiment te prendre, jusqu’à la jouissance, grisé de te regarder et de sentir le seul contact de ton sexe tellement vivant autour du mien…Puis il lui a raconté comment cette réminiscence s’était transformée en jouissance, tard dans la nuit :
Je me suis retrouvé là naturellement, j’ai imaginé qu’il n’y avait plus de tente, qu’il faisait frais, que tu n’étais pas féconde, que tu étais sur un lit assez haut pour que je sois debout, et que je puisse envelopper tes seins de mes mains pendant que tu te cambrais, tu t’abandonnais dans le plaisir, tu devenais mienne dans cette instant, les mains attachées peut-être. Et je t’ai prise, j’ai joui en toi. Mais ce n’était pas l’orgasme que tu connais de moi. Celui-là est silencieux, terrifiant parce qu’il m’emmène dans un monde dont je ne sais jamais si je reviendrai vivant. Mon souffle bloqué et une énergie surhumaine qui s’engouffre dans ma tête, comme si elle canalisait en une seconde tous les moments de plaisir partagés — avant de mourir on revoit toute sa vie, à ce qu’il paraît. Dans ce moment je sens quelque chose qui coule de mon sexe mais cela n’a pas beaucoup d’importance, c’est tout mon corps qui jouit. Un jour peut-être je jouirai de cette manière en toi, mais je voulais te prévenir que ce n’est pas dangereux. ;-) En tout cas, j’ai senti que cette jouissance faisait partie de notre rencontre et c’est pour ça que je te la raconte ce matin, même si tu es dans un autre voyage déjà.Deux semaines plus tard
[Suite]
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