Mardi 7 août 2007
Retrouvailles sans effusion ni émotion particulière sur un quai de gare TGV. L’impression de ne pas s’être quittés depuis des mois qu’ils ont entrepris de visiter ensemble leurs jardins secrets. Ils s’étaient écrit :
— J’ai besoin d’être touché « de l’intérieur ».
— Pareil… même si je te dis que j’ai envie d’être caressée. Exactement ça.
En fait c’est la première fois depuis trois ans qu’il revoit le personnage social ; une confrontation redoutée pour la froideur qu’il avait en souvenir de cette époque. Mais, non, pas d’émotion : il a su fermer les yeux sur les apparences.

Ils ont pris la route sans échanger plus dee trois mots. La femme est allongée sur le siège incliné, couverte (plus que vêtue) d’une robe de tulle. Il n’a de cesse de la contempler avec l’émerveillement du premier regard. Qu’elle est belle, qu’il a envie d’elle… Elle l’invite à poser une main sur son ventre ; c’est un supplice de conduire dans de telles conditions.

Elle parle à sa manière en lui caressant la nuque, l’épaule, le bras. Elle le touche, enfin, présente et entière. Cette présence dans la plénitude sera pour lui le plus grand bonheur de leur voyage. Elle installe sans effort une continuité entre la « rencontre des âmes » vécue à des milliers de kilomètres et cette « rencontre des corps » dont l’histoire reste à écrire alors qu’ils roulent, vitres ouvertes.

Il avait peur qu’elle ne vienne pas, qu’elle change d’idée au dernier moment. Toujours cette peur irrationnelle et risible d’être rejeté ; il faudra bien s’en débarrasser un jour, et il lui en parle.

CIMG1094.jpg Casterino, enfin. La vallée avec ses villages de style italien, le torrent, les hôtels qui hébergent de vieux couples friqués… Ils préparent les sacs après avoir choisi soigneusement un stock de provisions. Pruneaux et abricots secs, amandes, quelques pommes délicieuses, des tomates à l’ancienne, des olives noires, plusieurs sortes de biscuits, du tofou et des algues hiziki préparées la veille ; les saveurs font partie des fêtes amoureuses.

Leur progression est lente jusqu’à la lisière de la forêt. Inutile de parler, laissons les cœurs s’imprègner de l’environnement. Le temps perd de sa pesanteur. C’est cela qu’ils sont venus chercher : un espace sans attente. Mais le soleil a commencé à décliner et quelques nuages (non prévus par la météo) les menaçent. Ils décident de bivouaquer près du torrent, à l’abri des regards. Allongés sur l’herbe ils peuvent enfin se parler, se regarder, se toucher. Il frissonne de plaisir à chacune de ses caresses, à son sourire, ses lèvres douces qu’il n’ose embrasser (sauf quelques effractions à la bienséance). Il ne lui demande rien. Elle ne donne pas pour lui faire plaisir ; c’est petit à petit qu’elle l’acceptera tel qu’il est, qu’elle viendra vers lui.

Ils sont bien. Que dire d’autre ? Ses seins qui gonflent d’amour dans les mains de l’amant comblé, leur imprimant la courbure du plaisir… Leurs caresses se font de plus en plus érotiques, jusqu’à ce que trois gouttes tombées du ciel annoncent un changement de programme.

Il a sorti fièrement une tente qui s’est dépliée en un clin d’œil.
— Tu sais la replier ?
— Euh, on verra bien.
Sous la tente ils ont fait l’amour. Elle a entrepris, avec beaucoup de patience, de lui montrer comment la caresser, puis elle l’a caressé à son tour en lui demandant quels gestes, quelle intensité il préférait. On dirait deux ados découvrant patiemment les mystères du sexe. Avec prudence, car elle est dans une période de fécondité incertaine. Paradoxalement, cette incertitude (et leur accord de ne prendre aucun risque) l’a conduit vers plus de plaisir encore. Il est si facile à un homme de « se satisfaire » rapidement, mécaniquement, en passant à côté de jouissances plus subtiles.

C’est cette nuit là qu’elle a commencé à lui montrer comment caresser son sexe avec un ou deux doigts. Terra incognita : les femmes ne disent-elles pas qu’aucun homme ne sait (ne devrait savoir ?) toucher leur clitoris ? Il en a vu frémir d’horreur au moindre contact : espèce de brute, tu peux l’effleurer à peine ou presser autour, parfois aspirer doucement avec la bouche, mais surtout pas frotter la plante sacrée. Le voici donc consacré jardinier sacrificiel hors du territoire des hommes… Mais il n’ira pas très loin dans sa découverte : trop fort, pas assez fort, trop vite, pas assez vite, c’est une langue étrangère qu’il lui faut apprendre. D’ailleurs il ne tardera pas à la poser, sa langue de chair, sur la porte du paradis, pour gratifier sa bouche de saveurs exquises. Mais ce contact n’est pas assez raffiné pour qu’elle s’abandonne jusqu’à la jouissance.

Il découvre quand même que pour avoir la légèreté requise il faut que toute son « énergie érotique » se concentre dans ses mains. Autrement dit, qu’il ne ressente plus le désir de la pénétrer avec son sexe — dressé ou non, cela ne fait aucune différence. D’une certaine manière il faut qu’il devienne femme, ce qui n’a rien de surprenant puisqu’elle lui fait place dans son intimité féminine.

caresse.jpg C’est aussi cette nuit là qu’elle a caressé le sexe de l’homme jusqu’à l’orgasme. Ce n’est pas qu’il tenait à cette gratification : il n’aime pas jouir sans pénétration, aussi expertes que soient les mains de sa partenaire. Mais il s’y est laissé conduire, lentement, prenant le temps d’observer comment elle accueillait cette jouissance annoncée.

Parfois la jeune amante s’allonge sur le dos pour qu’il s’accouple au-dessus d’elle. Mais elle est gênée par son poids. Alors il se maintient aussi longtemps que possible, les bras tendus. Assez vite elle roulera sur le côté pour qu’il se place dans son dos. Ennivré par l’étreinte vigoureuse de leurs sexes, il contemple son dos, ses hanches et ses jambes en poussant des cris de plaisir.

Il aimerait la voir comme une initiatrice, venue l’accompagner sur de nouvelles avenues du plaisir, de la vie, de son être. Mais elle est différente de celles qu’il a connues. Elle ne se glisse dans aucun rôle. Elle reste « nature ». Quand sa nature est profonde elle l’emmène en profondeur ; qaund son esprit est élevé elle le porte très haut.

Il écrit :
Elle a des goûts inverses des amantes avec je serais tenté de la comparer : celles qui ne supportent pas qu’on touche leurs seins, celles qui demandent que je pince leurs mamelons jusqu’à en avoir des crampes dans les doigts, celles qui me dévorent de baisers, celles qui me font mordre leurs lobes d’oreilles, celles qui ne touchent jamais mon sexe avec leurs mains, celles qui n’aiment pas l’éjaculation d’un homme, etc. Toutes ces oppositions m’ont rendu disponible, attentif à sa présence, loin des souvenirs et des « fantômes ».
Il fait encore une fois l’expérience de quelque chose de troublant :
Quand nous faisons l’amour mon sexe reste au repos, même dans les caresses les plus jouissives, sauf aux moments où le sien désire vraiment s’accoupler. Rien à faire pour lui donner de la « vigueur » s’il a envie de se mettre au repos, sa « décision » est immédiatement suivie d’effet…
Il se souviendra bien plus tard qu’il avait anticipé cette réaction en lui écrivant, le 29 mai :
Récemment j’ai rêvé que tu caressais mon sexe et qu’il restait complètement au repos, comme si j’étais devenu incapable d’érection. Cela me mettait mal à l’aise alors que je n’ai jamais été gêné dans ce genre de situation. Donc je suis soulagé d’apprendre que, pour toi non plus, ce geste [de caresser mon sexe] n’est pas en accord avec l’image que tu as de notre rencontre. Plus que jamais je sens qu’il aime se dresser « de l’intérieur », lui aussi, et donc qu’il reste insensible aux sollicitations extérieures.
Mais il découvre que cette détermination de [son] sexe de n’en faire qu’à sa tête va plus loin. Chaque fois qu’ils sont accouplés et que son plaisir monte, il abandonne la partie au moment précis où il sent venir le « plateau » annonciateur de l’orgasme. Les premières fois il croit y voir une défaillance (une dégénérescence ?) jusqu’à ce qu’il constate le bien-fondé de cette réaction.

Le deuxième jour ils ont marché longtemps à partir du refuge de Fontanalbe. Il a commis l’erreur de ne pas remplir les bouteilles, croyant qu’ils allaient suivre un torrent. Mais ils ont dû ceminer sur un sentier escarpé, en plein soleil, jusqu’au Lac du Basto, avec une montée abrupte (à 2568 mètres) suivie d’une descente dans les éboulis de la Baisse de Fontanalbe. Il avait mal à la tête à cause de l’altitude et de palpitations qui parfois l’obligeaient à faire des haltes. Elle marchait en avant, le plus souvent, l’attendant à quelque distance. Il est arrivé titubant comme un ivrogne.

CIMG1070.jpg Le lac était magnifique. Elle s’y est plongée nue, malgré la chute de température et la montée d’un vent de plus en plus froid. (Il faut bien écrire « nue » pour la beauté de l’image, sachant que cela ne change rien à la sensation de froid…) Ils ont déplié la tente sur un rare terrain plat. La femme s’est recroquevillée dans le duvet en grelottant de froid. Lui était bien en difficulté pour la réchauffer, car l’épuisement l’emmenait dans le sommeil, un sommeil lourd qui le faisait ronfler. Il a fini par essayer de dormir en plein air avec une couverture de survie, mais le vent était trop fort. Alors il l’a rejointe, ils se sont lentement réchauffés, reconstruisant petit à petit leur cocon de tendresse.
Je me souviens que cette nuit-là elle s’est mise à califourchon au dessus de moi en me montrant son dos. J’ai adoré le contact de nos sexes et sa silhouette vue de dos. (Elle est encore plus belle sous cet angle !) De plus, cette position m’a rappelé une anecdote érotique qu’elle m’avait rapportée. Mais mon sexe ne grandissait pas assez car le frottement me prévenait de l’imminence d’un orgasme. Une autre fois…
Elle a fait un cauchemar de harcèlement sexuel dont ils n’ont pas trouvé la clé.

CIMG1076.jpg Le troisième jour le trajet était facile car il fallait seulement marcher jusqu’au Lac Vert dans la Vallée de la Valmasque. Ils ont établi leur campement un peu au-dessus, à l’opposé du refuge, dans un creux de verdure tout près d’un ruisseau qui offre un minuscule plan d’eau avec une cascade. Ils y ont terminé les provisions les plus convoitées : canapés de tofou avec des tomates et des algues. Pour la suite il reste des olives, quelques pruneaux et des biscuits.
Cette nuit-là elle a rêvé que je lui reprochais de ne pas assez me caresser. Je crois qu’elle s’est demandée si sa présence comblait mes attentes, puisqu’elle ne se forçait à rien « pour me faire plaisir ». Or elle me donnait bien plus que des attentions, en éliminant toute attente. La première fois qu’elle m’avait fait jouir en elle — bien que ce fût une étreinte rapide, à notre première rencontre amoureuse — j’ai su qu’elle ne me rejetait pas, qu’elle viendrait à moi quand elle en sentirait le désir, et que rien ne faisait obstacle à notre sensualité. J’ai donc cessé d’attendre une quelconque « preuve de désir » tout en accueillant les gestes de tendresse qui lui venaient spontanément.
Il a appris qu’il pouvait lui parler de son désir tout en la caressant. Et qu’il pouvait en exprimer d’autres :
— J’ai envie de jouir dans ta bouche. (Elle m’a dit d’oser tout demander, elle est libre de refuser, j’ose…)
— Viens…
Elle l’a pris avec fougue, tendresse, spontanéité. Il s’est laissé porter par le courant ascendant jusqu’à l’explosion bruyante, comme on peut se le permettre au bord du Lac Vert. Puis elle est venue poser sa tête près de son épaule, silencieuse.
— Ça va ?
— Oui, ça va. (Sourire)
Il n’a pas osé lui demander de goûter sa semence sur ses lèvres. Une autre fois peut-être. Après cela il l’a caressée puis ils se sont endormis. C’est si simple de demander quand on sait que l’autre est entièrement libre de refuser ou d’accepter, de faire sien son désir.

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Très tôt le matin. Il fait déjà chaud car le soleil donne sur la tente. Je la vois allongée, me tournant le dos. Toujours ce dos, ces hanches, cette croupe et ces jambes magnifiques… J’ai envie d’elle et je fais encore quelque chose d’interdit (dans les protocoles de mes amantes) : je presse mon sexe dans le creux de ses reins. Je la sens se cambrer légèrement, je frotte un peu et elle ne tardera pas à glisser ma verge dans sa grotte brûlante. Quelle célébration du désir matinal ! Je la pénètre avec force et nos hanches s’en donnent à cœur joie. Je sens le plaisir monter dans sa respiration. Un court instant, mon sexe abandonne la partie, se replie, mais je me dis que ce serait tellement dommage d’en rester là, bien que je commence à sentir un frémissement orgasmique au creux du ventre. Elle est comme un cheval au galop, je commence à perdre les rênes, mais j’aurais tellement envie qu’elle bondisse avant de tomber !
Il tombe : cette fois les frémissements sont devenus sans appel, il se retire et sent la montée incontrôlable d’un orgasme. Il freine désespérément — il ne veut pas, c’est trop idiot — mais les spasmes sont là et le sperme ne tarde pas à couler tristement, comme le sang d’une blessure.

Il se sent honteux de l’avoir ainsi abandonnée, lui si fier de savoir « tenir les rênes ». Mais que faire lorsque la « bête » est au galop ? Il n’a appris à se maîtriser que dans une immobilité presque totale.

Ils se rendorment. Lui redoute le regard de la femme aimée, au réveil, qui exprimera sans doute de la déception. Ses yeux s’ouvrent, elle sourit, vient dans ses bras…
— Tu as continué sans moi, rien de grave !
— Mais je n’ai rien continué…
Mais si, il a continué, il n’y avait pas de honte à cela. C’est encore sa tendresse qui va le guérir. Elle s’allonge sur le dos et invite la main de l’homme à la caresser. Aujourd’hui tout est devenu simple : il sait se rendre léger, l’effleurer quand il le faut, la pénétrer ou appuyer quand elle le désire. D’ailleurs il ne sait plus lequel des deux désire, car petit à petit leurs gestes se font un. Une palpitation au bas du ventre féminin donne le rythme, et sa fente chaude et humide aspire l’homme comme une plante carnivore quand elle veut sentir ses doigts — un, deux ou trois.

Petit à petit il découvre une chose nouvelle : le plaisir de ses doigts, leur glissement onctueux entre les flancs des lèvres dont il devine la blancheur délicate, ces lèvres qui palpent et embrassent amoureusement le doigt qui les flatte.

C’est bien elle qui le caresse et c’est de son propre plaisir qu’il est à l’écoute. Jusqu’au moment où le souffle de l’amante s’accélère, ses yeux se ferment pendant que l’amant observe avec émerveillement l’accomplissement de sa jouissance. Voilà pour la guérison.

Quelque temps après elle l’a étendu sur le dos et vient à califourchon.
— Attention, ne prends pas mon sexe, il est encore mouillé de sperme. (Mon dieu, il aimerait qu’elle le prenne, mais ce serait tout sauf raisonnable…)
Elle ne l’a pas pris. Il est posé sur le côté comme un poisson frétillant au bord du lac, mais elle presse son pubis contre celui de l’homme. Il va se passer encore une chose extraordinaire pour lui : ce devrait être frustrant, douloureux même, de ne pas être accouplé, mais il découvre en elle une énergie qui éveille d’autres sensations en lui. Petit à petit, c’est elle qui devient pénétrante et il la sent envahir son ventre, le fouiller avec un sexe immense. Elle le prend de plus en plus profondément jusqu’à ce que son ventre — devenu matrice — soit remué de spasmes, comme dans un orgasme féminin.

CIMG1069fusain.jpg Elle le contemple en souriant, mi-femme mi-homme. Voilà encore pour la guérison : il ne lui est plus demandé d’être le mâle survitaminé, il suffit qu’il reste lui-même, dans toutes les dimensions du plaisir, et qu’il s’y abandonne.

L’avant-dernier jour (samedi) ils ont quitté le Lac Vert pour entamer la descente. Ils se sont perdus de vue pendant des heures car elle l’attendait sur un chemin alors qu’il en avait pris un autre. Elle a fait de nombreux allers-retours pour le retrouver. Mais dans l’après-midi elle l’a rattrapé sur le chemin de la descente. Il ont même marché jusqu’à la voiture, puis ils ont remonté un peu de l’autre côté du torrent pour dresser la tente.
La soirée était belle, nous avons marché sans les sacs vers le fond de la vallée, puis nous avons contemplé le lever de la pleine lune. Je pense en riant à mes histoires de pleines lunes et de rencontres amoureuses : quand on se trouve pour de vrai, sans fantôme ni fantasme, c’est toujours la pleine lune dans nos cœurs. Anne est ici, c’est la seule chose qui compte pour moi.
Ils ont rejoint la tente. L’homme a caressé sa tendre amie jusqu’à la jouissance, puis elle l’a fait venir en elle, couchée sur le côté. Plaisir extraordinaire, une nouvelle fois.
J’y ai mis toute ma fougue, faisant confiance à mon sexe pour me prévenir de l’arrivée du plateau, et bien décidé à l’écouter cette fois. Mais (parce que j’étais vraiment détendu ?) la jouissance n’a pas pointé son nez et nos sexes ont pu continuer à s’étreindre sauvagement jusqu’à ce que je souffre de courbatures dans les hanches. Nous nous sommes séparés un instant, puis j’ai demandé « encore une fois » pour une dernière étreinte qui m’a comblé de bonheur.
Ils se sont endormis. Le matin, alors que le soleil commençait à chauffer fort, elle a pris le sexe de l’homme dans ses mains jusqu’à ce qu’il ose dire : « J’ai envie de toi ». Elle est venue au-dessus de lui. Mais la tente était trop basse, il faisait trop chaud et ils n’ont pas tenu longtemps. Alors elle s’est allongée et l’a invité à venir au-dessus d’elle. Il a senti le don, l’abandon, l’excitation des sexes en contact dans une rare intensité… Mais ses bras se sont fatigués et la chaleur a eu raison d’eux.

Ils ont plié bagages et repris la route. Elle mourrait de faim et surtout d’envie de consommer quelque chose de frais. Des fruits, d’abord, puis une bonne salade et de délicieuses glaces à la terrasse d’un petit snack de Sospel.

Toute la journée il a guetté la tristesse de leur séparation mais elle ne s’est pas manifestée. Quand il a quitté l’amante sur une avenue de grande ville (« On ne peut pas s’embrasser ici ! ») il n’a pas ressenti d’autre émotion que de la gratitude. Merci, mon amie. Après qu’elle ait disparu au coin du bâtiment, il a eu envie de chanter de bonheur.

Le lendemain, il lui a écrit :
Quand tu t’es allongée pour m’inviter à venir en toi, j’avais envie de te prendre, oui, vraiment te prendre, jusqu’à la jouissance, grisé de te regarder et de sentir le seul contact de ton sexe tellement vivant autour du mien…
Puis il lui a raconté comment cette réminiscence s’était transformée en jouissance, tard dans la nuit :
Je me suis retrouvé là naturellement, j’ai imaginé qu’il n’y avait plus de tente, qu’il faisait frais, que tu n’étais pas féconde, que tu étais sur un lit assez haut pour que je sois debout, et que je puisse envelopper tes seins de mes mains pendant que tu te cambrais, tu t’abandonnais dans le plaisir, tu devenais mienne dans cette instant, les mains attachées peut-être. Et je t’ai prise, j’ai joui en toi. Mais ce n’était pas l’orgasme que tu connais de moi. Celui-là est silencieux, terrifiant parce qu’il m’emmène dans un monde dont je ne sais jamais si je reviendrai vivant. Mon souffle bloqué et une énergie surhumaine qui s’engouffre dans ma tête, comme si elle canalisait en une seconde tous les moments de plaisir partagés — avant de mourir on revoit toute sa vie, à ce qu’il paraît. Dans ce moment je sens quelque chose qui coule de mon sexe mais cela n’a pas beaucoup d’importance, c’est tout mon corps qui jouit. Un jour peut-être je jouirai de cette manière en toi, mais je voulais te prévenir que ce n’est pas dangereux. ;-) En tout cas, j’ai senti que cette jouissance faisait partie de notre rencontre et c’est pour ça que je te la raconte ce matin, même si tu es dans un autre voyage déjà.
Deux semaines plus tard

Il est assis sur la rive d’un lac dans la quiétude de la tombée de la nuit. Le silence s’est installé sur les eaux calmes, et l’oubli, soudain, le vide salutaire dans ses pensées… Il a longtemps savouré le retour au cœur du ciel pur. Puis il a interrogé mon cœur : c’est le souvenir d’Iliane-Patricia qui est venu le réchauffer et l’occuper tout entier. C’est avec elle seule qu’il a pu accéder à la même densité de silence intérieur par la voie de l’amour.

Il vient de vivre une belle histoire : interpellé par une Femme sauvage, il l’a vue passer mais il ne l’a pas vraiment touchée. Elle lui a donné au-delà de toute attente mais elle ne s’est jamais donnée. Elle vient de partir comme elle était arrivée. Il pense à trois femmes qui ont croisé sa vie. L’une est profonde et froide comme la terre ; l’autre était bouillonnante comme l’eau ; celle-ci était légère et inconsistante, comme le vent qui vient de disparaître en apaisant la surface du lac.

[Suite]

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