Dimanche 30 octobre 2005
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Nous descendons le chemin abrupt vers la calanque de Sugiton. Aimée, notre vieil ami JC, et la petite chienne qui trotte à nos côtés. Plaisir des jambes, plaisir des yeux, amitié fraternelle, le paysage est grandiose…
Plusieurs fois je vois des gens qui trébuchent, glissent sur un rocher ou une pierre roulante, et me font froid dans le dos. Je regarde aussi des jeunes qui escaladent les falaises friables. Froid. Sur le retour, un hélicoptère de la Sécurité civile s’est posé, et des gens parlent de « quelqu’un qui ne peut pas redescendre ». Cela me rappelle un rêve que j’avais essayé d’oublier, la semaine dernière. J’étais avec un petit groupe de personnes qui rendait visite à quelqu’un. Mais le sentier menant à la maison était très escarpé, il fallait monter des marches, franchir des rochers, marcher sur un terrain très en pente. Une vieille dame avec un manteau beige clair et un sac à main est tombée : je l’ai vue rouler sans bruit puis disparaître dans un à-pic. Les gens les plus en bas se sont précipités pour la secourir. Je ne ressentais aucune émotion — peut-être une légère contrariété que la journée soit en voie d’être gâchée — et je me disais que j’étais anormal de ne ressentir aucune émotion. Mais aujourd’hui je vois pour de vrai des gens qui risquent de tomber et je m’inquiète pour eux.
Nous sommes assis sur un haut promontoire face à la mer. A droite, la calanque, à gauche une plage rocailleuse difficile d’accès, avec beaucoup de monde car le soleil est magnifique. On s’y baigne nu ou habillé, il y en a pour tous les goûts. Le paradis terrestre est à portée d’oiseau ; d’ailleurs les mouettes s’en donnent à cœur joie.
Un jeune couple est venu s’asseoir devant nous, encore plus près de la falaise. Ils sont beaux comme des dieux, chaussés d’Adidas et vêtus de synthétique. Lui, grand, visage allongé aux cheveux très noirs. Elle, l’allure d’une très jeune Marocaine, lèvres merveilleusement dessinées, regard brillant, buste de modèle, de fines chevilles très blanches. Elle s’est assise devant lui, il la serre dans ses bras, elle lui tend ses lèvres, ses cheveux bouclés lui battent le visage. Au début, j’aimerais être lui. Puis je regarde ce qui est en moi : la sensation du vent, de la mer, le romarin fleuri qui m’a rendu fou, les voluptueuses courbatures, mon cœur encore plein de la plénitude reçue hier soir. J’ai envie d’être moi et de les laisser être eux.
Ils se lèvent pour partir. La déesse passe devant nous, les perles de ses seins érigées sous le tee-shirt. Il y a de bons moments dans une journée d’automne.
[Suite]
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