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28 octobre 2005 5 28 /10 /octobre /2005 23:00
Dans son blog « Déconstruction », Marie B. écrit :
J’imaginais que j’aimerais te rencontrer un jour au milieu de nulle part ou au milieu de la foule, que j’aimerais m’asseoir et que tu t’assois aussi, à distance du toucher, de l’odeur, de l’oreille et que nous repartions chacun sur notre route quand le moment sera venu, sans autre approche… Drôle de rencontre, drôle de fantasme… C’est un peu ce que je ressens dans ces échanges écrit loin de la vue… En plus… Aussi…

Mais ça pourrait se passer avec un autre, avec une autre…
Puis :
Parler de déconstruction présuppose parler de construction…

Quand j’ai lu ce mot, il y a quelques jours maintenant, la première image qui est venue est celle d’un village du désert, déconstruit par le vent, devenu sable, devenu presque dune… Puis, s’est superposée l’image d’un barrage d’enfant que l’eau contourne, puis emporte… Et j’étais le vent et j’étais l’eau… Et j’étais le sable, et la dune et les alluvions….

J’aimerais entendre parler de construction, de déconstruction.
En parlant de « non-désir » à propos de nos échanges écrits, j’étais gêné par ce mot qui ressemble à une condamnation : non-non-NON-désir ! Implicitement, l’affirmation que tout désir ne pourrait exister ou devrait être refoulé. Et puis, de quel désir parlons-nous ? Puisque nous jouons avec les conventions sociales, dans un espace de communication indécis entre public et privé, le mot « désir » n’évoque-t-il pas immédiatement les désirs interdits ? A quoi bon se soucier du désir après avoir affirmé que nous n’avons pas besoin de partenaire pour satisfaire nos envies de jouissance ?

C’est lumineux d’introduire la déconstruction à ce stade. Car, plutôt que de « non-désir », j’aurais dû parler de déconstruction du désir.

Commençons par la construction. Par une sorte de coïncidence, ce matin (avant de lire Marie B.) j’ai retouché un article ancien, « Brasero ». Une histoire typique de construction du désir, par le contournement des contraintes sociales, de la morale bien entendu, avec un artifice qui permet de s’affranchir de toute idée préconçue de ce que l’être désiré devrait posséder et serait en mesure de nous donner.

Déconstruire, comme l’entendait J. Derrida (in Marges de la philosophie), revient à trouver un procédé qui bouscule la domination d’un concept par un autre désigné comme son contraire : moderne/traditionnel, savant/profane, etc.

L’image du village qui retourne au sable, pour moi, est celle du désir qui s’est évanoui au lever du jour, avec G. Elle réaffirme la nature évanescente et fulgurante des moments extatiques, des visions, des envies, de notre vie même. Mais Marie B. écrit autre chose :
Que le rituel commence par un orgasme, qu’il commence par un feu d’artifice… Oui, mille fois oui… Pour qu’ensuite il soit possible de sortir de l’éblouissement, pour qu’ensuite, il soit possible de trouver la lumière… C’est bien ce que j’ai eu envie de saisir dans mes lectures au sujet du tantrisme.

Mais rien de raisonné, aucune recherche, aucun rituel.

L’extase pour moi, c’est le point d’équilibre.

Parfois ce point devient une ligne qui s’étire et s’étire.

Mais jamais je ne peux dire quand ce sera possible,

Et jamais je ne peux savoir quand sera l’instant !
Je lis dans ce passage le renversement de l’opposition entre jouissance et extase, entre le désir du corps et ce « désir de lumière » que je désignais dans « La robe bleue ». La déconstruction, dans ce cas précis, revient à examiner des propositions comme « l’extase est une forme de jouissance », ou « la jouissance est une forme d’extase », renversements qui permettent de s’affranchir du point de départ, de la direction (aux deux sens du terme), du point d’arrivée…

S’affranchir aussi de ce qu’on attend de « l’autre ». Se libérer de l’attente. Les moments les plus heureux de ma vie sont ceux où tout le plaisir est dans le présent. Où je peux même quitter une femme pour goûter à satiété le plaisir vécu avec elle, au moment même où la logique conservatrice me dicterait de la « prendre » et de tout faire pour « rester ensemble »… Je ne renonce à rien ; c’est le passage imperceptible de la jouissance à l’extase, comme sur un ruban de Mœbius. Je ne sais d’ailleurs plus où est le désir, ni où il en est.

Je me souviens que, jusqu’à une époque récente, je comptais les jours, les heures et les minutes, avant une rencontre amoureuse. Il faudra que je raconte la fois où je me suis branché sur cette sensation du bassin qui se remplit, où cette attente a basculé. Depuis, je sens au contraire un apaisement grandissant avec la proximité des jours et des corps, un peu comme la couche de stress qui s’évanouit chez une femme (non perturbée) sur le point d’accoucher. Contrairement à autrefois, j’aime que ce qui était prévu change au dernier moment.
Y aura-t-il un jour où je pourrai dire comme toi « certaines rencontres ne m’apprennent plus grand-chose sur la vie » ?

Curieusement, c’est peut-être dans les détours les plus connus qu’il y a le plus à apprendre et si j’ai parfois l’impression d’avoir exploré mille aventures, c’est dans la simplicité, le non-extraordinaire, l’absence de magie apparente que l’extase prend source… J’ai décrit cette expérience aussi dans l’activité qui sculpte ma vie encore quelque temps. J’en suis à l’affinage, au lissage, aux détails, chaque jour davantage et chaque jour plus précisément quand tout semble si simple.

Qu’y a-t-il dans un feu d’artifice sinon de la lumière ?
Je n’apprends plus grand chose dans les rencontres « socialisées ». Non pas que je les déprécie. Je vois une amie en ce moment, nous vivons de grands moments de tendresse. Nous étanchons notre soif de jouissance, souvent après un repas sobre et savoureux. Mais il n’y a rien de nouveau pour moi/nous dans cet éblouissement des sens, rien qui me/nous « pose question ». Mais peut-être justement parce que, sans être ritualisée, la rencontre est… programmée à l’avance ? Comme au restaurant : « Ah, tiens, aujourd’hui ils n’ont pas servi de coriandre avec les nems ? »

La « simplicité » et le « non-extraordinaire » dont parle Marie B. prennent souvent place dans les circonstances très particulières induites par sa profession. Je veux bien moi aussi parler de simplicité quand je quitte une femme après avoir ressenti une supernova dans ma tête en effleurant ses lèvres, mais elle reste quand même une femme unique dans un moment extraordinaire !

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Published by Julien Lem - dans Sexe
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