Mercredi 26 octobre 2005
3
26
/10
/2005
00:00
Je réponds à quelques points du
blog de Marie B., «
Métaphore » :
Julien Lem commente sur AUTOSEXUALITE :
Au préalable : il me paraît bien difficile de parler de plaisir ou de jouissance sans jouir ensemble… A défaut, nous utilisons de belles métaphores qui enjolivent la réalité sans lui donner corps. C’est pourquoi je ne sais pas vraiment partager quelque chose qui n’a pas déjà été partagé, reconnu par ma « partenaire ». Certes, c’est une reconnaissance momentanée, révocable à tout moment dans la réécriture du passé, mais elle a été vraie au mois un jour.
Je ne sais pas si les deux premières phrases sont des généralités ou s’il s’agit de nos échanges en particulier. J’embraye donc sur un plan général qui inclut le particulier de nos récits !
Si métaphore il y a, je la trouve dans les jardins et l’arbre qui s’y épanouit au passage ! Je la trouve aussi dans « masturbation de la pensée » puisqu’il n’y a rien de très « manuel » dans la démarche…
Je la trouve encore dans le titre des photos....
Pour moi aussi cet échange se situe sur un plan général qui inclut le particulier de nos récits, rencontres au niveau des mots, des symboles, et « non-rencontres » au niveau matériel. Dans toute relation je perçois des mouvements de désir et de « non-désir ». Mais, ce qui me paraît unique dans notre échange, c’est que j’apprends plus du non-désir que du désir. Il y a un décalage entre nos images, nos lectures des symboles, et je me garderais de le réduire à la sempiternelle différence homme-femme, même s’il est possible que les hormones tirent quelques ficelles dans nos cortex…
Par exemple, les photos. Les métaphores qui me viennent pour décrire les sensations d’une relation amoureuse sont avant tout celles de l’eau, de la terre, du feu et du vent : la chaleur, la fraîcheur, le mouvement, l’immobilité, l’obscurité, la limpidité, et j’en passe… Ces images me « touchent » sans détourner le flot du désir. Les fleurs, les arbres, les paysages ont un tout autre effet qui m’appelle à la solitude et au « non-désir ». Il me revient en mémoire un détail que (intentionnellement ?) je n’avais pas consigné dans mon journal après la première rencontre fusionnelle avec Marie (
« Marie (1) »). Le même soir nous étions invités à dîner chez des amis communs. Je l’ai donc retrouvée au métro, en compagnie de son homme, comme si de rien n’était. Elle a insisté pour acheter un magnifique bouquet de fleurs blanches ; son homme a râlé pour la dépense inutile… Elle m’a tendu le bouquet pour que je le tienne dans le métro, mais sur le geste du don ; elle m’a confirmé plus tard que j’en étais le destinataire. Autant j’ai été ému par son geste, autant je suis resté indifférent à l’objet. C’est elle que je regardais, c’est elle que je voulais sentir encore, goûter… Mais les fleurs étaient peut-être un moyen de forcer ma discrétion dans une situation très dangereuse pour elle ?
Parce que les définitions, tant du plaisir que de la jouissance ne font aucune mention de la présence ou de l’absence d’un partenaire. Il n’y a bien qu’en parlant de masturbation quand on ne conjugue pas la forme pronominale qu’on peut entrevoir une tierce personne !
C’est vrai, mais dans tous mes écrits de la série
« Lire de bas en haut » je ne parle que de rencontres qui ont eu pour moi une dimension extatique ou « magique » dans laquelle « l’autre » était un acteur indispensable. Il y en a bien d’autres, sur le mode de la jouissance, mais elles ne m’apprennent plus grand chose sur la vie — pas plus qu’une bonne bouteille ou un bon repas.
Quant à l’orgasme défini comme le point culminant du plaisir sexuel, je souris en constatant que le « plateau » serait un ensemble de points culminants à la même altitude…. et qu’il n’en est pas fait mention dans le dico !
Je me souviens, des cours magistraux à la fac qui disséquaient les orgasmes masculin ou féminin avec méthodologie. J’imaginais un couple bardé d’électrodes se livrer aux délices du sexe en faisant bien attention à ne pas décoller les capteurs… Je vois difficilement comment prouver autre chose que ce que l’hypothèse cherchait à démontrer !
Pour moi ce fut une grande découverte quand une « partenaire de jouissance » m’a dit sa préférence pour des orgasmes non simultanés. Lâcher prise à tout ce protocole !
J’ai du mal avec le partage. Quand je partage un gâteau, je mange ma part qui n’est pas celle du voisin…. Elle peut contenir la cerise ou non….
Le plus souvent, je commence par celle du voisin. J’ai grandi avec des chiens ! ;-)
Trente deux mois de plénitude dans ma vie, voilà un drôle de partage, rempli de poésie, de métaphores, accepté de fait, mais incontrôlé... Ce partage de l'oxygène, des nutriments, de la moindre sécrétion hormonale... Symbiose parfaite...
Trente deux mois de ce que j’appelerais une relation passionnelle, ça me donne le vertige aujourd’hui. Je me rends compte que, lorsque j’ai des envies de passion amoureuse, comme dans la solitude d’un jardin public, je suis plutôt dans le fantasme d’un recommencement, d’un déni du temps qui passe. C’est d’ailleurs l’image que me renvoient les couples de grande différence d’âge, lorsqu’ils s’exposent dans des projets de vie commune, d’achat immobilier, d’enfantement… En contrôlant mes sentiments je fais preuve d’ouverture d’esprit, et en même temps je ressens un malaise parce qu’ils me renvoient à ce fantasme.
J’ai des difficultés aussi avec la réalité. Parfois, je vois du bleu et mon voisin du vert……
Trente deux mois parasitée, c'est la définition, c'est la réalité...
Après, quand les corps acquièrent une individualité, c'est une autre réalité, d'autres arrangements entre besoins essentiels et désirs désirés partagés...
La semaine dernière j’ai parlé de ce qui tu as écrit sur ta vie conjugale avec Catherine, la doyenne de mes amies tendres. Elle s’est montrée très dubitative sur le fait qu’une femme puisse simuler à répétition sans que son partenaire s’en rende compte. J’avais compté chez elle quatre orgasmes et demi avant cette discussion, et je lui accorde que seul le « demi » aurait pu être contesté par un arbitre.
La réécriture du passé ne serait-elle pas le vécu du présent ?
Que penser d’une femme qui revisite son accouchement et le trouve soudain violent ?
Que penser d’une femme qui parle de jouir à la sortie de son nouveau-né ?
Que racontent les mots ?
Depuis le début il est clair que mes récits, même copiés de notes « dans le feu de l’action », sont une réinterprétation à l’aune de ce qui me paraît significatif aujourd’hui. Le choix même des événements est une clé de lecture.
Je ne sais pas quelle est la sensation d’un homme qui jouit. Ni les cours de la fac, ni mes partenaires n’ont pu me faire « comprendre » !
Je frémis à travers mon corps des vibrations du leur, je sens leurs odeurs, j’entends le rythme du dedans et les chuchotements de la voix, je touche leur chaleur, leur moiteur, leur liquide, leur froideur, je goutte le sel de leur peau ou la saveur de leurs sécrétions. Tout se fond, se confond, s’arrange et se dérange au fil des pensées et des attentes….
Car attente il y a…..
Car désir il y a….
Les lectrices qui ne me connaissent pas seront peut-être déçues d’apprendre que je me soucie bien peu de ce que ressent une femme dans la jouissance. Là je veux bien reconnaître une différence homme-femme, car je pars du principe que le prochain orgasme sera encore plus intense. Les hommes peuvent se soucier de leur jouissance parce qu’elle est la plupart du temps unique, dans une rencontre intime, et qu’ils se croient démunis ensuite pour accompagner leur partenaire dans sa ou ses jouissances.
Il est assez surprenant d’apprendre, à propos des rituels « tantriques » (dans le très sérieux bouquin de Jean Varenne) que le « rituel » commence par un orgasme — de l’homme bien entendu, on est dans une société « traditionnelle », ne l’oublions pas ! Ma lecture en est que la voie de l’extase est complètement dissociée de la force ascensionnelle de l’excitation des organes génitaux, du moins c’est ce que j’ai vécu avec Patricia-Iliena.
Je suis entrée dans cette période stérile ou l‘appel des sens n’est plus celui de la reproduction.
Quel est-il alors ?
Dans ses revirements hormonaux la femme oscille dès l’enfance passée, chaque cycle, chaque grossesse, chaque cycle… Puis, l’heure venue elle redevient «androgyne » sans plus d’autres promesses que de savoir… Quand elle sait…
Catherine pourrait te parler de sa déconstruction des idées reçues à ce sujet. Mais chacune, bien sûr, a un cheminement singulier…
Vos réactions