Partager l'article ! Jeune fille à la chantilly: Je ne sais pas pourquoi j’ai parfois tellement peur de ne rien ressentir. Ni émotion, ni sensatio ...
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Je ne sais pas pourquoi j’ai parfois tellement peur de ne rien ressentir. Ni émotion, ni sensation, ni désir. Peur d’être complètement insensible, ou plutôt de ne pas être touchée. (Avec lui aussi j’ai la même peur, exactement.) De me rendre compte que tout ça n’a été qu’un beau rêve, une belle illusion. Au moment où je m’en rendrai compte, ce sera la fin du rêve. Et même s’il n’y a aucune raison objective pour que ce soit le cas, j’ai peur de ça, parfois. Et toi ? Alors j’essaie de faire remonter mes souvenirs. La seule relation que j’ai eue qui a commencé à distance, c’etait avec R., ce garcon […] à qui j’avais téléphoné après une émission de radio. Mais je n’ai strictement aucun souvenir de notre rencontre, ni de si ça me faisait peur. J’ai hâte de rentrer maintenant. Et de te rencontrer. Des fois plus pour en finir avec cette peur que parce que j’ai tellement envie de te voir. C’est assez déstabilisant, j’ai envie d’en finir avec cette relation à distance.Quand je te parlais d’incertitude, c’est cette peur que je cherchais à exorciser. Elle existe chez moi aussi, ce qui me rassure ! Oui, exactement, c’est plutôt rassurant que nous ressentions les mêmes peurs, au même moment et à la même distance, signe que nous pouvons être à l’unisson en d’autres circonstances.
Ces gestes que tu m’as écris, je les ai pensés et rêvés aussi. Plus nous sommes proches dans l’espace et dans le temps, plus j’ai envie de cette lenteur, de laisser venir, de sentir le désir couler et s’enrouler doucement autour de nos gestes.
Aujourd’hui je regardais une jeune fille au café. Elle était ravissante, mince, la peau satinée, l’air mystérieux, etc. Elle s’était fait servir un dessert à la chantilly, ce qui s’accordait bien avec son insouciance. J’ai imaginé qu’elle m’invitait à la prendre dans ses bras : même « incertitude », je me demandais si j’aurais pu la désirer. La tenir, simplement, pendant des heures, oui. Puis je me suis rendu compte qu’il lui manquait quelque chose à mes yeux : la féminité. J’ai repensé à tes mots, à nos échanges, à ta plongée dans la femme sauvage, à ton appel vers l’homme sauvage. Alors j’ai eu vraiment envie de ta présence. Aucune image particulière. Tes photos m’ont déjà rappelé que ton apparence et ton allure sont plus désirables que celles de la jeune fille à la chantilly.
— Tu me dis n’importe quoi, ce qui te passe par la tête, que ma peau est chaude, ou qu’elle est douce, je ne sais pas. Ça me fait plaisir. Je sens mon désir qui s’éveille, très doucement, et ça me rassure aussi. Je le savoure, longtemps.Comme toi j’ai hâte de te rencontrer. Peur, certainement…
— Peut-être que tu me fais jouir, peut -être pas, ça n’a aucune importance. D’ailleurs je ne sais même pas ce que je préfèrerais. Tu as sommeil aussi maintenant, alors tu choisis une position qui te plaît. Peut-être que tu poses tes mains sur moi, ou en moi, peut-être que tu te colles contre moi et que tu glisses ton sexe en moi, je ne sais pas. Et puis tu me dis : « Dors, mon amour ». Je souris, je me blottis contre toi, et on s’endort.En profondeur je sens un courant chaud qui nous enlace. Le désir de dormir avec toi, portes ouvertes.
La nuit a semé des gerbes écarlates de coquelicots à la lisière des champs de blé.
[Suite]
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