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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 22:11
cambridge.jpgJ’ai choisi la place en face de la plus belle femme. Il me manque des mots (ou un appareil photo) pour vous décrire l’ambiance de Jesus College (doux Jésus !). Nous ne sommes pas très loin de la rivière Cam — dont j’ai déjà parlé

C’est un banquet de conférence dans un des endroits les plus coincés d’Angleterre. Elle est assise à côté d’une autre femme Italienne moins séduisante que j’essaierai en vain de faire rire en annonçant que les Français viennent d’élire un Berlusconi tutti quanti sans même s’en rendre compte. À gauche de la belle aux cheveux châtains clairs est assis un jeune prof hollandais qui tiendra le crachoir à la table entière pendant tout le repas. Ces gens parlent des choses futiles dont ils ont fait leur métier. Moi j’aimerais partager Women who Run with the Wolves avec celle qui croise mon regard, les joues rouges et les yeux tristes d’ennui. Poor little duckling pas très à l’aise dans une ample robe blanche assez décolletée pour mon imagination.

Nous échangeons des sourires et quelques commentaires sur le vin ; je profite de l’autorité que me procure le sexe et la nationalité pour décréter qu’il est bon ; qu’on ait au moins l’ivresse !

Très vite ma cavalière est devenue Anne. Je la contemple nue dans une forêt méditerranéenne. (La robe blanche n’a pas fait long usage.) Je savoure le menu très raffiné de cette soirée en divaguant sous le regard de mon amie lointaine.
I am lying down in my cabin, entirely nude, and it is hot. My legs are stretched and a little bit open, my arms are lifted above my head, with fingers meeting. I am looking at my body, thinking of you and our very first encounter.
La première rencontre… Nous sommes voués à la décliner mille fois en mots et en images, sans jamais se lasser. Comme dans Mlle Liberté, le roman d’Alexandre Jardin, une première rencontre toujours reprise au son de l’Aria des Variations Goldberg de J.-S. Bach. Bizarre, juste avant qu’Anne me parle de notre rencontre, tôt le matin, j’ai eu envie de réécouter ce passage. Il met mon cœur au diapason de cet événement totalement imprévisible.

Elle sourit parfois. Ses joues sont rouges comme si elle avait pris sur elle toute la confusion des jeunes filles en robe blanche. J’adore. Je ne doute qu’elle attend, au plus secret de ses pensées, que je lui lie les poignets pour… Et tant pis pour la robe blanche. Mais c’est peut-être un peu tôt.
I crave for feeling your sight. You shall discover me naked, perhaps asleep, completely abandoned and offered as I am right now. I want you to touch me with your eyes before anything else.
Je t’ai regardée toute la soirée, les yeux brouillés par le vin qui était, ma foi, très honorable en de telles circonstances. Tes mains chaudes, tes poignets fous à lier. Tes lèvres qui remuent délicieusement — j’y contemple avec avidité celles de toutes les femmes que j’ai aimées ou désirées.
Tout en me contemplant, tu laisses remonter en toi les mots. Ceux que je t’ai écrits. Tu me regardes, et tu connectes mon corps avec mes mots. Tu me rassembles. Et tu ne me vois plus allongée sur cette plage, mais endormie autour de ton sexe comme un étui chaud et humide, renversée sur le capot de ta voiture, attachée à un arbre, cambrée, mouillée…

Entre nos yeux, un fil se dessine, lumineux et palpable. Tout le feu de nos cœurs passe par ce fil, de mes yeux à tes yeux, et retour. Ou le contraire, comme on veut. Tous les mots que nous avons écrits, et tous ceux que nous n’avons pas encore dits.
J’ai raconté aux deux femmes l’histoire des deux profs au bord de la rivière Cam, afin que la belle rougisse encore plus. Gagné ! Puis j’ai pris congé de la tablée pour marcher tranquillement jusqu’à New Hall à travers la petite ville médiévale et dans les allées gorgées de verdure.

Plus tard elle me dira :
Tu n’oses pas regarder mon sexe, maintenant que je te regarde aussi. Alors tu poses tes yeux tout autour : ils glissent sur mon ventre, sur mes hanches, sur le haut de mes cuisses, vers l’intérieur… Longtemps. Et puis ils se jettent à l’eau et plongent dans mon sexe ouvert et humide. Ils le pénètrent, je les sens à l’intérieur, je te regarde toujours, c’est très troublant, très agréable…
Regard. Cette fois, c’est la Berceuse opus 57, magnifiquement interprétée par Pascal Amoyel, qui m’emportera au-delà du miroir.

Dors mon amie.

[Suite]

Mardi 22 mai 2007 [Jeu

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Published by Julien Lem - dans Lire de bas en haut
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commentaires

Nymphe 13/05/2007 22:03

I crave for feeling your sight...
Exactement. La traduction est nettement meilleure que la VO.
Yes, merci, je vais bien dormir, dans tes bras...

Julien Lem 16/05/2007 23:25

Nos désirs fous avaient deux mers à traverser. Pas vrai ?

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