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Jeudi 18 août 2005 4 18 /08 /2005 00:00
1er juillet 2002

Depuis quelques semaines j’écris beaucoup à Séverine. Je lui parle de ce que je vis avec Marie, tandis qu’elle me raconte sa douleur, sa séparation d’avec David, ses frustrations à elle. Elle reste pudique mais devient de plus en plus hardie : elle aimerait partager des moments de tendresse avec moi, mais sans que cela n’aille « plus loin » : elle ne souhaite pas engager une relation avec un autre homme malgré la rancœur qu’elle cultive à l’encontre de David.

Ils sont en visite en France. Nous les voyons souvent. David est dans un état épouvantable à cause de difficultés qu’il traverse, et d’une humeur exécrable chaque fois qu’il s’adresse à Séverine. Elle encaisse, joue à l’idiote et se rend invisible, sans jamais perdre son humour décapant…

10 juillet

Je suis assis à l’ordinateur, Séverine près de moi. Nous réglons sa messagerie électronique pour pouvoir continuer à communiquer en secret. Un moment, je la prends dans mes bras et j’embrasse son cou. Puis nos lèvres se croisent et se frôlent presque. J’ai senti un instant d’hésitation en elle. Je lui écris, le soir même, combien j’ai aimé ce frôlement. Que c’est à elle de prendre ce dont elle a envie. Je retiens mon désir.

12 juillet

Nous sommes chez David et Séverine pour un dîner. Séverine va dans la chambre pour coucher sa fille. Je la suis. Elle se tourne vers moi, me serre dans ses bras et me donne un baiser torride. Je ne sais pas combien de temps nos lèvres ont joué ensemble. Le temps ? C’est une sensation merveilleuse pour nous deux. Comme si, dans ce bref abandon, nous avions passé une nuit dans l’intimité !

14 juillet

David, Séverine et leur fille sont en visite à la maison pour la journée. L’après-midi, Aimée parle avec David et me fait comprendre que je peux en profiter pour emmener Séverine dans la forêt… Elle pense que nous avons surtout besoin de parler, mais nous ne tardons pas à nous taire. C’est encore un très long baiser, une extase d’une heure, en silence, avec des caresses sages, tous deux allongés sur des brindilles.

22 juillet 2002

Séverine s’est absentée quelques jours. Nous continuons à correspondre par email. Cette fois, nous osons parler ouvertement du désir et de choses vécues dans l’intimité. Je ne cesse de m’émerveiller que notre relation soit aussi pleine, sans aucune frustration, alors que nos rencontres se limitent à un unique baiser… J’en parle avec Aimée.

Un jour, nous parlons du plaisir solitaire. Je lui dis que j’aime me donner du plaisir et j’essaie de lui faire dire comment elle le vit. Elle me donne quelques pistes. Alors je lui propose d’écrire moi-même ce qu’elle vit en réalité. Elle accepte ma provocation. [Censuré !]

J’envoie aussi ce message à Marie, qui répond qu’elle le trouve assez bien — après tout, c’est elle qui m’a enseigné tout cela ! — avec quelques détails à corriger… Marie, comme Aimée, se sent complice de mon étrange relation avec Séverine.

27 juillet

Séverine vient me voir au bureau. Alibi : transférer des photos depuis son compte Yahoo. Il n’y a personne aujourd’hui, mes collègues sont en vacances, seuls quelques ouvriers passent dans le couloir.

Elle m’a appelé de la cabine téléphonique, en bas, pour que j’aille la chercher au portail. Nous montons main dans la main le chemin sous les arbres. Il fait une chaleur torride. Nous échangeons un baiser dans l’ascenseur — j’ai souvent rêvé d’embrasser une ingénue dans cet ascenseur !

Nous parlons musique. Je suis assis sur une chaise bleue, en face d’elle, avec une chemise bleu sombre qu’elle affectionne beaucoup. Elle vient vers moi, s’assied à califourchon. Nos lèvres se rencontrent pour un long baiser.

Elle me dira plus tard qu’elle croyait que la porte fermait de l’intérieur. Moi, j’ai un peu peur que quelqu’un entre, mais c’est si bon qu’elle soit là, contre moi, mes mains partout sur elle à travers la robe légère. Elle se serre encore. Sa main glisse vers ma ceinture qu’elle décroche. Puis elle ouvre mon pantalon et attrape mon sexe dressé. Quel culot, j’en ai le souffle coupé. Avant que j’aie repris mes esprits, elle l’a glissé en elle sans enlever de vêtement. Je sens la brûlure délicieuse de son sexe. Elle bouge beaucoup et prend du plaisir à m’en donner. Je la supplie d’aller doucement car je vais monter trop vite. Pour toute réponse, elle m’intime l’ordre de jouir en elle, vite… Elle me dira ensuite qu’elle tenait à me « remercier » en m’offrant du plaisir. Elle voulait aussi plonger dans mon regard au moment où je partais dans la jouissance…

Nous continuons à faire l’amour. Elle aime les caresses de mes mains et se gratifie encore de deux ou trois orgasmes. Ensuite nous allons pour de bon télécharger les photos et elle repart en vitesse, car David l’attend pour le repas de midi.

Le soir, je raconte cette aventure à Aimée. Elle rit et me dit : « Maintenant, Séverine, est vraiment ma sœur ! » Je ne comprends pas encore pourquoi elle perçoit cette relation à l’opposé de celle que j’ai avec Marie. Elle m’explique que nous la vivons sans attachement, ce qui est suffisant pour qu’elle ne souffre pas de mon aliénation. Pourtant, avec Marie, je n’ai aucun projet, nous vivons la même liberté ? Enfin, il me semble…

Je n’ai pas envie de raconter cet épisode immédiatement à Marie. J’en parlerai quand nous serons ensemble. Séverine n’a pas détourné mon désir bien que j’aie vécu avec elle une relation sexuelle aussi intense qu’avec Marie.

J’ai connu une deuxième belle rencontre avec Séverine, le 17 août. Elle m’avait proposé qu’on « se dise au-revoir »… J’ai bien failli râter ce rendez-vous car le câble d’embrayage a cassé au moment où je sortais de l’autoroute, mais mon fils est venu dépanner. Nous sommes allés dans un studio d’enregistrement providentiellement disponible, avons bouclé la porte, brûlé du papier d’Arménie et éteint les lumières. Le silence est total, pendant deux heures nous n’entendrons que nos respirations et les battements de nos cœurs.

Elle crie : « Oui, oui, oui… » puis : « Non ! ». Elle m’expliquera plus tard que c’est un sursaut de jugement moral, au sommet du plaisir, mais qu’il faut bien bien entendre que, dans les présentes circonstances, ce « non » veut dire « oui »…

Elle tient à prendre une réserve de plaisir pour l’année de frustration et de difficultés qu’elle s’apprête à vivre, de retour dans son pays. Nous y passons deux ou trois heures… Elle s’est enfuie du domicile alors que David était en train de tenir un grand discours sur la relation conjugale à un ami qui ne s’entend plus avec sa femme ! Séverine est gauchère. Toute ma famille est justement en train de lire L’Île des gauchers d’Alexandre Jardin.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Jeudi 18 août 2005 4 18 /08 /2005 00:00
— Dans les moments que nous avons vécus récemment j’ai eu l’impression que ton plaisir montait si fort que si tu t’étais caressée ç’aurait été « en trop », presque douloureux.
— Pas douloureux, mais pas vraiment envie. Il y a une grande différence entre le moment avant de jouir, et après. Le moment avant est délicieux, il est plein de désir, grand désir qui frissonne. Alors qu’après, c’est la jouissance qui prend le dessus, qui prend ses droits, si tu veux. Et le plaisir, paradoxalement, en est affaibli entre chaque jouissance. Ce qu’il y a de bon avec toi, aussi, c’est que ce plaisir revenait, même après.
La beau récit de Marie a marqué le point culminant de notre relation. C’est une histoire en forme de voyage qui a commencé par l’escalade d’un sommet en quête de lumière. Il me faut maintenant parler de la descente, qui s’est écrite en plusieurs étapes.

En juin nous avons campé cinq jours avec un groupe d’amis qui devaient tout ignorer de notre relation. Nous étions assez rusés car rien n’a transpiré. Toutefois, Marie s’inquiétait que Michel ne devienne plus bavard et finisse par vendre la mèche devant son père.

Il y avait de l’amertume entre nous au moment du départ. Une fois de plus, la vie de couple, plus de trois jours, des paroles ou des gestes imprudents. Le 12 juin je lui écris :
Douce Marie,

Je commence à me rendre compte que la gêne, la douleur que je t’ai causée dans mes gestes maladroits étaient bien plus fortes que ce que je sentais sur le moment. Je perçois mon désir comme quelque chose de rugueux, de brûlant, très loin de la brise douce qui nous ennivre ! Tu m’en as parlé avec tendresse et je reste ébloui par l’intensité de ton amour, mais cet éblouissement peut me conforter dans l’égarement — au point de ne pas comprendre que ta gêne est assez forte pour que tu n’aies pas envie de te projeter en pensée dans une autre rencontre. Je crois qu’en ce moment tu as vraiment besoin de silence et de solitude par rapport à ce que nous avons vécu ensemble. Je voudrais me faire tout petit (et tendre comme du miel) dans ton cœur.

Je t’aime
Elle répond :
Je n’ose pas te répondre… Ton message est si beau.

Je n’aurais jamais cru pouvoir rencontrer quelqu’un qui puisse comprendre cela.

C’est depuis toujours, j’oscille entre l’envie d’être désirée, en fait, je lutte contre les hommes qui disent : les femmes ne vont pas assez vite, elles ont moins de désir… contre tous ces préjugés, ce qui me pousse à accepter des avances qui me font mal, en fait… Mais c’est si profond, et si enfoui, et toi, là, tu viens de comprendre. J’en ai parfois parlé à des hommes, mais ils prenaient cela pour un rejet, au lieu de le prendre comme de la confiance. Alors je continuais mon numéro, jusqu’à ce que je sente que ca n’allait plus. C’est ce qui s’est passé avec Patrick, en fait, même si je lui reproche de ne pas avoir assez exprimé son désir.

Et pourtant, qu’ils sont grands mon désir, mon envie de toi.

J’aime ton désir…

J’avais l’impression aussi que tu me voyais vraiment trop belle, trop désirable… Je ne veux pas être idéalisée, même si je sais que tu ne le fais pas.

Je sentais aussi que le désir ne pouvait pas faire partie de cette rencontre.

Je n’avais pas pensé que c’était cela qui faisait que je ne me projette pas en pensée dans une autre rencontre… C’est possible.

Je suis heureuse que tu me dises tout ça !

J’ai tellement l’impression de découvrir des milliers de choses, avec toi. Que tu me fais toucher des trésors, des lumières, des ombres aussi.

Hier, j’aimais que tu sois derrière moi, et que tu me touches, j’aurais voulu que ces instants durent, et perdurent encore, de laisser le désir monter tout doucement, comme il monte en ce moment en moi, maintenant que tu es parti !

Je ne pouvais pas me permettre de laisser ce désir fou de venir. Je voudrais pouvoir te dire, main dans la main, que j’aime tellement le miel que tu m’offres…

Je t’embrasse tendrement… Je regrette d’avoir refusé tes baisers, je ne pouvais pas les recevoir, mais ça ne change rien… Je pense à toi.

Marie
Après cela, nous n’avons plus eu aucun alibi pour nous revoir avant l’été. Je n’ai pas envie d’imposer à Aimée une nouvelle séparation, surtout que de son côté elle vit une situation douloureuse pour d’autres raisons. Notre amour est plus fort que l’aliénation qui est la mienne en l’absence de Marie. C’est une période de souffrance pour nous trois.

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Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mercredi 17 août 2005 3 17 /08 /2005 00:00
8 décembre 2001

J’ai présenté à Marie mon test VIH. Nous avons fait l’amour jusqu’à 5 heures du matin dans un hôtel recommandé par le Guide du routard. Avant de s’endormir elle m’a fait jouir en elle, et au réveil elle a tenu à « me goûter ».

Je l’ai accompagnée jusqu’au seuil de son domicile. Paris s’éveille, coups de balais à la terrasse des bistrots, odeurs de café… Je n’ai pratiquement pas dormi mais je me sens plein d’énergie, ivre de tout ce que nous avons échangé dans les jeux inventés cette nuit. Je n’avais encore jamais connu une telle effusion de plaisirs.

Elle est inquiète car elle craint que Michel prononce mon nom devant son père.

4-6 janvier 2002

Je suis allé rejoindre Marie et Michel dans un hôtel en bord de mer où nous avons passé deux jours et deux nuits. Nous n’arrivons jamais à l’épuisement du désir. Seule sortie, une promenade dans le vent froid, au centre ville, puis sur le rivage. J’ai fait quelques photos d’elle dans son bain. Le dernier matin, Michel se réveille alors que nous sommes en train de nous caresser. Elle me tourne le dos pour lui donner le sein. Je me glisse en elle. Seuls nos sexes restent en contact. Nous jouissons ensemble, en silence, au moment où l’enfant repu nous accompagne dans le sommeil. [Mater erotica. Voilà qui ne manquera pas de choquer les mères vertueuses…] Je reconduis Marie chez sa mère en prenant d’infinies précautions pour qu’on ne me voie pas, car elle a très peur que quelqu’un avertisse Patrick. Bien que sa relation avec lui touche à sa fin, elle a encore besoin de temps pour se séparer de lui, matériellement et psychologiquement. Il estime qu’il n’y a « plus rien entre eux » mais qu’il faut « rester fidèle » jusqu’à la séparation… Nous sommes loin des convenances.

Aimée, ma compagne, est au courant de ma relation avec Marie. Elle accepte mais en souffre déjà, ayant compris que cette histoire prenait pour moi une tournure passionnelle. Certes, je ne délire pas pendant mon sommeil, mais tout mon corps et toutes mes pensées sont imprégnés de Marie. Je la sens donc anxieuse à mon égard, un peu comme la femme d’un alcoolique repenti qui le verrait reprendre « un petit verre ». L’histoire de Grietje est encore entre nous.

Une chienne que nous aimions beaucoup et qui symbolisait la liberté sauvage, est morte à mon retour, frappée par un véhicule pendant son vagabondage.

31 janvier 2002

Je suis à Paris pour une formation professionnelle. Hier soir, j’ai dormi chez les amis qui avaient invité Marie et Patrick. Marie a dîné avec nous puis je l’ai raccompagnée au métro. Le désir était insupportable. Nous avons failli faire l’amour dans l’ascenseur ou dans le couloir… J’aurais préféré qu’elle reste, mais vraiment c’était impossible, bien que mes amis aient compris que je suis entiché de la « belle musicienne », comme la désigne E.

Peu avant midi, je m’échappe du séminaire et rejoins Marie chez elle. J’ai retenu une chambre au C. On déjeûne, Michel s’endort. Elle sait que j’ai fait un peu de musique et m’invite à jouer quelque chose. Mais dès la troisième note elle me fait voir une erreur de rythme. En fait, je suis complètement à l’est… Je lui demande à mon tour de jouer une œuvre que j’aime bien, mais elle sme voit déçu qu’elle l’ait interprétée trop vite. Elle me dira plus tard qu’elle s’est sentie blessée par mon jugement. De cela nous ne parlons pas, je n’ai aucune idée de ce qui se passe en elle. La tension est grande. Je me jette sur elle et nous roulons sur un tapis rouge dans le salon. Patrick pourrait rentrer, tant pis. Nous faisons l’amour à la va-vite, comme des bêtes, elle a envie que je la « prenne »… Après notre apaisement, Michel se réveille, nous l’emmenons à la crêche, puis nous courons au C. achever dans la douceur ce que nous avons commencé.

Le soir, je dîne avec une journaliste de radio qui projette de m’interviewer, puis je vais dormir seul au C. Le lendemain matin, Marie m’y rejoint. On va boire un café. Je lui dis en riant que j’ai été sensible au charme de cette journaliste. Elle est furieuse. Je me sens très mal avec cette jalousie. Tout cela tourne à la passion. Je n’ai pas envie de souffrir ni de la faire souffrir… Nous retournons à l’hôtel jusqu’au soir. Nous dînons dans une pizzeria en face, puis retour à l’hôtel encore. Mais elle s’en va plus tôt que prévu car elle sent que quelque chose ne s’accorde plus bien entre nous. Pour moi, peut-être, le sentiment qu’une dépendance s’est installée, et de l’irritation en sentant venir l’emprisonnement de la passion. Mais surtout j’ai envie d’être seul. Je reprends le train tôt le matin.

Je ne sais pas si je reverrai jamais Marie. La raison me commande d’en rester là, mais le cœur me dit que nous allons encore connaître du bonheur et de la souffrance. Souffrance aussi pour Aimée qui ne supporte pas mon aliénation.

Vendredi 15 février 2002

Aimée et moi sommes de passage à Paris. Nous logeons chez nos amis. Je ne verrai pas Marie aujourd’hui, juste un appel téléphonique. Un vendredi sans Marie, elle si près… Je n’ai qu’envie de fuir et de me jeter dans ses bras !

Le lendemain matin, je vais au studio pour l’enregistrement de l’interview. Puis je me précipite chez Marie. On n’a pas de temps pour nous, elle a trop à faire avec avec Michel. Nous allons ensemble préparer le lieu d’accueil d’un atelier qui débute l’après-midi. Aimée nous y rejoint. L’atelier a lieu jusqu’à dimanche soir. Marie est très perturbée par la présence de Patricia qui lui lance des œillades de connivence. Je n’aime pas cette rivalité.

18 février

Nous déjeûnons au restaurant avec Marie et son père. Plus tard, je la rejoins au C. pour quelques heures. Le lendemain matin, nous nous retrouvons encore pendant qu’Aimée part visiter un musée et faire des courses. Je la retrouve vers midi. Il pleut à verses. Elle pleure. Je suis désemparé, je n’ai rien à dire, Marie a pris possession de mes pensées… Nous faisons des commissions, l’après-midi, puis nous dormons chez nos amis et repartons le lendemain matin.

13 mars

Nous partons en Belgique rencontrer des amis. Marie et un autre couple ont pris le train avec nous. Le soir, Marie et Michel dorment dans une maison voisine. Tôt le matin je vais la voir, sous le prétexte de la réveiller, car nous devons nous préparer. Qu’il est difficile de se voir ainsi, juste le temps d’une accolade et d’un baiser. Elle est nue sous un peignoir bleu nuit très soyeux. J’ai envie de la culbuter… Mais nos amis nous appellent, il faut y aller !

Nous passons les journées suivantes dans un châlet. Marie dort à proximité mais nous prenons soin de ne jamais nous rapprocher. A peine si nous nous adressons la parole. Nous nous échappons juste pour une heure, un soir, pendant que les autres regardent un film. Le vent est glacial. Quelques baisers. Le désir nous mine de l’intérieur.

Lundi, nous reprenons le même train avec les mêmes personnes, arrivée à Paris peu avant 10 heures. Je vais déjeûner chez Marie avec Aimée, épuisée, qui s’endort en même temps que Michel.

Le désir nous submerge. Marie me dira plus tard qu’elle a failli me sauter dessus, comme l’autre fois sur le tapis rouge… Quand Michel se réveille, elle part avec lui et nous laisse seuls, mais Aimée ne tient pas à rester plus longtemps dans cet appartement. Nous allons passer les heures qui restent à la gare.

Marie m’écrira au sujet de cette rencontre :
Je vis de manière intense, et j’ai vraiment eu l’impression de me nourrir de tous ces échanges, de ces amitiés. Ça bouge beaucoup dans ma tête, et j’apprends à me calmer, à arrêter de me stresser tout le temps…

Je savoure de plus en plus chaque instant, le vélo dans Paris, les achats d’aromates divers qui sentent bon. J’ai de plus en plus envie de dormir tôt… alors que ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps !
24 avril 2002

J’accueille Marie et Michel à la gare de M. Nous avons prévu de passer quelques jours ensemble jusqu’à dimanche. C’est lourd pour ma compagne, bien que je ne saisisse pas encore l’étendue de sa détresse. J’ai besoin de retrouver Marie hors des contraintes du temps et du regard des autres. Hier, Marie a appelé Aimée pour lui demander si elle ne souffrait pas de ce projet de rencontre. Elle a répondu que c’était difficile à vivre. Marie a déclaré que, dans ce cas, elle ne viendrait pas. Mais c’est moi qui me suis effondré. J’ai tellement attendu ce moment ! Aimée a donc rappelé Marie, un peu plus tard, pour lui demander de ne pas renoncer à son voyage.

Nous passons les deux premières nuits dans un hôtel miteux près de la gare. Le premier soir, nous allons à la manif anti Le Pen. Le lendemain, nous partons en promenade au bord de mer, mais la marche est longue et fatigante pour Marie et Michel. De plus, je n’ai pas envie de parler. Le soir elle n’en peut plus de mon mutisme. Je ne sais pas encore pourquoi j’ai tant de difficulté à vivre le quotidien avec elle. On a tout pour s’entendre, j’ai une très bonne relation avec Michel, mais nous ne pouvons pas fonctionner « en couple ». J’ai l’impression de prendre la place d’un autre. Pas de Patrick, non, car ils sont déjà loin sur le chemin de la séparation. Ce n’est pas non plus par rapport à ma compagne, bien que je me sente coupable de la laisser ainsi pour quelques jours. C’est plus fort que tout cela : je ne peux pas être le compagnon de Marie, même pour une journée, alors qu’elle est à la recherche de l’homme de sa vie que je ne serai jamais. Nous sommes loin de tout schéma social, mais cette absence de référence ajoute peut-être à l’angoisse de Marie. De plus, j’aime le silence et la solitude. Je voudrais rester des jours entiers avec elle sans parler. Elle n’est pas bavarde, elle ne parle jamais pour rien, mais elle a besoin d’être confortée, de se sentir approuvée, d’exister, et surtout de se sentir aimée autrement que par des gestes sensuels.

Le surlendemain nous partons en montagne dans un gîte rural. Le prix est très abordable, hors saison, et nous sommes somptueusement installés. Nous passons deux belles nuits et une journée à faire l’amour et marcher dans la campagne.

Le propriétaire croit que je suis le père de Michel. Marie aime cette confusion, moi pas du tout. Surtout, je ne supporte pas l’image du vieux séducteur exhibant sa jeune femme comme un trophée. Dimanche matin nous redescendons à la gare de M. Aimée a trouvé le temps long mais elle a participé à un colloque qui l’a beaucoup intéressée.

Marie me dira plus tard que ce séjour a été pour elle la période la plus intense de notre histoire. Pour moi, c’est mitigé, en raison de cette sensation inconfortable de joure à vivre en couple et de ma culpabilité vis à vis d’Aimée. Mais je reconnais que notre sexualité n’a jamais été aussi forte que pendant ces quelques jours. Toutefois — je ne me souviens pas exactement — une des quatre nuits nous n’avons pas fait l’amour et avons seulement dormi enlacés. Cela deviendra d’ailleurs comme une fatalité incontournable, l’impossibilité de passer plus de trois nuits dans l’ivresse sensuelle.

Récit de Marie :

Mercredi soir :

Je viens de passer 5 jours chez ma mère… Je pars le cœur un peu serré, je porte des hésitations, des balancements… Je sais que je ne peux pas ne pas venir, c’est une évidence, mais toujours, la question qui se répète de façon régulière, vais-je être heureuse de venir te voir, vais-je avoir envie de t’embrasser, suis-je ridicule ? Sentiment mitigé. Pourtant, au fond de moi, la sûreté de la renaissance du désir.

Le train a 50 minutes de retard… Je pense à ta rencontre qui n’a pas eu lieu avec Patricia. Un échappatoire ? Le train ne me conduira pas là-bas ? Je sais que si… Je pense que tu as peut-être eu un empêchement, puis j’ai confiance… Le train arrive, finit par s’ébranler, ralentit, s’arrête, repart, je finis par m’impatienter, je me coulerais dans une douche avec plaisir… Michel n’en peut plus, il se tortille comme font les enfants fatigués, qui ont besoin que le train arrive…

Sur le haut de la marche, j’avoue à Michel : « Tu vas dire bonjour à Julien ? On est arrivés. »

Je descends du train, avec le même sentiment qu’à notre premier rendez-vous, l’impression de ralentir plus l’espace se raccourcit. L’envie de fuir me prend. Dans quelle situation me suis-je mise ?

Les gens descendent, je suis chargée, et j’ai chaud. Il fait chaud à M. !

Je l’aperçois furtivement, je baisse les yeux, comme si je ne l’avais pas vu. Il me reste quelques secondes avant l’inévitable, et puis il est là, il marche vers moi, avec le sourire, chaleureux, mais sans plus, sans intimité, il m’embrasse sur les deux joues… Quel soulagement, de te sentir loin et près à la fois. Tu me diras ensuite que tu avais senti mon propre sentiment, hésitant, fragile, vulnérable. Comme c’est bon l’échange entre deux êtres. Peut-être sentait-il la même chose, après tout, ce besoin de laisser venir notre échange, de ne pas gâcher notre baiser sur un quai de gare, au milieu de gens qui sont pressés, de ne pas rendre ce baiser obligatoire.

Il veut prendre mon sac, il me dit que l’hôtel est tout près. Effectivement, il n’y a qu’à descendre les marches. Il prend la clef, je reste derrière, je résiste encore !

Je monte les deux étages, et voilà deux grands lits… Je suis soulagée de voir qu’il y a deux lits, je sais qu’il a pensé à Michel, et que celui-ci ne dormira pas juste à côté.

On pose les bagages, et ce sera notre premier baiser.

Je suis encore très froide, distante. C’est encore difficile pour moi, j’ai plein de peurs dans le cœur et dans la tête. J’éprouve le besoin de ressortir de cette chambre, comme pour vérifier que je n’y suis pas prisonnière… Michel aussi veut sortir…

Il me propose d’aller faire un tour au port, comme si c’était naturel. Je suis heureuse de le voir, mais je sens qu’il l’est plus encore. Je n’ose pas le toucher dans la rue. Je me sens gauche dans mes gestes, et dans la manière d’exprimer mes envies. Il me raconte M., me montre un cinéma… On tombe sur une manifestation anti-Le Pen. Je suis heureuse de trouver cette ambiance à M. et de pouvoir m’y mêler, avec joie. Cette revendication me replonge dans des souvenirs de lycée, et je serais presque nostalgique… Sentiment de liberté, de vent dans les cheveux.

Mon cœur s’accélère.

Michel sur les épaules, nous rentrons dans la manifestation. Bonheur d’être là, on parle des élections, j’aime quand il me donne ses opinions. Il me dit soudain qu’il y a un de ses collègues de travail… Ne voulant pas qu’on soit vu, je me faufile jusqu’au port.

Michel admire les bateaux et voudrait bien se baigner… Il est fatigué, on décide de rentrer.

Sur le chemin, on achète une frite, pour Michel, qui a faim. J’ai aimé, à chaque fois que je manifestais le désir d’offrir quelque chose de plus, de chaud à Michel, il trouvait, j’avais peur qu’il me prenne parfois pour une enfant gâtée, lui qui m’a tout offert pendant ces quatre jours.

La frite et le ketchup en main, nous rentrons à l’hôtel. Là, il faut s’occuper de Michel, tout d’abord lui donner à manger… Je te regarde en coin sortir la nourriture, les bols, l’eau, j’ai l’air peut-être de ne pas y faire attention, et pourtant, ça me fait un tel plaisir…

Après le repas, j’ai une folle envie de me glisser sous la douche… Seulement, cette chambre n’offre pas l’intimité qu’on aurait voulu… Alors on la prend, cette pudeur, on fait comme si. Je me dissimule dans ma robe de chambre… Je ne veux pas qu’il me voie, j’ai deux sentiments mêlés, celui d’attendre le moment, précieux, de la redécouverte. Et celui de la honte, encore présente, d’être indigne, de jouer le jeu de l’adultère. Je lave Michel, au gant, car il a peur de la douche. Il met de l’eau partout, à tel point qu’il glisse. Je suis sûre qu’il sent notre gêne, en tout cas la mienne. Je le mets en pyjama… Il met longtemps à s’endormir. Quand il dort, je suis heureuse. Je vais enfin pouvoir me glisser dans tes bras, sans honte ni regrets. Je plonge sous les draps, où tu m’attends. Nous ne gardons pas longtemps nos vêtements… Nous nous retrouvons l’un contre l’autre, le désir peut enfin prendre sa place et nous anéantir.

Je pensais que tu allais venir vite, que ton désir serait trop fort. Et cela ne me gêne pas, d’ailleurs, je suis tellement heureuse, déjà, d’être dans tes bras, de sentir la tendresse, la chaleur de toi. Toutes les nuits, je me suis blottie contre toi, goûtant la joie de sentir une peau nue contre la mienne, et de sentir tes bras s’ouvrir à tout moment. Quel plaisir, exprès recommencé, de me blottir contre toi, et de te voir bouger, me faire une place, au creux de ton épaule, de tes bras, contre toi.

J’avais oublié. J’avais oublié la douceur de tes mains, de ta peau, le goût de ta langue, de tes lèvres, la chaleur de ton sexe. La sensation d’être contre toi, mon ventre tout contre le tien, ton arbre sur le point de glisser en moi. J’avais oublié ton corps, tes tressaillements de plaisir. Je suis heureuse de retrouver ton corps, ses formes. J’avais tout oublié, et tous les souvenirs reviennent à foison, de ci de là, avec acuité ou comme en rêve. Nous prenons le temps, je redécouvre ta peau, ta barbe. Je me sens prise dans un tourbillon de tendresse, mon jardin s’ouvre à toi. J’atteins la jouissance, un peu comme un moment qui aurait pu s’abstenir… L’envie est montée tout seule, par ta faute… Je suis heureuse de jouir contre toi, je préfère. J’aime que tu ne bouges plus, écoutant mon désir. Subissant, en fait !

J’aime parce que tu le fais dans le don, celui de me faire goûter au plaisir, mais je ne sens pas ton ego me piquer, ni de béatitude à la vision de ma jouissance. J’aime la simplicité qui coule en toi. Tu m’escalades et je me donne. Je n’ai plus envie de faire venir le désir, de le pousser, pour qu’il vienne, factice. Je ne veux plus de ces faux semblants, je sens la pauvreté d’un tel stratagème, conscient ou non. Je veux que tu viennes en moi seulement par la volonté de ton désir, en fait du désir de nous.

C’est tellement bon de m’abandonner à ton assaut, de laisser mon corps s’ouvrir, sans chercher à t’appartenir, ni à te prendre. Mes bras s’étirent au dessus de moi, malgré moi, presque, et malgré la toute petite pensée qui reste : il aimerait autre chose… Que je l’enlace, il va avoir l’impression que je suis passive… Mais c’est une sensation forte, je sens qu’il aime aussi, mais comment en être sûre ?

Je me laisse porter par la brise de ton désir, et quand tu viens, c’est du bonheur, tu parlais de lumière ?

L’amour ce soir est comme une immense caresse, un puits de bonheur retrouvé, de saveurs, de douceur, d’abandon. Comme si je sortais de moi pour rentrer dans nous. C’est comme un secret profond qui s’ouvre à chaque rencontre.


[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mercredi 17 août 2005 3 17 /08 /2005 00:00
J’ai rencontré Marie pour la première fois au mois de juin 2001. Nous avions échangé des messages sur une liste associative, évoquant une approche de la sexualité supposée être la mienne… D’un ton provocateur je l’avais invitée à continuer cette conversation autour d’un café. À ma surprise, elle avait relevé le défi.

Je me demande ce que cette femme de 25 ans attend de moi. Elle vit avec un homme plus âgé qu’elle et leur enfant de deux ans. Ne doutant de rien, j’ai retenu une chambre d’hôtel dans son quartier avec le vague espoir que quelque chose d’extraordinaire va s’y passer. Quelque chose me dit aussi, ou me fait espérer, qu’elle est très séduisante.

Elle s’est annoncée avec Michel. J’attendais son compagnon mais c’est son fils qu’elle porte dans les bras.

Marie parle beaucoup, ce jour là, comme si elle avait peur du silence. Elle affiche beaucoup d’enthousiasme pour l’engagement militant. On a bu le café au rez-de-chaussée de l’hôtel. Elle n’a pas touché aux fruits que j’avais mis sur la table. Elle n’a pas non plus osé donner le sein à son enfant en ma présence., et nous n’avons pas osé parler de sexualité. Je l’ai accompagnée chez elle et l’y ai laissée seule car elle prépare un examen pour le lendemain. J’ai entrevu Patrick, son homme, un type assez guindé qui pourrait passer pour son grand frère. Il s’adresse à elle sur un ton paternaliste. Très bel appartement, ils m’ont fait l’effet d’un couple de bobos friqués.

Au premier coup d’œil, Marie m’a rappelé Marie-Ange, l’amante d’un soir. Est-ce la solitude dans son regard qui contraste avec la beauté saisissante de son visage ? Je lui ferai part du trouble de cette ressemblance, amorce d’un échange intime qui va nous emmener loin.

Plus tard, elle me dira que cet après-midi elle avait déjà ressenti quelque chose de très fort en ma présence, alors que j’étais à mille lieues d’imaginer la tenir dans mes bras — nous avons le même âge avec les chiffres en ordre inverse. Marie, Marie, Marie !

J’ai aperçu un piano. Elle est musicienne.

Deux mois plus tard nous participons à une rencontre de trois jours en camping sauvage. Mais, à cette époque, je suis encore envoûté par Patricia, ce qui fait que je lui adresse à peine la parole. Elle n’a rien deviné de ma liaison secrète qui est en train de se terminer.

C’est en octobre 2001 que nous nous revoyons. Marie m’a envoyé quelques messages pleins d’émotion et de tendresse, avec beaucoup de retenue dans le ton. Elle m’invite à lui rendre visite dans son appartement pendant que Patrick est au bureau.

En fait je viens de passer la nuit avec G. (voir « Brasero ») dans l’hôtel où nous nous étions rencontrés en juin. Toujours aussi enjouée, Marie demande : « Bon, qu’est-ce qu’on fait ? » J’ai failli lui sortir ma plaisanterie habituelle : « L’amour ! » En réalité je suis plutôt paralysé en sa présence, conventionnel et réservé… Elle aussi, impressionnée et débordante d’attentions. Elle s’est appliquée à me préparer un repas en essayant de deviner mes goûts. On parle, on parle des autres et jamais d’elle, de moi, de nous. Elle ne peut pourtant pas s’empêcher de répéter : « Je suis tellement heureuse que tu sois venu ! » Je me demande ce qui peut la rendre si heureuse dans une conversation aussi banale… Moi, je la vénère déjà en solitaire, contemplant son visage sans oser un instant m’en approcher.

L’après-midi tire sur sa fin. Michel s’est réveillé. Nous sortons acheter un bouquet de fleurs et du vin, puis elle prend l’auto et nous partons dîner chez des amis communs.

Nous aurons d’autres échanges par email. Je lui avouerai combien j’étais paralysé en sa présence, incapable d’exprimer mes émotions. Elle aussi. Il naît entre nous un fort désir de se revoir et de franchir la barrière des convenances. Rien n’est dit explicitement, mais je commence à percevoir que notre entente va plus loin qu’une affinité sur les sujets de conversation. Toutefois je n’ose pas y penser, de peur de me prendre une grosse claque.

En décembre, je passe deux jours avec ma famille sur une île méditerranéenne. Le soir, nous ne trouvons pas de lieu pour un bivouac improvisé et décidons de prendre une chambre d’hôte. C’est un lieu paradisiaque.

Le jour et la nuit je pense à Marie… Pour la première fois je fais monter très haut la tension du désir en la projetant sur elle. J’ai l’impression de traverser un mur de lumière sans espoir de retour. Le temps s’est arrêté, figé dans la jouissance.

De retour, je lui écris ce que j’ai vécu. Elle me répond qu’elle a été touchée et pas du tout choquée.

Quelques jours plus tard, le 14 décembre, je suis de passage à Paris. Nous nous retrouvons à un autre dîner avec un groupe d’amis. Le désir non déclaré atteint un paroxysme. Je l’ai attendue au métro où elle est arrivée à pied, essoufflée. Je l’ai serrée dans mes bras, quel bonheur ! Dans le hall de l’escalier, avant de monter, nos fronts sont restés collés l’un à l’autre pendant une éternité. Je ne sais pas ce qui se passe entre nous, ou plutôt je le sais trop bien pour accepter de le reconnaître, et mon cœur bat la chamade…

Au moment de prendre congé, nos regards se sont longuement croisés. Elle a eu très peur que tout le monde remarque notre connivence… Ce regard insistant qui pointe vers l’infini, cette douce lumière est encore en moi chaque fois que je pense à Marie.

Je suis allé dormir dans un état second.

Le 16 décembre 2001

Il y a des jours dont je tiens à retenir la date : ceux que j’aimerais revivre si un bon diable m’offrait un petit extra dans une machine à remonter le temps avant de quitter ce monde. Parmi ceux-là, en voici un que je ne vais pas oublier.

J’ai peu dormi la nuit dernière. La veille, j’ai passé une heure avec Marie au café où elle va souvent travailler ou lire. On s’est parlé, les yeux dans les yeux, mains dans les mains. Fiévreux. Je l’ai suivie dans le couloir de son domicile. Elle s’est écartée croyant que je voulais l’embrasser. Elle me dira plus tard qu’elle était terrorisée à l’idée qu’on puisse la voir ainsi, près de moi, et que Patrick se doute de quelque chose.

Le rendez-vous est à 10 heures à Denfert-Rochereau. Je flâne près de la caravane d’une voyante en me demandant si elle verrait…

Marie sait que j’ai retenu une chambre et qu’on pourra s’y retrouver seuls pour vivre ce qui nous passera par la tête. Je n’arrive pas encore à croire en ce désir, bien qu’il transparaisse dans son comportement, et je crois encore moins qu’il puisse m’être adressé.

Elle arrive, calfeutrée dans un manteau de laine. En attendant midi, nous allons à la bibliothèque et flânons un peu. Puis nous achetons des sandwiches et buvons un café à une terrasse. Elle me montre son téléphone portable : sur l’écran, elle a fait afficher « CARPE DIEM ». Je ne regrette pas d’avoir fait du latin.

Elle me dira plus tard qu’elle a hésité dans le couloir du métro. Elle aurait pu repartir chez elle mais a décidé de me suivre. Elle est à mon côté quand nous entrons à l’hôtel. Nous sommes transis de froid, tremblants, submergés d’émotion. Au lieu de nous arrêter à la terrasse, lieu de notre première rencontre, nous montons directement à la chambre. Assis sur le lit, côte à côte, en silence, elle toujours protégée par son manteau.

Elle me demande de ne pas la juger pour ce qu’elle va m’avouer : hier soir, elle a fait l’amour avec Patrick en imaginant que c’était moi. C’est la première fois que je l’entends exprimer son désir sans détour. Cette fois il n’y a plus aucun doute. Nous sommes assis côte à côte comme des puceaux au début d’une rencontre amoureuse… Je regarde cette femme extraordinairement belle, les yeux imbibés de tendresse, d’incertitude, presque ceux d’une adolescente, des lèvres qui attendent la première morsure. Je prends ses mains, maladroitement, et me serre contre elle. J’ai encore peur qu’au premier toucher elle réalise que son désir n’était qu’un fantasme. Qu’elle ait horreur de moi, d’elle-même pour avoir pensé à de telles choses, et qu’elle s’enfuie à toutes jambes.

Elle pose ses mains brûlantes sur mon cou. Après, je ne sais plus. Nos lèvres se sont rencontrées. Elle a retiré son manteau. Mes mains sont allées sur son dos, son cou, la ligne de la clavicule que j’aime tant, par dessus son chandail. Elle s’est emparée de ma main droite pour la plaquer sur son sein gauche, me signifiant que je devais le presser fort…

On s’est allongés. Elle a deviné que je n’aimais pas les sous-vêtements. Nous nous sommes retrouvés nus jusqu’à la taille. Ses seins sont gonflés de lait car son fils est depuis quelques heures à la crêche. Elle veut bien que je goûte. Son sourire est de plus en plus radieux.

Elle a continué de me conquérir. D’abord en palpant mon sexe à travers les vêtements pour en mesurer la vigueur. Puis nous étions nus. Je l’ai longuement contemplée, allongée sur le dos. Embrassée du cou jusqu’au ventre, des pieds aux cuisses. A l’entrée de son jardin, une jolie excroissance que j’ai aspirée tendrement. Elle a pris doucement ma tête pour que je vienne sur elle.

La chaleur torride de son sexe autour du mien.

Elle me dit :
— Tu sais, pour les gens de ma génération, la sécurité c’est important…
— Euh… tu prends bien la pilule ?
— Ce n’est pas de ça que je parle !
Le VIH… Je lui réponds que je n’ai jamais fait de test mais toutes mes partenaires étaient « sûres ». Elle déclare que, sans test, quoi que je puisse dire, elle tient à ce qu’on se protège. Je réplique que je n’aime pas jouir dans un préservatif : dans ce cas je préfère renoncer à l’orgasme. Elle est d’accord, bien que ce ne soit qu’une demi-précaution.

Pendant trois heures nous faisons l’amour sans que mon arbre ne perde une goutte de sève. Elle s’offre cinq à dix orgasmes en vraie sauvage. Elle me chevauche et brutalise mon sexe comme la tempête récente. C’est un spectacle magnifique, douloureux par moments, dont je jouis prodigieusement. Je n’ai jamais vu une femme éprouver autant de plaisir et aussi longtemps. (Il y a une scène de la même intensité dans le film « Une femme coréenne » que j’ai vu quelques années plus tard. Des spectateurs disent qu’elle est surjouée, pas moi.)

Encore une fois elle me fait venir sur elle, mais je la préviens que si elle jouit encore je ne pourrai pas me retenir. Alors nous revenons sur terre,. D’ailleurs il est déjà 16h30 et elle doit aller chercher Michel.

Je suis heureux d’avoir respecté le « contrat ». N’ayant exercé aucun contrôle, je savais que mon corps ne nous trahirait pas après ce que j’ai vécu avec Patricia. Au moment de s’habiller je la plaque contre moi, mon sexe serré entre ses cuisses, et je lui répète fièrement, comme un gamin, que je ne l’ai pas « sautée ».

Nous nous revoyons le même jour dans des circonstances particulières. Je les ai fait inviter, Patrick et elle, chez un couple d’amis diplômés, ainsi qu’une autre femme qui vient de passer son doctorat. Le but de l’opération est de prouver à Patrick que sa compagne ne fréquente pas des baba cools incultes. C’est réussi. Lui, le jeune cadre dynamique, n’arrive pas à en placer une au milieu de ces intellectuels qui ne parlent que de livres et de diplômes. Du coup, il se montre encore plus autoritaire et méprisant envers Marie. Je vois notre hôtesse bouillante de rage, prête à lui bondir dessus, mais elle a déjà deviné qu’il se passait quelque chose entre « la belle musicienne » et moi, et elle ne veut pas nous mettre en difficulté.

Dans le métro, sur le chemin du retour, il me prend l’envie d’annoncer à Patrick que j’ai fait l’amour tout l’après-midi avec « sa femme », mais je me retiens. (Après tout, je ne l’ai pas sautée.) Je supporte pas le ton sur lequel ce type s’adresse à Marie du fait de leur différence d’âge. Plus tard, j’apprendrai à apprécier ses qualités, mais aujourd’hui la rivalité est trop forte entre nous.

19 novembre 2001

Je revois Patricia pendant une pause repas, dans un hôtel Formule 1. Elle est de passage pour suivre un stage. Nous sommes allongés nus, échangeant quelques caresses sans faire l’amour. Elle me raconte qu’elle vient juste de rencontrer un autre homme… à Paris. J’éclate de rire et j’arrose de sperme son ventre.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mardi 16 août 2005 2 16 /08 /2005 00:00
À ce jour, il y a eu deux époques dans ma relation avec Patricia (plus tard « Iliane ») : avant et après Marie. Il vaudrait mieux commencer au début.

C’est Séraphine qui m’a présenté Patricia — un bien grand mot puisque tout a commencé par un échange de messages. Elle m’a abordé pour parler de son désir jamais assouvi et de son extrême difficulté de vivre une sexualité épanouie. Après avoir souffert de l’oppression familiale et de la violence de son père, elle a vécu en couple avec plusieurs hommes, mais chaque expérience s’est soldée par un échec. Elle s’est toujours sentie agressée par la nécessité (présentée comme « naturelle ») de donner du plaisir aux hommes. Des hommes, elle en a connu beaucoup, et lorsque je la rencontre (elle a 38 ans en octobre 2000) elle focalise encore le désir des plus jeunes. Elle est svelte avec un corps d’adolescente, les cheveux châtains un peu colorés par du henné. Un très beau visage. Légère ; trop légère parfois…

Elle m’a parlé d’un accouchement traumatique vécu trois ans plus tôt, de sa difficulté à devenir mère et de l’aggravation de son incapacité à ressentir du plaisir avec un homme. Son compagnon l’a classée une fois pour toutes comme « frigide ».

Après quelques échanges de courrier, nous finissons par nous voir brièvement à Paris, à l’occasion d’une conférence. Elle doit repartir en premier car elle habite loin. Elle quitte donc le groupe dans le métro. Comme je marche en tête, j’ai déjà passé le tourniquet, et c’est donc à travers un portillon qu’elle va me faire la bise. L’espace étant étroit, elle ne peut pas vraiment tourner la tête… J’ai envie d’embrasser ses lèvres, mais je n’ose pas, je lui tends une joue. Je n’aurai de cesse de reprendre cet acte manqué.

Aimée a vite remarqué, à sa façon de marcher, qu’elle était en train de « poser le grapin sur moi »… Il n’y a pas de jalousie entre nous, mais nous avons chacun vécu des relations passionnelles, aliénantes, destructrices pour notre quotidien de couple « polygame ».

Dans mon journal, le 15 décembre 2000

Patricia repasse par Paris alors que j’y suis pour un stage professionnel. Elle a décidé de partir quelques heures en avance pour me rencontrer, et elle en a prévenu Damien, son compagnon. Je vais donc la chercher à la gare. Elle arrive, élégamment vêtue de tons pastel. Je m’aperçois qu’elle est un peu plus petite que moi quand on s’embrasse, les joues fraîches… Nous échangeons des regards timides et des sourires, comme deux adolescents en cavale, sur le long trajet du métro.

Nous voici seuls dans la chambre. Elle parle beaucoup. J’adore son accent régional. Je m’allonge, elle prend mes mains et se serre contre moi. J’embrasse son front, ses yeux, enfin ses lèvres. Elle proteste : « Tu me baisouilles ! » puis éclate de rire. Alors elle se jette sur moi, se met à califourchon en écrasant mon sexe contre le sien et s’écrie : « J’ai envie de faire l’amour ! » On s’amuse beaucoup. À un moment ma respiration part très fort. Elle paraît inquiète de me voir aussi excité, je lui dis que ce n’est rien, et pour le lui prouver je presse sa main sur mon sexe, qu’elle sent au repos à travers le pyjama. Elle est surprise de ce constat puis excitée par mon audace.

On parle de choses légères et de choses graves, on s’enlace, on s’embrasse, soudain elle s’arrête pour grignoter des provisions qu’elle a sans son sac, puis les jeux érotiques reprennent… Je caresse ses hanches, sa croupe, son dos. Elle finit par se mettre nue le haut du corps, j’aime ses petits seins, sa taille fine et son apparence féline.

Nous sentons le désir monter très haut puis redescendre, comme une vague qui viendrait régulièrement mourir sur les rochers sans jamais déferler. C’est l’inverse de cette montée lente et vertigineuse du désir que j’ai vécue avec Séraphine (la nuit dernière dans cette même chambre d’hôtel) mais je goûte avec volupté cette sensation nouvelle.

Elle me répète son envie de faire l’amour en précisant qu’elle est en période d’ovulation et ne tolère aucun moyen contraceptif. On finit par se retrouver nus, se regarder et se caresser doucement. Rien d’intrusif, nos sexes restent au repos. Puis elle se rhabille car Damien va bientôt nous rejoindre. Une fois debout, je l’embrasse encore une fois. Mes mains se posent sur sa clavicule à travers le chandail. Elle prend ma main droite et la plaque sur son sein gauche pour que je le pétrisse. J’aime trop ce geste…

Damien nous rejoint, visiblement anxieux. Il a un beau visage, une allure et des fringues de baba-cool « perché grave » comme dirait mon fils. Nous avons une longue discussion sur la santé et la maladie. Je les trouve tous deux plutôt New Age mais j’évite les controverses. Il dira plus tard à Patricia qu’il était malade de jalousie lors de cette rencontre.

Ils repartent, tous deux vêtus des mêmes anoraks oranges. En les voyant s’éloigner dans la rue je trouve qu’ils ressemblent à des employés de chez Bouygues.

Début janvier, Patricia vient séjourner chez nous. (C’est une grossière erreur de cohabiter à trois, nous l’avions déjà commise dans le passé et ce sera certainement la dernière fois.) Elle n’est pas dans une période féconde mais notre intimité progresse très, très lentement. C’est seulement la troisième nuit qu’elle osera toucher mon sexe. Ensuite, venir sur moi, « sentir l’ouverture », s’accoupler pendant deux ou trois secondes. Décrits ainsi, nos rapports pourraient évoquer une immense frustration. Pourtant, ils nous satisfont grandement, moi en tout cas. J’ai la sensation de vivre avec elle l’intimité qui s’offre à l’instant présent, sans aucune barrière morale. Elle dit : « Nous faisons l’amour ! » Car, même si nos sexes sont au repos, nous faisons vraiment l’amour… Je sens qu’avec elle le chemin du plaisir sera différent de ceux que j’ai connus auparavant.

Fin janvier nous décidons de passer 24 heures seuls dans une chambre d’hôtel à mi-chemin de nos domiciles. Nous faisons l’amour jour et nuit, sans dormir ou presque.

Son corps s’est ouvert. Le plus souvent, elle vient sur moi, glisse mon arbre dans son jardin, car c’est elle qui mène le ballet amoureux. Tout signe d’impatience de ma part la referme immédiatement. Elle finit par aimer les caresses de mes lèvres d’en haut sur ses lèvres d’en bas. J’en découvre une très douce pour sa « rose des sables »… Elle monte haut dans le plaisir, mais pas jusqu’à l’orgasme. Moi aussi, je sens cette vague qui monte et redescend sans jamais déferler. Je laisse faire, physiquement vidé à la longue… Quelques minutes avant que nous nous séparions elle sent une plus grande ouverture. Elle m’attire en elle, dit « viens ! » et je jouis bruyamment. Elle éclate d’un rire nerveux. Je suis déçu. J’ai confondu ce « viens » avec les « please come » de mon amante autrichienne… Elle voulait seulement que je pénètre plus profondément.

Nous nous quittons un peu tristes. Elle lance l’idée d’un prochain rendez-vous. Je lui réponds que je ne suis pas bien vis-à-vis de nos conjoints. Elle a reconnu que Damien désapprouvait notre rencontre et qu’elle était partie sur un coup de tête. Je lui dis qu’avant de se revoir ce serait mieux d’en parler tous les quatre ensemble. Elle se sent blessée. On s’embrasse. J’ai le sentiment de l’abandonner.

Pendant deux semaines, nous échangeons des courriers où elle décharge sa colère et son sentiment d’abandon. Je perçois sa jalousie comme une marque de passion et je fais tout pour m’en détacher. Je lui interdis de m’aimer, une grande souffrance pour elle. Nous cessons de nous écrire. Laisser le temps au temps…

En mars, j’avais proposé à Patricia que nous nous rencontrions une nouvelle fois sans prononcer un mot jusqu’au matin, car nous sentons bien que ce sont les échanges verbaux qui nous mettent en difficulté. Nous avions donc convenu de nous retrouver à Paris, où j’avais un autre stage de formation. Mais la veille j’ai reçu un appel urgent et pris le premier TGV. Je ne sais pas ce qu’aurait donné cette nuit silencieuse. Il me semble qu’il était trop tôt pour nous revoir.

Nous nous retrouvons en août à l’occasion d’une rencontre amicale en pleine garrigue. Notre relation (en cachette sous sa tente) est intense, l’énergie qu’elle invoque n’a plus rien à voir avec celle du huis-clos à l’hôtel.

A présent, nous faisons réellement l’amour, mais en guise d’orgasme nous vivons une extase qui se prolonge pendant des heures… Je n’ai jamais rien connu d’aussi intense. En même temps, nous serions libres de faire autrement puisque c’est une période où elle n’est pas féconde. Une fois, au sommet de la vague, ma semence s’échappe. Elle rit.

Un soir, nous avons une longue discussion avec Aimée, qui exprime une souffrance que nous nous sentons incapables d’apaiser. Je crois que nous sommes portés malgré nous par cette passion que nous mettrons du temps à vivre. Je ne peux rien dire sinon qu’elle durera un temps indéterminé.

Vers la fin août, Patricia revient passer deux jours chez nous. Elle arrive l’après-midi alors qu’Aimée est absente. Nous allons dans la garrigue. Nous nous enlaçons, le désir monte un peu. Pourtant rien ne se passe vraiment. Elle finit par me dire « tu me fais mal à mon épisiotomie » et je comprends que cela n’a plus rien à voir avec nos expériences extatiques.

La nuit suivante nous dormons sagement, chacun chez soi. Elle doit partir le lendemain. Je savoure notre sentiment d’amitié et l’apaisement de notre passion amoureuse. Nous n’avons plus de projet de rencontre. C’est la fin de la première époque.

La suite de ma relation avec Patricia est dans « La voie de l’extase (2) ».

[Suite]

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Lundi 15 août 2005 1 15 /08 /2005 00:00
Extraits de mon journal, le 16 septembre 2000

J’ai rendez-vous avec Séraphine dans un hôtel du quartier de Pigalle. Je l’ai choisi sur Internet pour sa proximité du domicile d’amis chez qui j’ai dormi la nuit précédente. Ce n’est pas un bon choix, entre une sex-shop et un cinéma X, j’ai honte d’accueillir une jeune femme si distinguée dans une rue mal famée, mais je n’ai jamais été doué pour choisir un lieu de rencontre…

C’est par hasard que nous sommes tous deux à Paris aujourd’hui. Je suis venu visiter une expo et Séraphine a fait le voyage pour assister à une réunion. Nous avons donc décidé de passer la nuit ensemble sans rien anticiper de ce que sera notre intimité. Elle a mis Jacques au courant. Il a accepté avec un petit pincement de jalousie. C’est un couple qui se déclare « polygame » bien qu’ils n’aient jamais eu de relation extraconjugale en dix ans de vie commune. J’aurai l’occasion de revenir sur cette notion moderne de polygamie, mais je voudrais d’emblée préciser qu’elle n’a rien à voir avec de l’échangisme. Elle recouvre des pratiques que l’on désigne par « polygynie » (plusieurs partenaires féminines) et « polyandrie » (plusieurs partenaires masculins) sur lesquelles je reviendrai dans d’autres messages.

Séraphine arrive épuisée. Sa réunion s’est mal passée, conflits et jeux de pouvoir… Je pose mes mains sur sa tête et sa migraine ne tarde pas à disparaître. Après une douche brûlante nous nous retrouvons sur le lit, très légèrement couverts. Elle est allongée sur le dos, je regarde son visage souriant.

Je n’ai jamais approché une amante aussi doucement que ce soir là. Nous sentons un besoin de lenteur extrême dans la perfection de chaque geste. Mes mains touchent à peine son visage. Nous échangeons de longs regards. Nos lèvres ont mis plus d’une heure à se toucher. Puis nos mains sont devenues un peu moins timides. J’ai longtemps caressé son cou et très doucement découvert ses seins en faisant glisser le tissu léger qui les recouvrait. (Elle était avertie que j’ai horreur des sous-vêtements.) « Je peux ? » Elle a compris. Je suis ici pour vivre un fantasme : goûter le lait d’une jeune mère ! Je prends le mamelon droit dans mes lèvres, je n’ose pas… Puis je me lance car elle a posé sa main derrière ma nuque pour m’encourager. Je finis par aspirer fort et je sens le mamelon se déplier, tandis qu’une importante giclée de lait envahit ma bouche. C’est une sensation incroyable : ce mamelon s’est tellement allongé, le jet a été si puissant, que j’ai eu l’impression d’un pénis en érection en train d’éjaculer. Mais le sentiment de transgression est plus fort que si j’avais bu le sperme d’un homme : ce soir c’est comme si je faisais l’amour avec ma mère. Je suis ivre de terreur et de plaisir. Je lâche le sein gauche et je prends un peu le droit. Ce n’est pas le goût du lait qui m’impressionne mais cette sorte d’éjaculation.

J’ai accompli avec Séraphine le rêve que nous avions partagé. Ensuite ? Nous avions convenu : « Et plus si affinité… » Nous avons continué la lente découverte des corps, avec une montée du désir et du plaisir qui me rappelle une marée sur la côte atlantique.

Je découvre son ventre. Bien plus tard, nos mains découvrent nos sexes et nous goûtons d’autres saveurs. Pour la première fois, je m’y laisse ennivrer. Séraphine a le physique des femmes qui me faisaient peur autrefois. Elle me renvoie à ma toute première expérience avec une femme qui m’avait détourné de la sexualité pendant un mois. Un mois sans bander, à l’âge de vingt ans, c’est symptomatique ! Aujourd’hui je suis passé de l’autre côté du miroir ; ce qui m’effrayait me procure un plaisir intense.

En fait, c’est une expérience assez commune pour les hommes à qui l’on transmet surtout des images visuelles provoquant le désir sexuel. Jusqu’à aujourd’hui j’ai plutôt fait l’amour avec mes yeux. A présent, nous sommes dans l’obscurité, la bougie s’étant consumée. Les goûts et les saveurs appartiennent à un autre monde, celui de la « vie », que j’oppose à celui des fantasmes. La première éjaculation — le premier contact avec un fluide sexuel à l’odeur particulière — est pour beaucoup d’hommes une expérience dérangeante. J’ai eu la mienne à l’âge de seize ans (la pornographie n’existait pas à cette époque) allongé sur un bâteau au milieu d’un lac, alors que j’avais osé me caresser « un peu plus loin ». J’ai eu peur de ce liquide onctueux, et plus encore de voir mon jouet préféré se recroqueviller comme si je l’avais cassé. J’ai eu peur aussi que mes parents se doutent que j’avais fait quelque chose d’interdit.

J’aime Séraphine pour sa tendresse, sa sincérité, son intelligence, ainsi que pour les sensations nouvelles qu’elle me fait découvrir cette nuit. Il doit être 3 ou 4 heures du matin. Nous avons commencé vers 19 heures ! Notre désir continue de monter. Nos caresses se sont transformées en étreintes et nos sexes finissent par se rencontrer. Merveilleuse brûlure… Mais j’ai soudain de l’appréhension : mon excitation est telle que dans moins d’une minute je vais exploser… Ce serait horrible de jouir maintenant et de la laisser dans cette tension du désir, après des heures intenses de fusion amoureuse. Je me retire. Nous faisons une courte pause, le temps de mettre un ovule spermicide.

Je pense à la montée incontrôlable du plaisir en moi. Je décide qu’il n’y a rien à faire car ce n’est pas une question de technique. Je m’allonge sur le dos et lui demande de prendre l’initiative de ce qui va suivre. Elle s’assied sur moi, s’accouple doucement, et c’est elle qui prend son rythme alors que je m’abandonne complètement. Je me sens dans le rôle « passif » qu’on attribue traditionnellement aux femmes, sauf que j’ai un plaisir immense et je n’y pense même pas. Je laisse monter, je lâche prise. Je ne sais pas au bout de combien de temps elle a joui, cinq, dix ou vingt minutes, peut-être ? La vague nous a pris ensemble, j’ai senti sa jouissance aspirer la mienne pendant que nos respirations devenaient très amples. Nous n’avons pas pu retenir un long cri… Tout l’hôtel a dû être réveillé, ce qui n’est pas grave dans un tel quartier…

Nous nous sommes endormis enlacés, épuisés.

Tôt le matin, nous avons été réveillés par son jeune enfant. Elle lui a donné la tétée. Il s’est rendormi. Alors elle s’est tournée vers moi, demandant que je lui fasse l’amour encore une fois. Je suis venu sur elle, j’ai senti ses seins immenses se gonfler pendant que je la pénétrais, elle a joui encore une fois, mais pas moi. Je suis trop fatigué. Puis elle a dû partir car elle avait un train à prendre. Seul dans la chambre, j’ai repensé à cette nuit merveilleuse. J’ai dormi un peu puis me suis refait jouir.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Vendredi 12 août 2005 5 12 /08 /2005 00:00
Dans mon carnet de voyage, le 21 juillet 2000

Je me suis abreuvé du « Livre du ça » de Groddeck. Un ami m’en avait souvent parlé. Je me demande aujourd’hui quel aurait été mon parcours si je l’avais lu à cette époque (25 ans plus tôt). Depuis, je porte un peu plus attention à mes rêves. Et, comme il se doit, mes rêves deviennent plus fouillés et « chargés de sens »…

Jamais je n’ai vu ma mère en rêve — sauf la nuit où elle est morte, mais était-ce un rêve ? Voilà que depuis quelques nuits j’y rencontre des femmes « réelles ».

La nuit dernière, j’ai rêvée de Séraphine, une amie conseillère en allaitement. Tout a commencé par un catapultage d’images suite à la visite du temple de Belur au Karnathaka, qui date du 12e siècle. Ce temple est l’un de ceux où une partie importante du culte consistait en des danses rituelles exécutées par une soliste sur une plateforme centrale circulaire d’environ 2,5 mètres de diamètre. Les plateformes sont entourées de sculptures des grandes danseuses de l’époque, dont on peut même lire les noms. Leur corps est représenté de manière très réaliste, avec le drapé du vêtement, de sorte que si elles ont les seins nus sur les statues il est probable qu’elles dansaient ainsi. Ces femmes étaient des devadasi, des vestales consacrées aux dieux. La plupart étaient en réalité des prostituées rituelles pour le plaisir et le commerce des brahmanes gardiens du temple, mais il semble qu’un petit nombre d’entre elles aient eu un statut social plus élevé. On peut donc imaginer que les femmes ayant servi de modèles aux sculptures étaient des « vierges » consacrées comme le veut la légende. Les temples sont de petite taille, ce qui suggère que seule l’élite (les gens de caste) assistait à ces cérémonies.

Ma vision de cela est qu’on célébrait la religion par une forme raffinée d’érotisme qui consiste à montrer aux hommes des femmes dans des postures éveillant leur désir, tout en leur faisant comprendre qu’elles sont hors d’atteinte. La philosophie brahmanique est fondée sur la non-satisfaction (la mort) du désir. Mais après tout c’est le même culte qui se perpétue sur les images publicitaires d’aujourd’hui, notamment les magazines féminins qui montrent des femmes « vestales » supposées bien sages dans leur foyer ou au boulot, donc hors d’atteinte du lecteur-voyeur, mais pourvues de tout ce qui faut pour exciter son imagination. Je ne crois pas que le monde ait changé à ce point en 8 siècles…

Ces statues ne peuvent pas laisser un homme indifférent. Ce sont bien des images érotiques et non des représentations de femme-mère. En effet, leurs poitrines sont plantureuses mais leur taille est très fine. Notre guide a pris un malin plaisir à montrer que, selon les canons de l’époque, la largeur de la taille devait être égale à la hauteur du visage. Ce ne sont donc pas des ventres qui portent des enfants ; aucune évocation de fécondité dans tout cela, c’est du pur plaisir visuel pour le lecteur moyen du kamasutra.

(J’ai profité d’un moment où le guide avait le dos tourné pour effleurer la silhouette d’une certaine Shakuntala, ce qui a amené plus tard dans un rêve le souvenir d’une nuit passée avec une amie qui lui ressemblait et pratiquait ce même style de danse…)

Dans d’autres parties du temple il y a des statues de femmes-déesses. Elles ont la taille moins marquée, sont moins déhanchées, mais ce qui m’a frappé immédiatement dans ce temple particulier, c’est que leurs seins n’ont pas la même position. Ceux des danseuses sont parfaitement sphériques, ce qui de chaque côté donne ce contour irrésistible pour un homme. Or, les déesses, ici, ont les seins pressés l’un contre l’autre, comme s’ils étaient maintenus sur les côtés. L’image est plutôt celle d’une offrande vers l’avant, celle de l’allaitement. L’amant n’a pas envie de caresser les courbes magiques mais de mordiller le téton, ce qui est un tout autre jeu érotique.

Hier soir, donc, ces images se sont rencontrées dans mon rêve. Séraphine était présente, incarnant une déesse-mère — ma propre mère sans doute — et elle m’offrait le sein d’une manière que je percevais comme érotique tout en me sentant terriblement mal à l’aise. Cette attitude a déclenché une cascade d’associations d’idées. Je ne sais plus lesquelles se sont amalgamées pendant mon sommeil et lesquelles j’ai reconstruites au réveil. Séraphine m’apprenait quelque chose au sujet de mon rapport avec ma mère.

Ma mère m’a allaité pendant quelques mois, mais je n’ai aucune idée de la manière dont s’est passé le sevrage. C’est une question que je n’aurais jamais osé poser. J’ignore comment elle s’y est pris, mais le contact physique avec ma mère a toujours été très fortement réprimé en moi. Je l’ai parfois aperçue déshabillée et cette vision m’était insoutenable. Son apparence physique, surtout la poitrine abondante, a longtemps modelé en moi une répulsion envers les femmes.

Quand j’avais six ou sept ans, une pharmacie avait mis en vitrine un produit qui s’appelait « Galboleum ». On y voyait une belle poitrine de femme, en noir et blanc, sans visage bien sûr. C’était la première fois que je voyais l’image d’une femme nue. Elle avait de petits seins admirablement modelés — résultat, je n’en doutais pas, d’un usage intensif de la potion magique « Galboleum ». J’étais obsédé par cette image. J’en ai tous les détails en mémoire. Je faisais un détour en revenant de l’école pour voir cette photo. J’attendais dans une petite rue près de la pharmacie, en m’efforçant de me remémorer l’image, puis lorsque la rue était vide je passais devant la vitrine assez vite pour que personne ne remarque que je tournais la tête. J’en reprenais un flash pendant une fraction de seconde. C’était de l’érotisme pur. Cette image a été pour moi la seule réalité féminine d’un âge où je ne ressentais pas de pulsion physique.

Quand j’avais 20 ans, une fille qui ressemblait à Séraphine (et d’ailleurs portait le même prénom) m’a « violé » pour me faire mesurer l’hypocrisie de mes manières d’ascète. Elle est revenue hier dans mon rêve. Cette première expérience sexuelle m’avait profondément marqué. Pas tant pour l’acte lui-même, car j’ai gardé un souvenir attendri et plutôt agréable des premières caresses malhabiles, mais par une sensation presque adultérine face à cette partenaire trop « féminine » à mon goût.

Je m’étais fait à l’idée que mon type de femme était la longiligne plate comme une limande… Cette image idéale m’intriguait car je voyais les hommes autour de moi frétiller autour de femmes à la poitrine « généreuse », sans compter les photos des magazines érotiques qui pour la plupart me révulsaient. J’en parlais à des amis car je me demandais si j’étais vraiment normal. C’est ainsi qu’il m’est venu aux oreilles, un jour, que Marie Ange, une amie danseuse, aurait dit à l’une de ses amies n’avoir « aucun espoir avec moi » à cause de son tour de poitrine. C’est elle qui avait le physique de la statue de danseuse aperçue dans le temple. Nous avions eu une relation très affective mais platonique. La nuit avant son départ pour un pays étranger, son homme l’ayant quittée, j’avais découvert son corps de vestale. C’était fantastique. Elle n’était pas conforme au modèle que j’avais en tête, et pourtant nous avons vécu une magnifique rencontre.

Il y a eu d’autres personnages et d’autres souvenirs du même type, dont le fil s’est déroulé pendant que je contemplais les images de mon rêve et que Séraphine était là, debout, à me dire droit dans les yeux que j’avais toujours fui l’image de ma mère. Surtout l’image de l’allaitement, puisque de tous les jeux érotiques que j’ai pratiqués, même en pensées, le seul qui a manqué était de goûter du lait maternel. Si j’aspirais le sein d’une amante je redoutais qu’il y vienne du lait.

Aujourd’hui, j’ai décidé de rencontrer Séraphine…

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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