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Jeudi 5 janvier 2006 4 05 /01 /Jan /2006 14:07
J’ai encore oublié de lui demander comment elle s’y prenait pour que son clito ait un goût de sève de pin. Je connais des saveurs sauvages, inquiétantes ou ennivrantes, mais, pour la première fois, avec Catherine, cette caresse me renvoie une extraordinaire sensation de fraîcheur. Le geste n’est plus au catalogue des choses transgressives depuis que quelque chose s’est inversé dans notre rapport au plaisir : disparue, l’envie de « donner du plaisir », car la conscience même de la présence d’une « partenaire », et de ce que celle-ci pourrait ressentir, s’est faite invisible. Pour moi il reste un sexe qui n’en finit plus de grandir et dont j’ai fini par oublier la forme. Ce pourrait être celui d’un homme, car il n’est plus un fruit délicat sur ma langue — un de ceux sur lesquels les clients se ruaient à l’étal exotique du supermarché — mais une tige toute entière dressée.

Je ne donne plus rien et Catherine ne me donne rien que je puisse recevoir ; mes lèvres sont devenues celles d’un ventre.

J’adore aussi la manière dont elle me caresse. Elle me fait réaliser que je connais plusieurs femmes qui n’aiment pas le sexe des hommes. Elles veulent bien jouer avec, jouir de la pénétration et même des spasmes (pas trop mouillés) du plaisir masculin, mais jamais elles ne le touchent amoureusement, comme un objet fétiche. Ces femmes un peu distantes donnent des caresses pour faire plaisir à leurs hommes, ou pour les faire patienter, elles iront même jusqu’à la fellation pour les décharger d’un désir trop envahissant, mais jamais elles ne se permettent quelque chose qui ressemble de près ou de loin à de la dévotion. Alors qu’il me semble important que le corps de l’être aimé, désiré, devienne un fétiche dans le temps très bref de ce culte sans rituel qu’est une rencontre amoureuse. (Je crains que la monotonie institutionnelle de la vie conjugale y soit pour quelque chose.) Catherine me touche avec passion, comme elle aime être touchée. Encore une saveur nouvelle…

Ce mercredi nous avons eu un comportement de gens normaux : rendus à 20h à l’hôtel, au milieu de touristes bronzés comme sur la couverture de Charlie Hebdo, et de VRP aux regards tristes. Une jeune employée plus blonde que nécessaire nous a servi un repas léger et du café. Catherine m’a montré des articles qu’elle avait découpés dans la presse.
— Ils disent que 10% des Français écrivent un blogue sur Internet. Tu crois ça ?
— Bah… On lit tellement de conneries dans Le Monde !
La conversation a dévié vers les flux RSS et l’utilisation des moteurs de recherche. Nous sommes vraiment des clients bien sous tous rapports.

Quand nos sexes se joignent nous avons tellement flambé de plaisirs que cette union devient une embrassade amicale ; les fruits sont trop mûrs et le sommeil ne tarde pas à nous emmener dans un monde paisible.

Ce soir elle m’écrit :
Tu n’est pas encore très éloigné de moi et je me sens toute imbibée de ces heures tissées à deux. C’est bon un soir et un matin sous le même ciel.
Pourtant les feux d’artifice ne se sont pas allumés chez moi & leur attente a diminué les tiens.
Pourtant nos peaux n’ont jamais été aussi proches, jamais tu n’auras été plus attentionné…
Suis dans une forme heureuse, paisible, comblée de chaleur, quelque chose de doux, ce soir. Du champagne avec moins de bulles que la dernière fois, mais du champagne quand même !

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Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mercredi 21 décembre 2005 3 21 /12 /Déc /2005 22:43
— A. Trois minutes d’arrêt !
J’ai levé le nez des « Contes érotiques d’hiver », le genre de littérature que j’aime exhiber quand on m’offre un voyage en première classe. Et puis, aujourd’hui, à défaut d’érotisme (un wagon rempli de blaireaux en train de bosser sur leurs pécés portables) c’est vraiment l’hiver ; une maison vide et froide m’attend si la voiture veut bien démarrer du parking TGV…

Le soleil est déjà couché quand je jette un œil distrait sur cette gare où je me suis souvent arrêté trois minutes. Il reste une lueur à l’horizon, ou peut-être l’ai-je imaginée ? Soudain je retrouve une douce lumière en train de disparaître, le passage le plus douloureux de ma vie amoureuse, ici même, alors que Marie venait de déchirer le voile d’une passion agonisante à fleur de peau (« Pleine lune »). La douce empoisonneuse, ce n’est pas toi, Marie — même si ton sourire de glace n’en finit pas de se figer — mais bien cette folie qui peut resurgir en trois minutes. Tout cela parce que hier soir je parlais de passion avec une amie célibataire plus âgée qui n’a jamais vécu une relation paisible avec un homme. Ensuite je lui ai offert un livre pour Noël. Elle a deviné, sans que je sache comment, que l’auteur en était le père de Marie, et voilà le père et la fille invités à notre soirée aux chandelles…

Souvent je me glisse dans le lit de Claudia, le matin, pour quelques minutes, car sa peau est légendairement douce et elle a toujours sa silhouette de rêve. Elle aime mes mains et je la soupçonne d’aimer renifler l’odeur d’un homme de temps en temps. Pas de contact humide — elle ne peut pas, faute de passion, et puis elle est allergique aux hommes mariés. (On ne discute pas avec une psychologue clinicienne.)

Cette nuit je me suis réfugié dans la contemplation d’objets mathématiques, en préparation d’une importante réunion de travail. Pour une fois que je travaille à ¨Paris… Mais les objets ne connaissent pas la passion : ils s’évanouissent comme des mirages quand le vent de la déraison se remet à souffler.

Je n’ai plus le courage de lire ni de m’aventurer dans une algèbre. Dix minutes plus tard nous arrivons dans la gare bien sombre, l’auto démarre au quart de tour, puis la maison se réchauffe doucement. Pour une fois je n’apprécie pas la solitude, mais Aimée ne rentrera pas, elle m’a prévenu, elle qui m’avait accueilli, ce soir là, en répondant paisiblement à cette hémorragie d’émotions qu’on appelle le « mal d’aimer ». Des fois, je me dis qu’elle est un personnage céleste.

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Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mercredi 14 décembre 2005 3 14 /12 /Déc /2005 23:29
La nuit dernière j’ai rêvé d’Iliane-Patricia. Saveur érotique et tendre… Tôt ce matin, j’ouvre le courrier et je lis qu’elle « se sent apaisée » et me demande si je souhaite renouer le contact.

Ce n’est pas vraiment une coincidence : déjà hier soir elle m’avait fait suivre un message qui circule partout, et j’avais eu la surprise de son nom dans la boîte aux lettres.

Le silence entre nous n’est jamais une absence. Chaque fois il nous a permis de goûter la fraîcheur et de nous retrouver en tant qu’êtres libres (« La voie de l´extase (1) » et suivants). Aucune hâte : j’ai répondu quelques mots, je sais qu’elle attend d’être pleinement en accord avec la situation nouvelle.

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Mardi 13 décembre 2005 2 13 /12 /Déc /2005 00:00
Marie B. parle de questions de vie et de non-vie dans « Le couple et la vie ». Elle a raison, pour ce qui me concerne, de suggérer que c’est surtout la vie des femmes qui se dessine ainsi. J’ai toujours évité les complications : contraception, puis, depuis quelques années, une protection assez sérieuse contre les MST. C’est Marie (voir « Marie (1) ») qui m’en a vraiment fait comprendre les enjeux. Je n’ai plus envie de jouer à la roulette russe avec ma vie et encore moins avec celle de mes tendres amies.

La vie de couple est pour moi une magnifique aventure qui n’entre pas dans le cadre de ces écrits. Je l’écrirai sans doute un jour, à quatre mains avec ma compagne, ou même six avec notre enfant. Ici je parle de mon jardin intérieur, des sentiers détournés, de quelque chose dont je suis seul à pouvoir trouver la clé.

Mes rencontres amoureuses (avec ou sans effusion sexuelle) s’inscrivent donc dans rien d’autre que la quête du plaisir et la célébration du désir. Comme pour « Mademoiselle Liberté », à la moindre fausse note tout est à recommencer.

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Samedi 10 décembre 2005 6 10 /12 /Déc /2005 01:45
Une belle soirée dans un restaurant marocain chic et délicieux, en compagnie de Jean-Jacques, l’un des deux témoins (et seuls invités) de notre mariage dans cette ville très collet-monté… Il vit séparé de sa compagne qui était l’autre témoin.

Je me dis que l’amour-passion est comparable au thé à la menthe : bien sucré et limpide en début de repas. En fin de repas, refroidi, un peu amer. Trouble parfois.

Il y a un peu plus d’un an j’ai dîné ici avec Iliane (voir « Fusion-défusion »). J’étais sur un chemin, à la recherche de… On avait fini la soirée dans un salon de thé chébran.

Cela me semble si loin. Iliane est redevenue Patricia. La théière est vide.

Aimée nous a parlé d’un de ses oncles qui piquait des colères terribles contre sa femme, auxquelles la pauvre ne pouvait répondre que par des geignements, ce qui avait pour effet d’attiser encore plus la violence. Comment en arrive-t-on là ? Je me pose la question en croisant de jeunes couples enlacés — « amoureux » ou qui confondent l’amour et le désir. Peu en arriveront là, aujourd’hui, car le zapping polygame et la solitude des vieux jours éludent le problème. Mais que vaut-il mieux ? L’angoisse de la solitude, ou cette espèce de schizophrénie bicéphale qui se nourrit des rancœurs accumulées ?

Pour moi, il y a une troisième voie qui consiste à ne rien laisser s’accumuler. Mais la première accumulation, celle qui entraîne les autres comme des scories, ce sont les engagements, les promesses, les grandes déclarations sur ce que devrait être notre vie commune.

Je repense à cet officier d’État civil qui nous a mariés devant une salle vide, mis à part nos témoins fort discrets, et à qui j’ai répondu au moment des félicitations d’usage : « Ne vous fatiguez pas, nous sommes ici pour l’allocation logement ! » On était samedi matin. Dehors il y avait une cohorte de bagnoles rutilantes, mariées en blanc et blanc-becs encravatés qui attendaient leur tour…

Une belle soirée, au goût suave de l’amitié qui n’a pas besoin de beaucoup de mots. Au retour, nous avons pris en stop une jeune femme et fait un long détour pour l’amener jusque chez elle. Pour qu’elle aussi ait quelque chance de penser que c’était une belle soirée.

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Lundi 5 décembre 2005 1 05 /12 /Déc /2005 18:00

206

J’ai cru un moment que c’était la même chambre. Mais non, je connais la 304, la 303 et la 124, pas la 206. C’est une habitude bizarre de noter dans mon journal les numéros de chambre, manière comme une autre de singulariser un lieu de passage, à la façon des cœurs gravés sur les murs de pierres. Dans cet hôtel E., je suis venu la dernière fois il y a un peu plus d’un an. Le parking est presque vide : 14h30, quelques couples illégitimes sans doute, putain les grosses bagnoles de ces vieux cons. C’est quand même une chance que Catherine n’ait pas rejeté l’idée de se retrouver à l’hôtel après un déjeûner en ville.

J’ai cru revoir la même chambre, mais surtout j’ai eu la sensation de revivre une même expérience troublante. Allongés sur un abominable dessus de lit, nous avons d’abord divagué sur les plans de la maison qu’elle est en train de faire construire. Ce sera petit mais très beau ; et pratique avec ça : la chambre de madame est au rez-de-chaussée, avec deux portes donnant sur des façades opposées. Architecture bioclimatique hédoniste. Ayant épuisé le sujet, j’ai apprécié la douche brûlante. C’est fou ce que les sexes aiment l’eau chaude, ils se mettent tout de suite à danser ou à sourire sous le fouet aux lanières liquides. Mais c’est trop fort ; je sais que si je laisse venir un orgasme je me sentirai vidé, comme écœuré.

Elle a convenu avec moi qu’il était un peu fou d’attendre si longtemps entre deux rencontres. Le plaisir est un aliment de l’âme à consommer sans modération, et nous en avons besoin à cette époque de travail intensif. Je n’en finis pas de manger ses lèvres. Elle sent bon, cette fois elle a bien renoncé aux huiles et autre parfums. Catherine sent le désir et je lèche sa peau légendairement douce. La nuit dernière, galvanisé à la pensée de cette rencontre, je me disais que j’aimerais savoir combien d’hommes ont caressé ses seins, combien ont joui en elle — nombreux, elle me l’a fait comprendre. Mais toutes ces questions ont sombré dans l’oubli, aujourd’hui, alors que je frappe un de ses mamelons avec la pointe de la langue et qu’elle offre ses hanches à mes mains. Ensuite elle me rend cette caresse en s’aidant d’une main pour augmenter la sensation.

Chambre étrange où j’ai vécu un « orgasme féminin » avec Iliane (voir « La voie de l’extase (6) »)… Et, de nouveau, une sensation que je qualifie de féminine, car les hommes ne peuvent rien sentir par là, ce n’est pas vrai dis-moi ? Une envie de m’abandonner, féminine aussi selon les images très simples qui me passent par la tête tandis que le plaisir monte au-delà de ce que je croyais tolérable. Je n’avais jamais osé franchir cette barrière d’une sensation étrangère à mon sexe, mais aujourd’hui je me laisse porter là où Catherine veut m’emmener. D’ailleurs il est là, mon vrai sexe, inerte et inutile, je voudrais pouvoir le retourner pour qu’elle me pénètre et qu’elle me remplisse de sa sève. Quand elle glisse une main pour le prendre, le charme s’estompe, je suis redevenu homme avec un sexe d’homme qu’elle joue à faire grandir avec sa bouche. Tout à l’heure j’ai failli acheter un magazine qui affiche sur sa couverture « les secrets de la fellation », car je me demande bien ce qui peut encore rester secret. Catherine est experte, en tout cas.

Puis c’est moi qui ai envie de goûter son jardin, influencé je n’en doute pas par le « Peau à peau » de Marie B. Un délice dont j’avais oublié la saveur et la tendresse. J’ai l’impression parfois d’aspirer un sexe d’homme en entier. Elle en profite pour continuer à taquiner mon arbre, comme une jeune chienne qui se ferait les dents ; oui, j’aime sentir les dents, les femmes s’en étonnent… Nous pourrions jouir ainsi mais cela me paraît trop direct. Au diable ces magazines. Une pause. Je viens sur elle, elle vient sur moi. Elle me dit : « Tu sens comme je suis ouverte ? » et elle se glisse autour de mon sexe.

Je ne sais plus combien de temps nous avons joué ainsi. Elle a crié de plaisir plusieurs fois, puis elle a sorti un petit flacon et mis quelques gouttes sur mon arbre pour glisser encore, avec frénésie… comme un jeune puceau qui ne pourrait jamais s’arrêter, car j’ai l’impression que c’est elle qui me pénètre. Je repense à ce que j’ai vécu l’an dernier, dans cette même chambre, mais cette fois je sens simultanément l’extrêmité de mon sexe dans un bain aussi excitant que l’eau de la douche, un gland détaché de la branche qui joue à se promener là-haut. Homme-et-femme, je m’abandonne aux deux sans discernement. Elle sent monter mon souffle, elle m’attise comme un brasier. À mon tour de crier, je ne me gêne pas.

Nous avons dormi une heure ou deux, chaudement enlacés. Mon esprit s’est égaré dans la maison sur papier, sous un dédale informatique à plusieurs étages que je m’amuse à explorer au bureau, dans la sensation d’avoir pleinement goûté l’amour physique. Comme je suis fatigué, je sens un léger ronflement se former dans un demi-sommeil. J’aurais envie qu’il s’amplifie.

Je rêve que je suis un éléphant dressant sa trompe en signe de victoire, dans un barissement qui ferait trembler cet hôtel en formica.

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Samedi 19 novembre 2005 6 19 /11 /Nov /2005 23:21
Samedi 18h10

J’étais en train de lire « La douce empoisonneuse » d’Arto Paasilinna, quand elle est entrée sans frapper. « Bonjour Julien… » On ferme le livre, exit Linnea et Kauko, c’est Marie, là, devant moi, demi-sourire ; pas celle de mon roman-blog, non, Marie la vraie !

Le fil se déroule. Tout à l’heure j’ai demandé à F. si je pourrais dormir au local de son association sans me souvenir que Marie y travaille le samedi. J’avais envie d’être seul. L’amie qui m’a reçu hier soir chez elle m’a lancé, en me déposant au métro : « Au fait, ce soir, tu n’aurais pas un rendez-vous amoureux, par hasard ? Tu ne m’as rien dit à ce sujet ! A bientôt ! » Le rendez-vous, c’était toi, hier soir, ma belle, mais on a passé la soirée à siffler du rouge en réinventant la psychanalyse et la littérature…

Marie me fait parler de projets et de gens qu’elle connaît, avec qui je travaille. Elle me demande des nouvelles d’un bébé qui n’est pas encore né, à croire qu’elle m’en croit le géniteur. Regards fuyants, à la surface des sentiments. Je connais trop ce visage pour ne pas en deviner la composition. Un fond de teint de grande personne responsable, le cœur au goutte-à-goutte de la bienveillance, à défaut de charisme. Je l’ai souvent vue ainsi à mes côtés, quand elle s’adressait à d’autres sur le ton de l’indifférence mondaine, limite pimbêche. Au prix d’efforts considérables, elle fait barrière à tout ce (tous ceux ?) qui pourrait la toucher. Son dos est figé, dur entre les épaules. Mais aujourd’hui c’est moi qui suis dans le public.

Seuls — comme deux adolescents pris en faute entre deux étages — et rigides de bienséance, nous faisons figure de tortues couchées sur le dos, agitant vainement les pattes. Cet entretien est minable. J’ai hâte que l’un de nous deux se décide à partir.

18h15

— « Je ferme la porte ? »
— « Non, laisse. Je dois sortir aussi. »

Elle descend l’escalier ; Marie descend l’escalier. Je vois son dos se relâcher un peu, une ondulation à peine perceptible dans sa démarche.

Mon amour.

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Vendredi 11 novembre 2005 5 11 /11 /Nov /2005 00:00
A peine entrée, elle a ouvert ses bras et nos lèvres ont commencé à jouer comme deux jeunes chiens. Et je te mords et je te frotte. Corps à corps. À travers les couches de laine, mes mains redécouvrent sa taille fine et sa poitrine de collégienne. Les siennes aussi ont besoin de chaleur et ne s’embarrassent pas de formalités. Elle m’a pris par la queue et plaisante sur les hommes si rapides à mettre le drapeau en berne.

Mes rencontres avec Catherine viennent souvent combler une longue période de disette amoureuse, un besoin d’espace où il est interdit de s’interdire le désir. Nous sommes ensemble pour faire la fête et retrouver le sens de nos sens. Nous jouons le jeu de l’érotisme à l’abri de tout sentiment, sinon la gratitude de se rendre disponibles l’un à l’autre. Faire l’amour d’abord, on verra bien ensuite. Je crois que cette absence d’enjeu tient en partie au fait qu’elle a passé l’âge des cycles de fécondité ; je me rends compte combien ces cycles peuvent susciter de frustrations, d’attentes, de peurs et d’impatience dans une relation passionnelle. La nôtre est tout sauf cela : nous attendons simplement que nos chemins se croisent, comme d’autres pourraient saisir l’occasion de s’inviter au cinéma ou au restaurant.

À présent nous sommes assis face à face. C’est le moment de se dire bonjour et d’échanger quelques civilités. « Tu prends du miel dans le romarin ? » Nous égrenons les péripéties d’une semaine chargée, pour conclure qu’il était indispensable, aujourd’hui, de se faire un break. Elle a envie d’être massée, caressée ; nous en parlons à distance sans nous rapprocher.

J’ai failli lui demander si elle avait lu mon message. Hier soir je lui ai écrit :
Puis-je te demander une faveur ?
De venir demain avec ton odeur naturelle, sans la couvrir de senteurs aromatiques... C'est important pour la quiétude de mon esprit !
Mais elle aborde le sujet d’elle-même. Oui, elle l’a lu ce matin, juste après avoir découvert une vieille bouteille de parfum et s’en être mis « trois gouttes pour essayer ». Elle est aussitôt retournée prendre une douche. Mais le parfum est resté. Elle a compris que je n’étais pas la seule personne incommodée par ses huiles essentielles et autres crêmes. Aimée le lui a dit plusieurs fois. Je n’ai pas envie qu’elle apprenne son passage en ouvrant la porte, ce soir, et qu’il faille dormir la fenêtre ouverte.

Le temps de parole est épuisé. Quelques mesures de Satie et nous revoici enlacés, chaudement couverts, elle qui enlève une laine après l’autre, comme une poupée gigogne. Sa peau, enfin. Si douce que je lui pardonne les crêmes. Des mamelons de pucelle, petites fleurs qui adorent être effleurées.

C’est peut-être parce que nous faisons l’amour dans une totale insouciance que le temps est sens dessus dessous : pour moi Catherine a dix-sept ans — je veux bien écrire 18 pour éviter des ennuis. Mais il y a aussi une fraîcheur qui vient de la rareté de nos rencontres. Elle me dit que pendant de longues périodes elle oublie complètement la sensualité de son corps. Elle redécouvre chaque fois combien il est agréable d’être caressée, désirée, et de s’abandonner à la sensualité d’un homme. (Son ami officiel ne la touche plus depuis des mois. Il dit qu’il n’a plus envie.)

Je n’ai pas vraiment besoin qu’on me demande d’être sensuel. Je me jette sur elle avec beaucoup de délicatesse. Elle mouille ses doigts.

Jouissances. On est là pour ça.

Puis, quelques minutes, quelques heures ? Nous restons silencieux, bottis l’un contre l’autre dans un état de demi-sommeil. C’est peut-être là que nos âmes se rencontrent. En tout cas, quelque chose de subtil, que je n’ai jamais connu, se passe entre nous. Une absence faite de présences, parfois anxieuse pour moi car j’ai peur d’une visite qui viendrait troubler cette quiétude. Catherine s’éveille et me dit que nous nous sommes accordés. Elle donne le « la », je chante le même « la » : oui, nous y sommes !

Je la quitte sous le prétexte de préparer le repas, mais j’ai surtout besoin d’être debout, dans l’entrée, à garder la tanière. Courgettes aux graines de coriandre, algues parfumées au tamari. Quelqu’un frappe doucement à la porte-fenêtre : c’est la voisine qui m’invite à rencontrer je ne sais qui. Je lui réponds que je suis en train de cuisiner. « À cette heure ? » De quoi je me mêle.

Catherine se lève et nous déjeûnons sur la terrasse. Elle apprécie le menu. Elle boit du romarin sans le sucrer, puis trempe sa cuillère dans le pot de miel. C’est bien mon genre, nous sommes à l’unisson.

Elle est venue me demander conseil sur des logiciels. On fait un peu de Photoshop. La vie reprend son cours après une éruption volcanique ordinaire.

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Mercredi 9 novembre 2005 3 09 /11 /Nov /2005 00:00
Pourquoi je repense à Marie au passé-passion : elle m’écrit depuis deux jours, à propos de projets que nous avons en commun, mais aucun de ses messages n’est signé. Comme si elle ne voulait pas que je puisse lire son prénom, de peur que cela éveille un sentiment interdit…

L’amante passionnée est devenue une femme « voilée », prisonnière d’un engagement. Quelques mois après notre dernier voyage (voir « Fin de voyage ») elle a décidé de renouer avec Thibaud. C’est là que je disais que la « chute » de son histoire ne m’appartient plus. Mais aujourd’hui j’en éprouve une grande tristesse qui, elle, m’appartient… Thibaud a réussi à l’emprisonner dans la culpabilité de cette « infidélité » commise en acceptant mon invitation au Portugal. Certes, nous tous réinventons le passé de manière à souffrir un peu moins. Mais son interprétation d’aujourd’hui (telle que me l’a rapportée Nolwen) contredit la chronologie des événements et le contenu de nos échanges de courriers (voir « Préparatifs de voyage »).

Si vous croisez Marie, dites-lui qu’elle ne peut pas continuer à se mentir juste parce qu’elle a peur de se retrouver seule, à attendre le Prince charmant. Je garde au chaud la vérité sur notre amour.

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Dimanche 30 octobre 2005 7 30 /10 /Oct /2005 00:00
Nous descendons le chemin abrupt vers la calanque de Sugiton. Aimée, notre vieil ami JC, et la petite chienne qui trotte à nos côtés. Plaisir des jambes, plaisir des yeux, amitié fraternelle, le paysage est grandiose…

Plusieurs fois je vois des gens qui trébuchent, glissent sur un rocher ou une pierre roulante, et me font froid dans le dos. Je regarde aussi des jeunes qui escaladent les falaises friables. Froid. Sur le retour, un hélicoptère de la Sécurité civile s’est posé, et des gens parlent de « quelqu’un qui ne peut pas redescendre ». Cela me rappelle un rêve que j’avais essayé d’oublier, la semaine dernière. J’étais avec un petit groupe de personnes qui rendait visite à quelqu’un. Mais le sentier menant à la maison était très escarpé, il fallait monter des marches, franchir des rochers, marcher sur un terrain très en pente. Une vieille dame avec un manteau beige clair et un sac à main est tombée : je l’ai vue rouler sans bruit puis disparaître dans un à-pic. Les gens les plus en bas se sont précipités pour la secourir. Je ne ressentais aucune émotion — peut-être une légère contrariété que la journée soit en voie d’être gâchée — et je me disais que j’étais anormal de ne ressentir aucune émotion. Mais aujourd’hui je vois pour de vrai des gens qui risquent de tomber et je m’inquiète pour eux.

Nous sommes assis sur un haut promontoire face à la mer. A droite, la calanque, à gauche une plage rocailleuse difficile d’accès, avec beaucoup de monde car le soleil est magnifique. On s’y baigne nu ou habillé, il y en a pour tous les goûts. Le paradis terrestre est à portée d’oiseau ; d’ailleurs les mouettes s’en donnent à cœur joie.

Un jeune couple est venu s’asseoir devant nous, encore plus près de la falaise. Ils sont beaux comme des dieux, chaussés d’Adidas et vêtus de synthétique. Lui, grand, visage allongé aux cheveux très noirs. Elle, l’allure d’une très jeune Marocaine, lèvres merveilleusement dessinées, regard brillant, buste de modèle, de fines chevilles très blanches. Elle s’est assise devant lui, il la serre dans ses bras, elle lui tend ses lèvres, ses cheveux bouclés lui battent le visage. Au début, j’aimerais être lui. Puis je regarde ce qui est en moi : la sensation du vent, de la mer, le romarin fleuri qui m’a rendu fou, les voluptueuses courbatures, mon cœur encore plein de la plénitude reçue hier soir. J’ai envie d’être moi et de les laisser être eux.

Ils se lèvent pour partir. La déesse passe devant nous, les perles de ses seins érigées sous le tee-shirt. Il y a de bons moments dans une journée d’automne.

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