Pensées en vrac

Jeudi 10 novembre 2005 4 10 /11 /Nov /2005 00:00
Expulsions brutales et médiatisées d’habitants de logements insalubres à Paris, le jour de la rentrée scolaire. Provocations incitatives à la violence urbaine, ces derniers jours. Répression. À peine cite-t-on les élans de solidarité, les mouvements citoyens dans les quartiers laissés à l’abandon. La parole est du côté de la force.

Tout cela me remet en mémoire les paroles du Pasteur Niemöller :
Quand on est venu arrêter les catholiques, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas catholique.
Quand on est venu arrêter les juifs, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas juif.
Quand on est venu arrêter les communistes, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas communiste.
Quand on est venu arrêter les socialistes, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas socialiste.
Quand on est venu me chercher, il n’y avait plus personne pour me défendre.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Jeudi 10 novembre 2005 4 10 /11 /Nov /2005 00:00
Marie B. publie un magnifique texte sur la naissance : « Nudité ». Elle commence par :
Après une semaine de naissances successives, je n’ai aucune attraction pour les histoires amoureuses…
Je donnerais aussi les plus beaux jours de mes « voyages » pour celui la naissance de mon fils — ce voyage au cœur du monde. Nul doute que si j’avais été le témoin de plusieurs naissances en une semaine, je n’aurais plus aucun goût pour l’errance.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Dimanche 2 octobre 2005 7 02 /10 /Oct /2005 00:00
Une complice blogueuse m’écrit qu’elle aime cette image du maître de tir à l’arc qui finit par se passer d’arc et de technique… Oui, sans doute, aucun instrument n’est indispensable pour revenir à la conscience de la totalité, et il se pourrait même que les derniers instants de vie, dans un environnement paisible, réactivent cet état de grâce. Mais je crois que le fait d’exister, d’être entouré de choses et d’êtres vivants, de rencontrer des êtres — dont nous postulons, sur la foi de l’apparence, qu’ils ont une sensibilité comparable à la nôtre —, de se trouver en situation de dialogue, de dualité, y compris avec soi-même vu comme un autre… tout cela pose problème.

La dualité nous fait fonctionner sur le mode de la rupture. Ce terme est souvent déprécié. Je n’ai pas encore vu de couple convoquer famille et amis à une fête pour célébrer sa séparation… Pourtant, ne célèbre t-on pas les funérailles ?

La dualité peut nous faire marcher à reculons : à force de se détacher de l’autre, de l’expérience, de prendre du recul avec soi même, on multiplie les objets de médiation, comme autant de cailloux sur le trajet du Petit Poucet.

Nous résistons donc à la dualité, le plus souvent à travers ces artifices que sont les grands sentiments et les grandes idées. Romantisme, totalitarisme, escalades qui conduisent à la chute et à la névrose du recommencement. Je pense à l’écrivain Simenon qui avait poussé à l’extrême la logique de multiplication des objets en baisant 2 ou 3 femmes par jour — il avait les moyens de se payer des professionnelles. Choquant ? Les couples monogames qui se font et se défont, dans la plus stricte légalité républicaine, me semblent fonctionner dans la même logique, avec des moyens plus modestes.

Mon ambition — que je veux bien appeler une « raison de vivre » — est de rencontrer la totalité à travers la dualité. Pour cela, l’autre doit exister comme autre à part entière. L’autre, l’être aimé, n’est pas un instrument, mais une présence. Je voudrais substituer la présence à la dépendance (la peur d’être trahi/abandonné) et à l’indifférence (de celles/ceux qui sont à l’affût de simples expériences).

Archer, j’ai donc besoin d’un arc. J’ai peut-être passé le stade de regarder la cible, mais j’ai toujours besoin de cette tension entre les extrêmes, de ces forces antagonistes, du dedans et du dehors, mâle et femelle, même si ces qualités ne sont pas l’exclusivité d’un sexe.

La plénitude me permet de vivre la solitude autrement que comme une absence, mais je ne vois aucun avantage à cultiver la solitude. Le non-rendez-vous avec Bernadette, lundi dernier, a purifié et embelli mon sentiment pour elle, mais ce sentiment n’est pas devenu pour autant une construction abstraite. Il est dans une dualité, mais c’est sa présence — et ma présence à elle en dépit de la distance — qui plongent cette dualité dans la totalité. Pas besoin de flèche (de sexe) mais l’arc est bien tendu.

Cultiver la solitude rm’obligerait à une totale indifférence aux êtres. Dans les années 70 j’ai entendu parler d’un gourou allemand qui avait organisé un stage de « tir à l’arc zen » dans un centre culturel de Provence. Il n’y avait pas d’arc sur place. Les stagiaires ont été invités à passer une semaine en silence, s’occupant au débroussaillage du jardin (qui n’avait rien de virtuel) et jeûnant pour bénéficier pleinement de l’expérience intérieure. Le soir, ils devaient noter sur un cahier ce qu’ils avaient ressenti dans la journée. La dernière heure de stage, chacun a lu son cahier devant le groupe, sans commentaire, et tout le monde est parti super content ! Remarquez que, si l’on fait abstraction de l’imposture de l’organisateur, l’unique activité du stage pourrait s’apparenter à l’écriture d’un blog.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Vendredi 30 septembre 2005 5 30 /09 /Sep /2005 00:00
Lundi (voir « Un peignoir brodé »), pour la première fois j’ai écrit un texte à partager avec d’autres, non pas sur l’effet d’une expérience euphorisante, mais plutôt dans un état de dépression, de solitude forcée et de doute sur moi-même.

Par dérision, j’en suis venu à me comparer à ces maîtres zen dont la légende dit qu’ils tiraient à l’arc sans jamais décocher une flèche, et même, au stade ultime, sans arc… Me voilà à faire du tantrisme sans orgasme, puis sans faire l’amour, et enfin, sans même qu’une femme ne vienne à ma rencontre ! ;-)

Et, en plus, j’en parle… Alors que je n’ai rien eu envie d’écrire sur une rencontre « sauvage » vécue la veille au soir. Si vous cherchez du « hard » il vaudrait mieux changer de blog… ;-)
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Lundi 5 septembre 2005 1 05 /09 /Sep /2005 00:00
Plusieurs amies me font part de leur envie d’écrire « pour mettre de l’ordre dans leur tête ». Elles n’en sont pas encore au point de vouloir partager des écrits, mais la solution du blog anonyme n’est pas exclue.

Après trois semaines de pratique je commence à ressentir les bienfaits de cet exercice. Ce n’est pas facile de se lancer dans des histoires à lire « de bas en haut »… Difficile de ne pas trancher, comme d’habitude, entre le corps et l’âme, en parlant de manière exaltée d’affinités intellectuelles, de grands sentiments, de situations psychologiques « gérées » avec habileté, pour ne rien dire sur le plaisir, les attentes, les gestes qui vont à contresens des paroles, les agapes et les évictions des corps amoureux…

C’est peut-être encore plus difficile pour une femme. Une amie m’annonce qu’elle envisage de fermer son blog, submergée de messages d’hommes seuls ou abandonnés à l’affût d’une aventure. Passer son temps à consoler des éjaculateurs précoces, ce n’est pas un métier. :-(

Pour cela je n’ai pas à me plaindre. Côté drague, le blog n’est pas un instrument efficace, surtout s’il joue sur le terrain de la démystification.

Un blog — encore plus qu’un journal intime, car je pratique les deux — est une manœuvre efficace pour chasser les démons et désacraliser les anges. Pour cela, aucune concession avec le respect de la vérité n’est possible, hormises la valse des prénoms et l’omission de détails dont le seul effet serait d’identifier les lieux ou les personnes. Je suis tenté d’écrire « les personnages », car ils/elles acquièrent une certaine autonomie au fil du récit. Il m’arrive aujourd’hui d’y penser ou d’en parler avec leurs prénoms du blog, plus réels que vrais.

C’est cette autonomie des personnages qui permet aux souvenirs de se « détacher » de la mémoire. J’ai l’impression d’assister à la projection d’un film après avoir participé à son tournage. Je suis « acteur » de mes souvenirs au lieu d’y rester enfermé pour le meilleur ou le pire.

Si vous avez vu « Eternal sunshine of a spotless mind », c’est un peu le même processus de réactivation des réminiscences. Les réminiscences, pour moi, sont ces « souvenirs du corps » (au sens large) qui nous reconnectent avec des sensations. Le souvenir, à lui seul, est quelque chose de plus élaboré, transformé, falsifié au nom de la vérité par des jugements sur les actes et les intentions présumées de leurs acteurs.

La comparaison s’arrête là, car dans « Eternal sunshine… » des psychiatres étaient payés pour effacer une par une les réminiscences. A l’opposé, l’écriture est un travail de « confidence » (le mot veut dire « confiance » en anglais)… Que confier, et jusqu’où se confier ? Marguerite Yourcenar nous donne une belle réponse sous la plume du personnage principal de son essai « Alexis ou le traité du vain combat » :
Les confidences […] sont toujours pernicieuses, quand elles n’ont pas pour but de simplifier la vie d’un autre. »
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 3 septembre 2005 6 03 /09 /Sep /2005 00:00
Je viens d’envoyer quelques réflexions en réponse à une femme sur une liste de discussion.
> J’ai déjà lu des récits de naissance parlant d’hommes et femmes
> qui avaient ressenti des choses douloureuses même si c’était un
> accouchement à domicile ou un accouchement non-assisté.
> Je ne dis pas « c’est grave de ressentir des choses douloureuses », je dis c’est tout.
>
> En fait je ne comprends pas la notion d’abandon si l’homme ne
> partage pas les mêmes émotions/sentiments que la femme pour
> une même naissance ? Est-ce que les deux parties du couple qui
> enfante / a enfanté doivent absolument vivre les mêmes choses
> pour pouvoir dire d’eux qu’ils s’aiment ?
>
> Argh je peux pas finir (et je choisis d’envoyer quand même)

.... (Prends le temps de respirer, L.) ...

Tu as écrit : « ... si l’homme ne partage pas... »
Est-ce que tu voulais dire « puisque l’homme ne partage pas... » ?
... ou « lorsque l’homme ne partage pas... » ?

La question qui suit, « Est-ce que les deux parties du couple... », ne lève pas cette ambiguité, et je pense qu’elle a une portée bien plus vaste que le contexte de l’enfantement. C’est une question sur la notion de « couple », le partage des émotions/sentiments, l’amour... Elle n’appelle certainement pas des réponses normatives, et elle m’inspire quelques réflexions.

Notre notion du couple n’est-elle pas inconsciemment calquée sur le modèle judéo-chrétien que Michel Onfray, dans son pamphlet décapant (« Théorie du corps amoureux — Pour une érotique solaire ») fait remonter à Platon et Aristophane ? Ce modèle est tellement imprégné d’une vision idéaliste du monde que nous le reproduisons, quelles que soient nos croyances, dans toutes les situations. (Y compris, paradoxalement, dans les relations adultérines, mais c’est un autre sujet...)

Pour moi, le mot « couple » englobe au moins deux réalités distinctes, et c’est la confusion des deux qui nous met dans le doute sur la nature même de la relation amoureuse. Je n’ai pas de problème à reconnaître le « couple parental » comme la formule la plus simple et rationnelle pour vivre avec (ou « élever » ?) des enfants. Il existe d’autres qui ont prouvé leur efficacité, par exemple la vie en tribu. Je comprends que l’intérêt des jeunes enfants, dans notre société, est de s’approprier un espace affectif stable autour du couple parental — ne serait-ce que la cohabitation — moyennant des arrangements s’il y a une mésentente entre les parents. Je préfère parler d’intérêt que me référer à un ordre moral, fût-il libertaire... Mais je simplifie à l’extrême car les situations varient à l’infini et rien n’est parfait.

Deuxième « couple » qui ne coincide pas automatiquement avec le premier, c’est l’entité que constituent un homme et une femme pendant la (les) phase(s) fusionnelle(s) de leur relation amoureuse, celle(s) où ils partagent un max d’émotions et de sentiments. Si je mets le pluriel en option, c’est qu’il me semble que la fusion amoureuse va par périodes ; elle peut être plus ou moins intense, ou carrément absente par moments. Rien n’est joué d’avance, on va de surprise en surprise... Je crois que la perversion du modèle « platonicien » nous amène à désigner cette fusion comme de « l’amour », avec tout le romantisme que ce mot peut appeler, alors que c’est le mécanisme du désir qui est en jeu. (Je dis « mécanisme » car vous savez sans doute que la passion amoureuse fonctionne de manière semblable à la dépendance à la cocaïne.) On se plaît, on s’aime, on jouit ensemble, alors on se « met ensemble »... (Ça me fait rire d’entendre des mômes de la maternelle dire qu’ils « sortent » avec un garçon ou une fille — ils sortent de quoi ?) Plus tard, si ça se trouve, on ne jouit plus ensemble, le désir est retombé — « preuve » qu’on ne s’aime plus — et donc on se « quitte »... Tous ces amalgames imposés par la vision idéaliste !

Onfray (p.160) reprend à son compte la pensée d’Ovide :
Les hommes et les femmes, quand ils disent aimer, aiment d’abord l’état dans lequel l’amour les met. L’être qui sert de catalyseur vaut comme cause occasionnelle et accessoire de la cristallisation, non comme cause efficiente. Avant tout, aimer, c’est aimer l’amour, désirer, c’est désirer le désir pour les extases induites, les transes connues, les troubles expérimentés.
Cette vision idéaliste est mise à l’épreuve dans les histoires de naissance, surtout chez les couples jeunes qui répondent au désir d’enfant alors qu’ils sont encore en plein dans la phase fusionnelle initiale. Philippe Brenot, un psychiatre-sexologue-anthropologue qui a écrit « Inventer le couple », dit que la phase fusionnelle initiale dure environ deux ans en moyenne... Une moyenne ne veut pas dire grand chose, et en fait j’ai plutôt l’impression qu’elle prend fin dans beaucoup de cas avec la naissance du premier enfant, que cette expérience ait été traumatisante ou non. En enquêtant auprès de femmes ayant vécu de belles naissances « sauvages », j’ai été sidéré d’apprendre que de nombreux couples s’étaient séparés peu d’années après avoir vécu cet événement... Michel Odent a fait ce constat après de nombreux accouchements à domicile (Is the participation of the father at birth dangerous?) et en vient au constat que la présence du père à la naissance peut mettre en péril le couple. Certes, mais cette « mise en péril » n’est-elle pas une nécessité, une occasion de remettre en cause les images toutes faites ?

Bien entendu, les traumatismes causés par les interventions médicales (causes de dyspareunies) ou ce dont a été témoin impuissant le père de l’enfant ne font qu’aggraver la crise. Mais je les vois plus comme des déclencheurs de quelque chose qui existe en amont, dans la tête de jeunes gens et jeunes filles abusés par les histoires de bergères et de princes charmants, même relookées dans les sitcoms pour ados... (J’adore « Friends », by the way.)

Le problème est que la crise conjugale vécue au moment d’une naissance est un sujet tabou auquel on n’est pas vraiment préparé — ça n’arrive qu’aux autres —, car la croyance dominante est qu’il faut arriver à « surmonter » l’événement, « réparer » quelque chose, « reconstruire » la relation, sous-entendu qu’on va réutiliser les mêmes matériaux, comme si on pouvait « recycler » les sentiments alors qu’on a tout simplement changé de peau. La femme s’en aperçoit bien en constatant que sa peau — sa silhouette — s’est transformée de manière irréversible, mais l’homme peut se boucher les yeux sur ce qui a changé en lui, dans sa « peau intérieure »..

Cette remise en question est souvent détournée par la priorité accordée aux problèmes de parentage et d’éducation, les soucis matériels des jeunes parents, les problèmes de fric, de logement, de choix de vie... Mais le fait d’en faire des « problèmes » et de s’y investir avec autant de sérieux n’est-il pas un moyen d’éviter des questions plus fondamentales ?

Pour ce qui concerne la dyade homme-femme — que je n’ai plus envie d’appeler « couple » ailleurs que dans sa fonction parentale — il y aura peut-être d’autres phases fusionnelles, pendant quelques minutes ou quelques années, mais je ne vois pas de modèle ni de recette. S’il existait une recette, on aurait tout intérêt à en revenir aux mariages arrangés... Du reste, la manière dont survivent un grand nombre de couples, qui croient encore à l’exclusivité amoureuse des contes de fées, me fait tout à fait penser à un mariage arrangé — au sens de « rafistolé »... :-(

Je pense qu’il serait utile de poursuivre la lecture de cet essai avec mon article « Le couple n’existe pas »
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Vendredi 2 septembre 2005 5 02 /09 /Sep /2005 00:00
Hier soir j’ai repris tous les textes de la série « A lire de bas en haut » dont la chronologie est importante. Les premiers textes apparaissent en fin de liste, je ne peux pas changer cette disposition. Et je ne peux pas non plus masquer les dates de création qui n’ont rien à voir avec les dates de mon journal…

Donc, au bas de chaque page vous trouverez un lien [Suite] qui ouvre la page suivante dans la chronologie. Il suffit de commencer au début : c’est ici !

Les textes des autres séries, notamment « Pensées en vrac » bien sûr, peuvent être lus dans n’importe quel ordre.

Quelqu’un m’a demandé s’il était difficile de créer un blog. C’est très facile, notamment sur ce serveur. On charge les textes en copiant-collant, pas besoin de savoir faire des pages web ! Alors, lectrices/lecteurs silencieux, je vous invite à créer vos propres fils invisibles, en miroir de ceux que j’aime filer chaque jour…

JL
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mardi 30 août 2005 2 30 /08 /Août /2005 00:00
Cousin, cousine… Les premières amours, souvent inavouées, premiers baisers parfois, souvent manqués, jamais oubliés.

J’avais dix-sept ans et une petite amie confite en dévotion qui vivait à des milliers de kilomètres. Encore puceau mais déjà libertin de cœur et de pensées ; ébloui, effrayé par les femmes, ignorant tout de leur vocabulaire amoureux.

Elle était belle, cette jeune fille qui venait me dire son mal de vivre sur le balcon pendant les repas de famille. Quelle bénédiction d’avoir une cousine ! Elle est restée pour moi l’emblème du désir interdit, d’une beauté qui serait là juste pour être contemplée — un objet d’art dans une galerie. Si vous avez besoin d’une image : je l’ai trouvé ressemblante à Jane, la compagne de Greystoke. Mais je n’étais pas Tarzan... :-(

Ce n’est pas seulement son corps qui me plaisait. Son regard, son sourire, sa voix. Bien des fois nous avons couru dans les foins, mon frère et moi, et les deux sœurs cousines, essayant de voler un baiser… mais jamais je ne serais allé au bout d’un tel crime. Alors, je contemplais ses lèvres pendant qu’elle parlait.

C’est une femme profonde, romanesque, rêvant d’espace. Je lui racontais mes virées en auto-stop dans le nord de l’Europe. Soupirs : quelle chance d’être un garçon, de vivre libre, de faire des études pendant qu’elle devra renoncer à ses rêves... hormis quelques voyages.

Mon dernier souvenir de cette époque (est-ce le dernier ?) : nous marchons ensemble dans une forêt au confluent de deux rivières. J.-P., mon copain de classe, est avec nous, mais je me suis arrangé avec lui pour qu’il nous abandonne après le pont. (C’est un « plan cousine » très classique, mais il continue à marcher.) Il va falloir que je me décide de lui dire que, euh, je l’aime, non, euh, j’ai envie d’elle, non, euh : « Ce serait bien que toi et moi on essaie une fois, pour la première fois, euh... » La rougeur de mon visage complète la phrase : je vous ai bien dit que je manquais de vocabulaire ! Elle se tourne vers moi en souriant, d’une voix très douce :
— « Mais voyons, Julien, tu sais bien que ça ne se fait pas entre cousins ? »
— ...

Je suis muet. Que répondre à de tels arguments ? Brrrr, dans une famille où le contact physique est quasi-inexistant, elle vient de dresser devant moi un tableau orgisiaque de noces incestueuses, où les cousins et les cousines s’entredévorent... La malédiction est sur nous !

Eh bien, chère cousine, je te répondrai aujourd’hui, car j’ai acquis du vocabulaire :
1) Ce qui ne se fait pas entre cousins, c’est de procréer. Du moins c’est risqué, disent les généticiens. Je ne t’ai rien proposé dans ce registre, donc tout est négociable.
2) Nous ne sommes pas cousins germains ! Merde, je viens de m’en apercevoir, le lien de consanguinité est entre nos grand mères.

Cricri, ma cousine, a sauvé sa vertu par la ruse. Elle a probablement évité beaucoup d’ennuis. A l’époque je ne savais rien sur les cycles de fertilité, et elle n’en savait peut-être pas assez pour éviter le pire. Le pire ? Je ne sais pas, après tout : c’était — c’est encore — une femme merveilleuse, et moi je serais devenu Tarzan.

Son sourire, son regard, sa voix, sa tendresse espiègle sont intacts. Il n’y a plus de foin chez la grand tante, et même la grand tante n’est plus, mais il reste toujours un baiser à voler pour le plus dégourdi.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 20 août 2005 6 20 /08 /Août /2005 00:00
Cinq ans ont passé depuis « La voie lactée ». En février, cette année, j’ai vécu une expérience éblouissante avec une femme, que j’espère être capable un jour de raconter. Entretemps, il y a d’autres choses que j’aimerais partager.

Chacune de mes étapes « initiatiques » (sans aucune connotation religieuse) contient les précédentes, et peut-être aussi, en germe, les suivantes. Je ressens une continuité, un « fil invisible », entre les fragments de ma vie intime. Mais cette continuité n’est pas postulée a priori.

Est-il est clair que je considère comme imposteurs ceux qui se prétendent les détenteurs d’un « enseignement » du « tantrisme » ? Ce mot a été inventé par les orientalistes puis récupéré par des brahmanes un peu pervers pour être exploité aujourd’hui par les gourous-thérapeutes. Le « Tantra » se vend bien aujourd’hui à travers les écrits, les stages et les pratiques sauvages… Mais lisez pour commencer « Tantrika: Traveling the Road of Divine Love » d’Asra Nomani, un parfait étalage du fatras de croyances chez les Occidentaux et les Indiens éduqués à l’occidentale… Asra montre, à son insu, que même la connaissance d’une langue indienne ne peut compenser l’absence d’esprit critique et de discernement.

J’espère montrer, à travers le récit de mon cheminement personnel, qu’il n’y a ni méthode ni maître, ni direction particulière… Alors, direz-vous, où se situe ma recherche ?

Comme tout être humain, j’aspire à réactiver en moi la conscience de la « totalité ». Dans une lettre à Sigmund Freud, Romain Rolland parlait d’un « sentiment océanique » pour désigner le retour à cette conscience que nous avons connue à l’état de fœtus. Il utilisait le mot « océanique » parce qu’un des multiples moyens d’y retourner serait de vivre une relation intime avec l’eau. Des passionnés du surf en témoignent. Adolescent, j’ai cherché quelque temps cet état dans des immersions très longues, jusqu’à ce que l’une d’elles m’expédie aux urgences…

Un des textes les plus intéressants, en tout cas le plus actuel, pour présenter de manière compréhensible cette conscience de la totalité, est un petit livre de Jean-Marie Delassus : « Les logiciels de l’âme ». L’auteur y explique comment les neurones associatifs du fœtus commencent à développer (lentement) leurs connexions pour aboutir à une configuration qui ne peut refléter autre chose que le monde dans lequel il vit : la totalité, l’indifférencié, l’intemporalité… Ce livre m’a passionné car il rejoint mes observations empiriques en leur donnant de la cohérence. D’autre part, il est très proche de ce que j’ai compris du shivaisme cachemirien.

La naissance est une révolution dans la conscience de l’enfant : cette conscience de la totalité vient se heurter à l’expérience de la dualité : dedans/dehors, chaud/froid, lumière/ombre etc. Elle serait refoulée dans ce que nous appelons le « subconscient ». Bien que cette conscience de la totalité ne mobilise plus l’intégralité de nos neurones actifs, cela ne l’empêche pas de demeurer intacte comme une image holographique qu’on aurait brisée en partie. Il en découle que la conscience de la totalité est en tout être humain, et que tout être humain qui a vécu sans perturbation les étapes suivantes de sa naissance psychique n’a de cesse d’y retourner. Nous vivons donc tous des extases, sauf que nous ne les reconnaissons pas comme telles parce qu’il n’y a aucune place pour cela dans notre culture.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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