Mardi 30 août 2005
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Cousin, cousine
Les premières amours, souvent inavouées, premiers baisers parfois, souvent manqués, jamais oubliés.
Javais dix-sept ans et une petite amie confite en dévotion qui vivait à des milliers de kilomètres. Encore puceau mais déjà libertin de cur et de pensées ; ébloui, effrayé par les femmes, ignorant tout de leur vocabulaire amoureux.
Elle était belle, cette jeune fille qui venait me dire son mal de vivre sur le balcon pendant les repas de famille. Quelle bénédiction davoir une cousine ! Elle est restée pour moi lemblème du désir interdit, dune beauté qui serait là juste pour être contemplée un objet dart dans une galerie. Si vous avez besoin dune image : je lai trouvé ressemblante à
Jane, la compagne de Greystoke. Mais je nétais pas Tarzan... :-(
Ce nest pas seulement son corps qui me plaisait. Son regard, son sourire, sa voix. Bien des fois nous avons couru dans les foins, mon frère et moi, et les deux surs cousines, essayant de voler un baiser
mais jamais je ne serais allé au bout dun tel crime. Alors, je contemplais ses lèvres pendant quelle parlait.
Cest une femme profonde, romanesque, rêvant despace. Je lui racontais mes virées en auto-stop dans le nord de lEurope. Soupirs : quelle chance dêtre un garçon, de vivre libre, de faire des études pendant quelle devra renoncer à ses rêves... hormis quelques voyages.
Mon dernier souvenir de cette époque (est-ce le dernier ?) : nous marchons ensemble dans une forêt au confluent de deux rivières. J.-P., mon copain de classe, est avec nous, mais je me suis arrangé avec lui pour quil nous abandonne après le pont. (Cest un « plan cousine » très classique, mais il continue à marcher.) Il va falloir que je me décide de lui dire que, euh, je laime, non, euh, jai envie delle, non, euh : « Ce serait bien que toi et moi on essaie une fois, pour la première fois, euh... » La rougeur de mon visage complète la phrase : je vous ai bien dit que je manquais de vocabulaire ! Elle se tourne vers moi en souriant, dune voix très douce :
« Mais voyons, Julien, tu sais bien que
ça ne se fait pas entre cousins ? »
...
Je suis muet. Que répondre à de tels arguments ? Brrrr, dans une famille où le contact physique est quasi-inexistant, elle vient de dresser devant moi un tableau orgisiaque de noces incestueuses, où les cousins et les cousines sentredévorent... La malédiction est sur nous !
Eh bien, chère cousine, je te répondrai aujourdhui, car jai acquis du vocabulaire :
1) Ce qui ne se fait pas entre cousins, cest de procréer. Du moins cest risqué, disent les généticiens. Je ne tai rien proposé dans ce registre, donc tout est négociable.
2) Nous ne sommes pas cousins germains ! Merde, je viens de men apercevoir, le lien de consanguinité est entre nos grand mères.
Cricri, ma cousine, a sauvé sa vertu par la ruse. Elle a probablement évité beaucoup dennuis. A lépoque je ne savais rien sur les cycles de fertilité, et elle nen savait peut-être pas assez pour éviter le pire. Le pire ? Je ne sais pas, après tout : cétait cest encore une femme merveilleuse, et moi je serais devenu Tarzan.
Son sourire, son regard, sa voix, sa tendresse espiègle sont intacts. Il ny a plus de foin chez la grand tante, et même la grand tante nest plus, mais il reste toujours un baiser à voler pour le plus dégourdi.
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