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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /Fév /2006 13:00
Elle écrit :
Repos et amour partagés
toujours un peu chose de se quitter
intolérable radio qui m’arrachait trop tôt à notre île déjà désertée
retour un peu automatique, l’auto connaissait la route
douce, limpide fatigue
flottement curieusement consenti
schéma de maîtrise abandonné, toute étonnée
encore une nuit de sept heures pour pas briser le charme
ce matin jambes allègres tête haute et cœur léger
guillerette face à la vie, prête pour le prochain tour
qu’elle ne manquera pas de me faire à sa façon
j’en ris d’avance
parce je veux me retrouver dans nos souffles et nos fluides
dans mes hanches portées comme une coupe allumée par ta langue
dans l’explosion mystérieuse de notre symbiose d’un moment
nous affirmer si tant vivants et tant aimant l’océan de vie traversé.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Dimanche 19 février 2006 7 19 /02 /Fév /2006 19:35
L’amante est arrivée trois minutes après la compagne. Elles se sont parlé dans le jardin, puis les trois sont rentrés pour se mettre au chaud. Étrange passage : on aurait dit une mère confiant son enfant à une baby-sitter, leur recommandant de partir vite car il se faisait tard, et de ne pas prendre froid sous la pluie… En réalité la compagne languissait de se retrouver seule pour écrire sur quelque chose de très beau qu’elle venait de vivre.

Au bout de trois cent mètres, l’amante s’est garée au bord du chemin pour boucler sa ceinture et embrasser le compagnon — que nous appellerons « l’amant » pour la suite de l’histoire. Ils ont envisagé d’aller au cinéma, mais on passe d’abord à l’hôtel ; le restaurant est fermé pour cause de rénovation ; on dépose ce qui sert de bagage (les amants se contentent d’une brosse à dents). Puis on s’assied sur le lit, on s’enlace, on s’embrasse, on s’effondre, on se dévore, les chaussures tombent au milieu de quelques vêtements, les mains deviennent folles sur un mamelon, une verge tendue au seuil de douleur ; les dents s’attaquent aux lèvres, aux langues et tout ce qui peut être mordu sur le bord d’un lit, sans prendre le temps d’éteindre le plafonnier. Encore des vêtements qui tombent et une couverture jetée à la hâte sur le dos de l’amante car elle a froid. Elle est morte de fatigue, elle a failli s’endormir au volant sur l’autoroute. Il faudra que je lui dise que c’est très dangereux et qu’il faut s’arrêter immédiatement, mais elle fait voltiger mon sexe entre ses doigts en le mouillant de salive ; quelle virtuosité ! Si elle insiste je vais laisser une trace sur sa belle jupe blanche.

La compagne sentait divinement bon, ce soir, et l’amante est déçue que ses huiles essentielles à elle ne soient jamais acceptées. Il y a une rivalité olfactive entre les deux femmes, et peut-être quelques molécules synthétiques pour fausser le jeu.

Scène suivante : ils sont au lit, l’amant s’est décidé à faire l’obscurité. Il n’est plus question de repas ni de sortie, d’ailleurs personne n’a l’heure.

Jamais ils ne sont allés aussi loin dans la dévoration des lèvres (d’en haut). Comment une femme peut-elle avoir une bouche aussi délicieuse ? Celle de l’homme aussi doit l’être, des femmes le lui ont dit. Puis les seins : morsures très fortes sur des mamelons roses comme ceux d’une adolescente ; elle crie de plaisir et mord à son tour l’amant pour le conduire au seuil de l’orgasme — je te pousse dans le vide ? — jusqu’à ce qu’il crie grâce.

Ensuite elle a pris le membre de l’homme pour l’agiter contre son bouton, le faire venir en elle et sur elle. Mais son sexe n’est pas très ouvert, l’homme se sent serré agréablement mais il a peur de lui faire mal. Elle est arrivée à un palier de plaisir et n’ira pas au-delà. Alors il ralentit progressivement, jusqu’à ce que son arbre devienne très souple, vide de désir, puis il se retire discrètement et s’allonge contre elle. Ils s’endorment immédiatement.

Sommeil difficile. Le matelas est trop mou pour des étirements qui soulageraient les dos. Elle s’est repliée en boule, il est allongé sur le dos sans la toucher, à rêvasser le sexe en berne.

Dans un rêve, Marie est allongée nue sur le sol de la chambre, éclairée par la pleine lune. Apparition féérique. Il retient son souffle, fait semblant de dormir, elle vient s’allonger contre lui, frotte un mamelon contre ses lèvres, prend son sexe à pleines mains et lui présente un jardin brûlant… Mais l’image de Marie s’efface. L’amante dort toujours en lui tournant le dos.

La lumière se glisse à travers les rideaux. Elle le regarde en souriant.
— J’ai eu très mal cette nuit, une sciatique qui s’est aggravée. J’ai besoin de repos, je fais trop de kilomètres.
Elle est allée se faire couler un bain. Il écoute les bruits d’eau. Il a déjà pris une douche, en pleine nuit, afin que leurs corps soient apprêtés à tous les menus de la gastronomie amoureuse. Elle revient, chaude et ruisselante, s’allonge nue et se laisse dévorer. Les lèvres d’en bas, cette fois, en donnant des coups de reins, car c’est elle qui pénètre, son sexe est devenu un arbre et réclame aussi des morsures. L’homme lui prête à nouveau sa verge pour qu’elle joue à la frotter sur le bouton diabolique. Il roule sur le dos, elle s’assied à califourchon, et je te frotte, je te crie de plaisir avec des grognements de chienne — que cette femme est bizarre — une fois, deux fois, trois fois… puis elle plonge le jouet en elle et lui donne un ordre : « Viens sur moi ! »

Il est venu sur elle. Cette fois elle était grande ouverte et l’a pressé de l’envahir profondément. Il a joui pour mettre un terme à ce ballet volcanique.

L’amante et l’amant sont restés longtemps accouplés, lui de nouveau dressé, elle un peu soulagée de sa sciatique. Ils ont dormi encore puis se sont levés. Elle lui a fait lire des pages de « L’art d’aimer » d’Ovide, ils ont disserté un peu sur les joies de l’infidélité. La réception les a appelés car il était midi.

L’amante a déposé l’amant en ville pour qu’il redevienne le compagnon, emmenant sur lui un mélange incompatible d’huiles essentielles. Le couple tranquille a déjeûné dans un restaurant thaïlandais pendant que l’amante redevenue compagne roulait rejoindre l’ami dont elle fête l’anniversaire.

Un dimanche ordinaire en famille.

[Suite]

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Samedi 11 février 2006 6 11 /02 /Fév /2006 11:30
Julien, 9h00
J’ai envie de te voir, de t’entendre
regards qui se croisent
complices d’une escapade — le plat du jour ? non merci…
pendant que quatre mains se cherchent aux quatre coins
de la table, et plus tard
enfin seuls
sur la nuque, un baiser trop attendu, envie de mordre
nos souffles entremêlés
le silence soudain
quand tes seins se pressent dans mes mains
pointes dressées entre deux doigts, je serre et j’aime le frémissement
de ton ventre qui dit oui
tes yeux qui se ferment sur l’innocence du plaisir
tes lèvres d’en haut, puis celles d’en bas, dans une vertigineuse glissade
les saveurs du désir au bord du volcan
et ton visage si beau, tête en arrière, paupières vibrantes sur un sourire
qui ose dire que tu t’aimes, enfin
dans ce moment où la vague te porte en triomphe
comme un char de défilé baroque à travers
une foule hurlant sa joie
et combien tu aimes la vie, et me fais signe de l’aimer aussi
en devenant coquillage
et moi vague prisonnière (complaisante) d’une plage lointaine
où je viendrai mourir dans un grand frémissement.
Catherine, 16h45
Ouahouuuuuuuu ! « Moi non plus », comme dirait Gainsbourg. […]
Attends moi si tu veux
Quand la tempête s'apaise, je ferai signe à nos prochains frémissements.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mercredi 8 février 2006 3 08 /02 /Fév /2006 00:19
J’ai écrit « Je l’ai tuée parce que je l’aimais trop » en retardant le moment de rappeler Patricia. Puis j’ai relu sur ce blog le récit de nos rencontres et les échanges de courriers qui condensent l’essentiel de notre « travail au quotidien » (« La voie de l’extase (1) » et suivantes) sur la peur de perdre et l’attachement. Je n’ai rien à ajouter ni retrancher aux impressions et sentiments exprimés dans ces textes, chaque mot me paraît avoir sa place.

J’avais besoin de me remettre au diapason avant d’entendre sa voix. J’ai donc attendu le dernier moment pour appeler, une fois mes collègues partis, mais elle n’était pas seule et nous avons convenu d’un rendez-vous à 21h00.

En rentrant il y avait, non pas de l’eau dans le gaz, mais de la fumée dans la cuisine : une casserole de riz oubliée sur le feu… Nous avons donc dîné peu avant 21h00, puis Aimée a senti le besoin de converser avec un ami qui ne va pas bien du tout. J’ai ouvert le clavier du piano et regardé les touches et les marteaux sans oser attaquer un prélude.

21h35, la ligne est libre, j’appelle.

Échanges de nouvelles sur le travail, les événements familiaux, la barrette mémoire sur son ordi. Nous savons bien que nous sommes là pour parler d’autre chose, mais il nous faut du temps pour retrouver les tonalités et les rythmes de nos conversations en forme de fugue. C’est la seule personne au monde avec qui je prends plaisir à parler au téléphone ; son accent y est pour quelque chose mais il n’explique pas tout.

Patricia (exit Iliana) reconnaît que nous nous sommes quittés de manière abrupte, de par l’envie subite d’ouvrir toutes grandes les portes et les fenêtres pour aérer nos esprits ; elle ajoute que, depuis cette date, elle n’écrit plus ; qu’elle sera heureuse que je lui renvoie ses anciens messages, car elle voudrait s’y remettre ; que nous devrions d’ailleurs écrire un livre à deux sur ces histoires de couple et de dépendance. Je lui réponds que je suis en plein dedans.

Elle a rencontré un homme peu après la mise en sommeil de notre relation. Ils ont fini par tomber amoureux, dans une totale dépendance, avec une distance géographique suffisante pour ne pas étouffer. Il essaie d’ailleurs de l’appeler pendant notre longue conversation, mais ce soir elle a ouvert une fenêtre longtemps restée fermée. Non, elle ne dira pas à Adrien qu’elle était en train de parler avec un « amant » ! D’ailleurs elle serait bien incapable d’avoir un amant dans cette période fusionnelle, mmmh, mais, bon, elle a quand même envie qu’on se parle et qu’on s’écrive, ce qui n’engage à rien.

Je ne suis pas surpris qu’elle m’ait appelé hier, alors que je suis dans une nouvelle phase de questionnement sur le couple (à la lecture de récits), ni qu’elle se repose les mêmes questions dans une autre relation. Il n’y a aucune télépathie entre Patricia et moi, notre relation est saisonnière et chaque année quelque chose de nouveau pointe son nez en janvier-février. Je sais — elle sait — qu’un nouveau « passage » nous attend et que nous sommes disposés à nous y aventurer.

23h45. Elle m’envoie des photos.

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Dimanche 5 février 2006 7 05 /02 /Fév /2006 12:33
Allegro ma non troppo

Les femmes sont arrivées à la même heure de deux directions opposées. À la fin d’une journée sans ADSL — le prix de l’isolement — j’étais peu enclin à la vie sociale. Elles non plus, trop épuisées pour de grands discours. J’ai improvisé un repas pendant qu’elles échangeaient des nouvelles d’un chantier de construction bioclimatique. Galettes de céréales, brocoli, algues et choucroute crue, drôle de mélange où il manquait certainement une teinte de rouge (du poivon mariné ?) et une pincée de tendresse (un filet de saumon ?), sans oublier quelques gouttes de citron. Difficile d’être au top pour plaire aux femmes. ;-)

Catherine est en tenue de soirée. Pas bourge, mais bon goût. C’est la première fois qu’elle nous accompagne à un concert, et elle a le sens de l’élégance. Son visage est de ceux, très rares, où j’aime apercevoir le trait d’un crayon ou une trace de rouge. Mais elle s’est aussi enveloppée d’huiles essentielles dont l’odeur ne tarde pas à occuper tout l’espace. Aimée est un peu tendue, préoccupée semble-t-il par un appel téléphonique. Elle décide de nous laisser partir seuls, malgré notre insistance ; elle m’avait déjà dit qu’elle ne viendrait pas si la fatigue était trop forte, qu’elle pensait que nous préfèrerions y aller seuls. Et puis, l’ADSL s’est remis à marcher, et elle n’est pas fanatique de Mozart. « Vous me raconterez ? »

Andante

L’inconvénient d’un concert privé est qu’il est difficile d’y accéder si l’on n’a pas noté le numéro de la maison. Nous avons fait presque toutes les portes cochères, mais c’est du tourisme puisque nous sommes en avance. Au fond d’un atelier de lutherie, un minuscule auditorium meublé d’un piano demi-queue. Dans mon souvenir, c’était une toute jeune pianiste qui venait jouer du Mozart, mais c’est une femme d’âge moyen, concertiste et professeur au conservatoire, qui nous présente des sonates en do majeur, fa majeur et la majeur, avec de courtes explications.

Je voulais comprendre pourquoi j’ai si longtemps été réfractaire à l’œuvre de Mozart, et je crois que c’est devenu clair. J’ai trop entendu jouer sa musique instrumentale de manière virtuose mais académique. (Il aurait été milliardaire s’il avait touché les droits d’auteur sur les sonneries de téléphones. Je hais les portables, leurs sonneries et encore plus leur dépeçage du patrimoine musical.)

Ce soir, bon public, bien entouré, je découvre qu’il y a du corps, de la sensualité derrière ce délire d’ornementation. C’est une musique libertine à écouter le sexe en berne, une main pressée sur la hanche de sa voisine. La pianiste a tout mis en œuvre, au-delà de sa maîtrise du répertoire, pour suggérer ce passage au sensible : elle est vêtue d’une robe noire qui dévoile entièrement une épaule — la gauche, que le public ne voit pas pendant son jeu. Cette exposition furtive du corps me paraît significative de son approche musicale.

Mes mains sont aux anges, elles rêvent de femmes et de claviers…

Dédé nous offre du bon cidre, ses commentaires pleins de finesse et un sourire orné d’un nez magnifique qui semble sorti tout droit de son atelier. Il nous parle de ses innovations sur la viole d’amour, un instrument bien nommé.

Presto agitato
— Aujourd’hui je me suis un peu parfumée. Tu aimes ?
— Non.
— … :-(
—Ce n’est pas ce parfum en particulier que je n’aime pas, mais la distance qu’il installe entre nous.
— Je sais, mais ce soir il n’était pas prévu que nous restions ensemble…
En effet, un kilomètre avant l’arrivée j’ai éteint le moteur et les phares au bord d’une route de campagne ; oublié de serrer le frein à main, pour un peu nous finissions la soirée dans le canal ! C’est une courte pause pour laisser courir un peu le désir, comme un chien qui aurait envie de s’ébattre. Elle me dit :
— J’ai vraiment apprécié cette pianiste, tu a vu comme elle investissait son corps dans le jeu ?
— Oui. C’est certainement très difficile de ne pas tomber dans le maniérisme, mais je lui ai trouvé une grande justesse.
Nous aussi, nous sommes là, dans une brève performance amoureuse au bord de la route déserte, sous une nuit glaciale, protégés par des couches de laine. Baisers en arpèges, pression du désir en accords brisés, encore quelques mouvements et nous y allons. Catherine repart chez elle malgré le sommeil.

Aimée fait son courrier avec la télé en marche, ce qui m’arrive aussi parfois. Nous allons dormir très tard. Avant d’éteindre elle me dit :
— Si je vous ai laissés partir seuls, c’est parce que je ne supporte pas son parfum. Je lui ai déjà dit, pourtant…
— Moi aussi.
— Elle fait ça pour éloigner les hommes !
— Tu crois ?
Il y a de la dissonance dans l’air, mais pas sur le mode de la rivalité. Les femmes virtuoses savent bien détourner le désir, il leur suffit de cacher au public une épaule nue ou quelques sentiments.

Mon sommeil a été encombré de figures féminines, inconnues aux visages familiers, qui venaient échanger quelques caresses à travers leurs gros pulls de laine, puis disparaissaient comme une variation efface la précédente. « Ah vous dirai-je maman ! »

Le matin, elle m’a pris en elle et toutes les femmes entrevues se sont retrouvées dans une explosion de jouissance.
— C’est curieux, tu te mets à sentir le miel quand on fait l’amour.

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Samedi 28 janvier 2006 6 28 /01 /Jan /2006 00:01
Midi. Je m’apprête à descendre boire un café quand le téléphone sonne : des gargouillis incompréhensibles en provenance de l’autre côté de la planète. Puis une voix, incompréhensible mais que je reconnais entre mille, celle de Séverine. Bon sang, qu’est-ce qu’il se passe ?

Je l’entends me remercier pour le colis d’Amazon qui par miracle est parvenu à destination… Pour les DVD, bon, il y a des chances qu’ils n’arrivent jamais mais ils feront le bonheur d’un postier. Sa fille est en pleine forme, on les entend rire ensemble entre deux crachotis.

J’ai le cœur gros d’apprendre qu’on ne la verra probablement pas cet été. Peut-être ferai-je un détour chez elle, sans prévenir, à l’occasion d’un voyage en projet ?

J’ai le cœur gros mais ça ne m’empêche pas de rire : je l’écoute assis sur une chaise bleue qu’elle connaît trop bien !

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Vendredi 27 janvier 2006 5 27 /01 /Jan /2006 23:18
Bien sûr, je n’ai rien lu à Catherine de ce que j’avais préparé.

La route était sombre hier soir. Les cinquante kilomètres qui nous séparent m’ont paru une éternité. Des flocons de neige fondue s’écrasaient sur le pare-brise pendant que la radio égrenait ses commentaires des élections en Palestine. Cris de victoire ou d’espoir des uns, souffrances à venir pour les autres, j’ai l’impression que le monde avance dans un brouillard qui ressemble à cette route vide. « Trois cent mètres après le grand magasin A, tourner à droite. » Ah, voilà leur enseigne lumineuse — je me demande ce qui se vend dans ce grand cube de béton. Au prochain carrefour j’ai failli rater le panneau et les guirlandes clignotantes. Une ancienne bastide transformée en motel typique-économique pour touristes étrangers et banquets de mariage ; la robinetterie est celle de la maison de mon enfance. Mais ces routiers sont sympas, ils donnent la clé sans qu’on ait à sortir une carte de crédit, et leurs prix hors-saison sont imbattables.

Assis confortablement devant un café dans la salle à manger encore vide, j’ai enfin le temps d’entreprendre la lecture du Canard. « L’US army étend ses opérations au Pakistan » : bref mais terrifiant. Et Ligérienne s’étonne de la morosité du jour ?

Pourtant, inutile de nier, aujourd’hui je suis heureux et j’ai de la chance : elle s’est annoncée pour dans vingt minutes. De fait, je l’attends sans rien attendre. Ma seule impatience du moment est celle d’un estomac vide depuis le réveil. La cuisine sent bon, tout près. Je contemple le désir côtés pile et face : celui du manque — vivement les pâtes fraîches — et celui de l’excès — toi, mon amie qui viens pour le plaisir. Mais plus les minutes s’écoulent et plus les forces s’équilibrent. Les odeurs ont calmé ma faim avec la promesse d’un repas, l’amante me comblera de sa présence jusqu’à demain sans que rien ne puisse nous déranger. J’étale mon journal sur la petite table. Des clients arrivent, jeunes couples, hommes en déplacement professionnel, ils me font penser à des figurants.

Nous nous sommes embrassés comme frère et sœur. Elle s’est vite assise en annonçant : « J’ai faim ». C’est la bonne réplique dans un restaurant. Je me disais hier que ce soir nous pourrions nous contenter d’une salade pour ne pas retarder la rencontre. L’inverse se produit, inévitablement : nous prenons plaisir à dîner en parlant de l’actualité et de nos multiples activités. J’aime le ton de nos échanges. Nous vivons dans des univers très différents, mais l’un n’essaie pas de tirer parti de l’expérience de l’autre, encore moins d’imposer la sienne. C’est un partage gratuit. Je suppose que c’est ce qu’on appelle une relation « entre adultes consentants ».

Deuxième café. Je reviens sur terre en me disant que le moment est venu ; au fait, le moment de quoi ? Il m’est impossible de penser que nous avons rendez-vous « pour faire l’amour ». J’ai oublié les sensations de l’intimité. La seule réalité est que ce restaurant va fermer et qu’il serait convenable de continuer la conversation (et plus si affinités) une centaine de mètres au-delà du parking. Le ciel est noir, la neige poisseuse frappe nos visages.

Chambre 8. Je suis assis face au grand lit en écoutant l’eau couler à côté. Quand le silence revient je vais la retrouver dans une baignoire brûlante, assis derrière elle. Enfin, je perçois l’odeur, la peau de son cou, tandis qu’elle frissonne de plaisir. Elle m’a souvent dit qu’elle ne pouvait pas résister à la caresse d’un pelage gris sur ses épaules. « C’est à croire que j’ai un deuxième clitoris, là ! » Première fois, ce soir, que nous évoquons quelque chose de sexuel.

Nous sommes restés longtemps ainsi, entre le plaisir du contact (un pénis qu’elle sent battre contre son dos, mes mains sur son ventre) et la privation volontaire de mouvement. Puis je suis sorti du bain pour la caresser, avec le jet d’eau, mes lèvres et mes mains, au seuil de la jouissance qu’elle ne franchira pas. Il se peut que, comme moi, elle n’aime pas les orgasmes arrachés par un jet d’eau chaude. Maintenant, j’ai envie qu’elle sorte. Elle sort.

Elle a mis les bouchées doubles avec ses lèvres. À mon tour de naviguer au seuil de la jouissance. (J’ai augmenté mon plaisir en pensant aux éloges de la fellation qui ont fleuri nos blogs, récemment, un peu comme si des lèvres amicales mais inconnues étaient venues butiner mon sexe.) Ensuite j’ai pris son bouton sur ma langue et j’ai aspiré. C’était plus fort que la fois précédente, l’impression de manger un authentique phallus qui prend racine à la racine du corps, comme un arbre à double tronc avec un trésor au milieu. Mes mains ont puisé dans cette joaillerie et je l’ai entendue crier, emportée par le torrent du plaisir. Mon arbre est allé dans la fournaise pour en cueillir les derniers spasmes. C’est alors je l’ai invitée à venir sur moi.

Elle a joui encore, je ne sais combien de fois. Quel merveilleux spectacle — malgré la pénombre, penser à une bougie la prochaine fois ! Mon arbre est devenu tendre et souple comme une liane, aussi caressant qu’une main amoureuse. À présent nous sommes immobiles avec l’impression que nos sexes ont fondu l’un dans l’autre. Ils sont comme deux mains serrées, complètement apaisées. Je lui en parle. Oui, elle aime sentir cette présence discrète en elle, caresse innocente qui évoque des jeux d’enfance. Mais, pendant qu’elle parle, je reprends conscience de la nature du sexe, et le mien se met à occuper une place plus « virile ». Elle m’invite : « Viens sur moi ».

Je prends appui sans la toucher, de sorte qu’il ne reste plus que deux sexes en contact, presque immobiles, et je sens le mien se déployer. Cet agrandissement démesuré, l’aspiration du trésor brûlant, le balancement doux de ses reins et le souffle de mon amante m’amènent à la jouissance. Elle m’a dit, tout à l’heure, pendant qu’elle était sur moi : « Quand je jouis, je sens une ondulation qui monte au sommet de ma tête et qui redescend comme une fontaine… » C’est aussi ce qui vient de me traverser : une grande vague de lumière, dans le noir d’une chambre sous un ciel obscur. Elle est annonciatrice de cet « orgasme de la vallée » que j’ai découvert il y a un an (« La voie de l’extase (7) »).

Ce matin, à 7h00, la réception a fait sonner pour nous réveiller. Je ne savais pas où j’étais, ni qui j’étais, ni cette femme près de moi. (La mienne ? Aucune n’est mienne !) Nous avons retrouvé nos esprits et frotté nos corps sous la douche. Pas le temps de déjeûner, la route est longue. Sur le parking couvert d’un manteau blanc, nous avons dégagé les voitures pour repartir dans des directions opposées.

Il m’a fallu deux heures pour parcourir cinquante kilomètres sur une autoroute zigzagante, en écoutant à la radio la suite des commentaires sur la Palestine.

29 janvier 2006

À la lecture de ce texte, elle me donne plus de précisions sur son ressenti :
La vibration toute lumineuse ondoyante et frémissante passe du sacrum à la fontanelle, de là je la récupère pour la faire aller se jeter comme une vague sur le sable de la plage, vers tel ou tel organe ou lieu du corps. Le taoïsme parle de ça.
Je réponds :
Ainsi dit, c’est plus proche de ce que tu m’as dit… Et aussi quelque chose qui me surprend. Au début, j’ai surtout vécu nos ébats comme une recherche de jouissance, purement dans l’intensité, ce qui aurait pu me lasser parce que lorsqu’on ne recherche que l'intensité il suffit d’aller vers la nouveauté, changer de partenaire, se nourrir de fantasmes. L’intensité est bien au rendez-vous, je m’amuse à compter tes orgasmes et je m’en offre volontiers. Mais autre chose s’annonce aussi, qui tient plus de la qualité que de la quantité. Ce que tu décris me paraît bien refléter cette qualité je sens venir aussi au moment de la jouissance. Le fait de se rencontrer fatigués a peut-être favorisé ce passage.
Elle m’a demandé des précisions sur « l’orgasme de la vallée ».
C’est quelque chose d’étrange de se retrouver baigné de lumière alors qu'on a perdu jusqu’à l'érection. L’impression que c'est un autre corps qui rencontre un autre corps. Je ne m’attendais pas à ce que toi aussi tu m’amènes vers cette sensation...

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Mardi 24 janvier 2006 2 24 /01 /Jan /2006 01:53
Hier, premier soir de l’année, moment de répit entre deux urgences, où nous installons la loveuse et le projecteur pour visionner le film « J.F. partagerait appartement » (Single White Female) de Barbet Schroeder, diffusé sur M6. Ce film est drôle, érotique, tendre… Quoique, euh… Plus l’intrigue avance et plus nous ressentons un malaise grandissant entretenu par le magnifique jeu de Jennifer Jason Leigh.

Elle est trop parfaite et trop présente. Oui, trop présente. Après le dénouement, du froid dans le dos, puis Aimée rompt le silence et nous découvrons que nous avons été chamboulés par la ressemblance du personnage de Hedy avec une même personne de notre entourage.

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Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Dimanche 22 janvier 2006 7 22 /01 /Jan /2006 16:47
Dans mon journal asiatique

Amanda chante d’une voix profonde, yeux fermés, le regard plié à la recherche de quelque vibration originelle. Elle danse aussi, en vraie courtisane orientale. J’aime l’entendre converser en italien avec Grietje. Je fais semblant de comprendre mais ces deux chipies jouent à me confondre. Je voudrais que Grietje aussi me parle italien quand elle me fait l’amour, mais elle finit toujours sur « Oh Julien, now you come, I’m high ! » qui évoque son boyfriend des années parisiennes.

Amanda aime la musique, les hommes et le parmesan. Tout ce qui rend la vie belle. « Une pouffiasse », dit Joseph, qui se nourrit d’œufs frits et d’alcool frelaté. Elle représente pour moi « la femme libre » qui ne s’encombre pas de préceptes moraux. Je fais partie de son bestiaire de mâles toujours prêts à une petite aventure. Joseph aussi, mais elle n’a rien envie de lui proposer.

Il nous est arrivé d’être seuls à deux, sans préméditation, et d’en profiter pour échanger des caresses sensuelles. Parfois, même, nous avons dormi dans le même lit, car elle loge chez les uns et les autres, avec ses petits moyens d’artiste nomade. Elle surveille la pasta, Grietje prépare la sauce et je râpe le fromage. Le charme secret de la polygamie.

Sans trop savoir pourquoi, nous n’avons jamais vraiment fait l’amour. Une nuit, elle est venue chez moi et j’ai senti qu’elle voulait aller un peu plus loin. Il y avait urgence car le lendemain j’allais m’absenter pour plusieurs mois. J’aime son corps, sa peau laiteuse, taillefine Gervita, ses hanches larges et ses petits seins aux pointes vives. Ses lèvres humides d’huile d’olive et de musique. Ce soir c’est le grand soir : caresses, désir, accouplement. Et puis… rien. Pas d’ébullition, la sauce ne prend pas.

À l’occasion d’une fête dans une petite ville voisine, nous étions nombreux à dormir à même le sol d’une chambre exigüe. Grietje rentrait de voyage et nous n’avions pas encore eu l’occasion d’être seuls. Elle s’est allongée près de moi. De l’autre côté, il y avait Amanda, puis Aimée, John et d’autres touristes. On entendait quelques mouches voler. Que faire ? Ma main gauche s’est discrètement posée sur le ventre de Grietje et la sienne sur moi. Tout en faisant mine de dormir, la tête dans les étoiles dans un silence chaste, je l’ai caressée, elle m’a pétri et nous avons joui en même temps, raides comme des momies. Personne n’a rien remarqué. Sauf Amanda, bien sûr.

Une autre fois, Amanda est venue dîner chez Grietje, accompagnée de Sam, un jeune cadre bancaire qui rêve de s’émanciper mais n’ose pas aborder les Européennes. La soirée est assez débridée, je crois que nous avons bu plus que convenable pour cette chaleur torride. Il se fait tard. Sam ne peut rien proposer d’autre que de rentrer chez lui. Nous le laissons prendre son taxi avec un léger sentiment de pitié. Puis nous allons dormir. L’appartement est vaste mais nous choisissons de partager un tapis moelleux dans la salle de séjour. Nos corps sont habillés de rayons de lune. Amanda à ma droite, Grietje à ma gauche. Amanda tournée vers moi, les yeux luisants et la taille légèrement cambrée. Caresses. Elle ne tarde pas à venir sur moi, m’enfourche et plante mon arbre tout droit dans son jardin tropical. Lascive et triomphale, elle pose un regard sur Grietje. Je ne sais pas si Grietje a réagi car mes yeux se sont fermés : je suis devenu sexe, cobra charmé par une musicienne qui sait le maniement d’une baguette d’orchestre. Mes mains sont posées tranquillement sur ses cuisses et je n’ai plus envie de la toucher avec autre chose que mon lingam. Elle me baise magnifiquement ; cette fois je vais jouir en elle. Soudain, Amanda suspend sa danse de sorcière, se délivre, puis je sens une nouvelle volupté m’envahir car elle vient de me prendre dans sa bouche, d’une seule bouchée jusqu’à la garde. Ses lèvres si tendres. J’imagine qu’elle savoure en même temps les fluides de son désir à elle et la bave du serpent. J’aimerais goûter ce mélange mais elle ne m’en donne pas l’occasion. Elle me dévore avec assiduité. Mon venin ne tarde pas à couler abondamment sur sa langue ; je gicle en silence comme si j’avais peur de réveiller Grietje. Puis je vais à la rencontre de ses lèvres et je plonge cueillir un peu d’onctuosité marine. Les fluides se dissolvent lentement sur nos papilles pendant que nous revenons à la vie ordinaire, sur un tapis du 19 Golf Links.

Ensuite j’ai dormi et perdu tout souvenir du réveil. Nous en avons reparlé un autre jour. Amanda reconnaît que ce soir là elle était très excitée.
— Tu avais tellement envie de Sam ?
— Mais non, imbécile, c’est Grietje que je voulais !
En fait, elle n’a pas osé s’approcher de Grietje par crainte d’un refus. Je n’ai pas reparlé de cette soirée avec mon amante. Peut-être dormait-elle, ou bien s’est-elle amusée à regarder son middle-aged man se faire bouffer la queue par la belle Italienne ?

Amanda avait sans doute renoncé à Grietje mais pas dit son dernier mot. Elle s’était liée d’amitié avec Gina, une amie autrichienne de Grietje qui vivait seule et l’hébergeait de temps en temps. Gina était une vraie blonde avec de grands cheveux bouclés, qui aurait pu servir de modèle aux vamps des bandes dessinées. Il m’est arrivé de faire l’amour avec elle. Elle avait ceci de particulier qu’elle détestait la dépendance dans laquelle la maintenait la fringale de son sexe. Elle m’étalait donc par terre comme de la pâte de strüdel pour embrocher le mien, avec une sècheresse telle que j’ai cru au départ qu’elle se sodomisait, puis elle m’encourageait en criant : « I hate you ! » Une fois, pendant ses règles, elle m’avait présenté son cul pour que je jouisse en elle, s’excusant de ne pas être très sensitive on that side. Un matin encore, alors que je venais à peine d’enlever mon casque, sur la terrasse devant sa porte, elle m’avait glissé « I want to kiss you here » et, sans plus de formalité, entrepris une… (comment vous dites ?) « fellation ». Ce ne sont pas des choses à raconter à nos petits enfants. Mais, quand j’y repense, Gina était de ces femmes qui me faisaient peur en montrant une énergie sexuelle bien supérieure à ce que je pouvais « gérer » à l’époque. Je refusais de lâcher ma putain de maîtrise, ce côté bourrin donneur de sperme et donneur de leçons. Alors, pour m’en protéger, je la traitais comme une clitocrate insatiable. Une fois que je la serrais un peu dans sa cuisine, elle avait attrapé mon arbre dressé en disant « you only think about sex with women », mais ce n’était pas pour lui déplaire.

Je reviens à Amanda. Un jour, elle avait dîné chez nous et n’était pas restée dormir car nous avions John en visite. Je l’avais donc trimballée à mobylette chez Gina et quittée sur un baiser fougueux en lui recommandant d’être sage. Elle devait revenir chez nous le lendemain matin, je ne sais pour quelle raison.

Nous avons attaqué le petit-déjeûner sans Amanda. Comme John, bien élevé, s’étonne de ne pas la voir revenir, je lui explique sur un ton connaisseur qu’il est difficile de quitter Gina après une nuit torride. Aimée me reproche d’avoir l’esprit mal tourné : « M’enfin, Amanda c’est pas son truc ! » Quelques minutes plus tard, la courtisane débarque, nous offrant de ses lèvres un large sourire et son plus bel accent italien :
— Sorry to keep you waiting, but, you know, it’s so good to make love with a woman. Ah… !
— I fully get your point and I approve your choice.
Notre ami est resté bouche bée. Pas pour longtemps, car le soir même Amanda a préféré dormir chez nous et c’est son tour de passer à la casserole.

J’aurais aimé une soirée en compagnie des deux louves mais l’occasion ne s’est jamais présentée. Je n’aime pas créer des occasions. Dans « Quintessence du désir » je raconte une autre occasion râtée.

À cette époque (la vie postcoloniale avant l’arrivée des machines à laver japonaises) nous avions embauché une jeune femme pour la lessive, les commissions et la préparation du repas de midi. Bami était heureuse de travailler pour des étrangers — une occasion rare car elle ne savait pas un mot d’anglais — et de bénéficier d’un meilleur traitement à tous les sens du terme. Originaire du bas de l’échelle sociale, elle élevait deux enfants aux côtés d’un homme qui aimait un peu trop la bouteille. Aimée et moi l’avions encouragée à abandonner tout signe de révérence et à s’exprimer ouvertement, ce qui ne manquait pas de scandaliser nos voisins. Et, encore, s’ils l’avaient vue entrer chez nous, au petit matin, pour mettre du pain à griller pendant que nous dormions, toujours nus et découverts en saison chaude, amoureusement enlacés… Je voyais qu’elle nous regardait, furtivement, et qu’elle frissonnait de plaisir. Bami était jolie mais jamais je n’aurais osé l’inviter dans notre cercle ; même avec son plein consentement je me serais senti en situation d’abus.

Amanda n’avait pas autant de scrupules. En notre absence, pendant quelques semaines, elle avait gardé la maison et Bami était restée à son service. À mon retour, Amanda m’avait expliqué que, n’ayant pas besoin de Bami pour ses repas, elle avait troqué ses services de cuisinière contre des séances de massage. Elle en avait bien sûr profité pour enseigner à la jeune intouchable les voies de la sensualité. Bami nous regardait, d’un œil luisant de complicité, mais je n’ai pas osé suggérer que nous fassions ensemble le point sur ses nouveaux talents.

Il n’y a pas longtemps, John et moi regardions une cassette vidéo de cette époque. J’ai perçu chez lui un léger trouble quand Amanda est apparue sur l’écran.
— Hey John, you remember Amanda, don’t you ?
— Er, well, yes of course… But what about you, man ? I believe you had an affair with that what’s-her-name Austrian girl ?
— Well. Grietje ? Mmmh…
Décidément, une éducation victorienne peut fermer pas mal de portes. Il faudra peut-être que j’embauche ce brillant professeur pour publier (à l’insu de sa femme) mon journal intime en anglais.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mardi 10 janvier 2006 2 10 /01 /Jan /2006 01:04
Parfum de retrouvailles. Iliane-Patricia m’a écrit :
Me voilà, je suis un peu à la ramasse.
Cette fin d’année très lourde en émotions variées et diverses. Ouf c’est passé, j’ai juste besoin de remettre le pied à l’étrier.
J’ai reçu un livre coquin. Tu ne perds pas la main dis-donc ;-)
Je le lirai un tout petit peu plus tard, je pars à Paris demain [...]
Je t’embrasse et vais faire ma valise.
À plus tard, quand c’est plus calme.
Iliane
Elle a titré son message « Bonne année vieux loup » — la première fois qu’elle me désigne ainsi. Quand au « livre coquin », pour en connaître le titre, il faudra me passer sur le corps. ;-)))

Je savoure ces cycles de rencontres, ruptures, sommeil, résurgences. Si la vie est un long fleuve tranquille pour certains, j’aurais plutôt un faible pour les tourbillons.

Bientôt, au téléphone, sa voix, son accent qui sonne le vent… Le loup est en fête.

Parfum de voyage.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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