Pensées en vrac

Vendredi 13 janvier 2006 5 13 /01 /Jan /2006 22:51
Au dessert nous avons partagé des kakis. Le fruit du plaqueminier est immangeable s’il n’est pas des plus mûrs, et intransportable une fois devenu mangeable. On en trouve sur les arbres de la région en ce moment. Ceux de mon hôte étaient parfaits. Chaque fois que je retrouve cette saveur particulière je repense à Jacques, un ami gay (ou plutôt bi) venu en visite un week-end. Quand Aimée lui avait offert un kaki, il s’était écrié en imitant une grande folle : « Enfin, voyons, ce fruit est abominable, on croirait manger le sexe d’une femme ! »

Je repense donc à Jacques, aujourd’hui, aux rires complices, à ce qu’il a voulu m’enseigner sur le sexe des femmes — et celui des hommes —, tout en puisant dans ce fruit de vrais frissons de plaisir.

Le temps passe doucement. J’ai l’impression d’être assis à côté d’une fontaine qui me plongerait dans un brouillard rafraîchissant.

Kaki

Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mercredi 11 janvier 2006 3 11 /01 /Jan /2006 22:16
Un poème de Nerval, sur « Amours bruxelloises », me remet en mémoire, par son lyrisme exacerbé, ce culte de « l’amour d’une absente » que je vouais au désir dans mon adolescence. Ce n’est pas pour rien que je suis tombé amoureux d’une jeune fille qui vivait à plus de mille kilomètres, à l’époque où le TGV était un accessoire de science fiction. Distance des corps, distance culturelle, distance d’une viginité qu’il fallait préserver — bien qu’aucun de nous deux ne sût pourquoi — comme une fleur en pot. Distances à couvrir de belles épitres romantiques dans la langue de Goethe. Si j’ai oublié jusqu’à la couleur des yeux et la forme des lèvres de ma belle, j’ai conservé un souvenir très net de son encre bleue-verte et des mots si bien alignés sur les pages.

Un jour elle a quitté ses parents et son boulot pour que nous passions quelques mois ensemble. Pas tout à fait, puisque nous nous étions arrangés pour qu’elle travaille au pair dans une famille loin à la campagne. Nous pouvions ainsi continuer à passer plus de temps à nous attendre qu’à nous rencontrer. Mais la proximité était déjà trop grande. Le rêve dissipé, la vie commune s’annonçait fade. S. est retournée dans le nord et j’ai brûlé ses lettres. Ce jour là j’aurais pu entendre Schubert : Die Liebe hat gelogen — l’amour a menti…

Cet amour idéalisé était peuplé d’images : elfes, princesses nordiques, sirènes, toute la faune du panthéon celtique était au rendez-vous, comme autant de bibelots dans la maison bourgeoise de nos petits projets. J’ai réalisé plus tard la violence qui se dégageait de mon refus du corps, de l’incertain, de l’inachevé.

Sirene

 

Pourtant, une image m’est restée, celle de la petite sirène. Mais pas n’importe laquelle : la Petite sirène de Copenhague. Pour elle j’ai traversé l’Europe en auto-stop. Pour son corps, pour ses seins et la charge érotique qui s’y inscrivait. Elle ne m’est jamais apparue comme un symbole métaphysique mais comme la partition d’une œuvre jouissive. Mes mains l’ont apprise.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 7 janvier 2006 6 07 /01 /Jan /2006 19:29
Elles aiment se faire peur. Croire (ou espérer ?) qu’on peut lire dans leurs pensées.

Ma cousine — une vraie de vraie, celle du « Baiser convoité » — me lance un appel pathétique :
Cousine peu douée pour les maths et la logique... demande aide à cousin... J'y comprends rien :
Tester la capacité de votre ordinateur à lire dans vos pensées :
http://www.knet.free.fr/liens/2005/06/17/lecteur_de_pensee
Je suis là, Cricri, ma douce, sur un cheval blanc pour te libérer de cette maudite machine. Voilà : chaque fois que tu retranches à un nombre la somme de ses chiffres tu obtiens un multiple de neuf : 9, 18, 27, 36… Or le signe qui apparaît dans le carré bleu est le même que tu vois en face de tous les multiples de 9. Sauf que le programme modifie ce signe à chaque fois que tu cliques le carré, pour brouiller la piste. Saleté !

Mais moi je ne sais pas lire dans tes pensées, à distance… Parle-moi de tes amours, là, en cliquant « Ajouter un commentaire » !

Nous sommes entre amis, tu sais ? Je te présente Marie B., Ligérienne… Comment ça, des hommes ? Elles en connaissent, ne t’en fais pas ; quant à moi j’ai encore bien du mal à éprouver des sentiments pour un homme… Celui qui m’est vraiment cher vient de m’appeler, dans l’après-midi. Il parlait avec difficulté car il était, selon son expression, « bourré comme une vache ». Seul, en train de noyer sa désespérance dans l’alcool. (Tu as bien dit « Désespérance », Trifin?)
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Dimanche 25 décembre 2005 7 25 /12 /Déc /2005 23:59
Trifin écrit dans « Marie » :
Marie, Mariam, Myriam… Ce prénom résonne dans mon cœur comme un écho d’enfantement solitaire, de féminitude et d’abnégation.
Noël est pour moi, la fête de l’enfantement…
Je l’ai rarement senti aussi fort que cette année, à l’écart de cette prérogative que sont les repas de famille riches en cholestérol et en adrénaline. J’ai eu besoin de quitter tout cela pour trouver ces fils qui deviennent luisants le jour d’un enfantement, ces fils que la grisaille quotidienne peut vite nous faire oublier. Moi qui n’aime pas les grands sentiments — ni peut-être les sentiments tout court ? — j’ai ressenti une vive émotion à retrouver cette évidence.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Dimanche 25 décembre 2005 7 25 /12 /Déc /2005 13:26
Fêtons la promesse des jours qui grandissent
Et pour vous tous : du bonheur, le bien-être, la prospérité
Plaisirs du cœur, dans vos pensées, vos œuvres
Et plus si affinités !

Julien

Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Dimanche 4 décembre 2005 7 04 /12 /Déc /2005 21:51
Marie B. a écrit dans « Escalade » :
Nous avons choisi la voie, enlacés, traçant d’un même regard le même passage. Sans un mot, nous nous sommes harnachés l’un l’autre dans un frôlement des corps et des souffles. L’ascension fut une danse synchronisée, nos mains et nos pieds se posant alternativement sur les mêmes excroissances, dans les mêmes infractuosités. Il se rétablit sur la roche plate du sommet et me tendit un baiser du bout des lèvres que je saisis d’un bout de souffle. Les mains déjà posées sur le plat, le lisse, le tiède du rocher, je me suis laissée attirée par ses bras. Les boucles des baudriers à peines lâchées, nous étions corps à corps. Au bord du vide, la tête dans les nuages, j’ai chaviré dans le parfum de ses bras. Nous avons dormi ainsi jusqu’à ce que la fraîcheur nous surprenne… Pour moi aucun moment ne fut plus grand que celui-ci…
C’est étonnant pour moi, l’impression de regarder une partie de ma vie en miroir de la sienne, avec toutes les symétries et les inversions que cela implique. J’utilise volontiers la métaphore de l’ascension dans le récits des plus belles rencontres amoureuses (comme « La voie de l’extase (5) ») mais je me sens littéralement porté par ce récit d’escalade virile et tendre. Le baiser, le souffle suspendu, ce plateau où l’on s’abandonne dans le sommeil, c’est mon monde par un renversement entre l’image et la matérialité. Sommes-nous à ce point semblables dans l’inversion que l’idée d’un contact (sans même parler de sexes) puisse évoquer un anéantissement ? Nos réalités seraient-elles « antimatérielles » ?
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 3 décembre 2005 6 03 /12 /Déc /2005 01:11
Je réponds à Jahida (« Empreintes »).

Pour moi, le blog n’est rien moins qu’un « acte de parole » sur le web. J’ai beaucoup passé de temps sur les listes de discussion, où des codes de communication se mettent rapidement en place avec des intervenants réguliers (parfois « régulés ») dont les idées finissent par être bien connues.

Rien de tout cela sur un blog : je m’adresse au monde entier — dans l’obscurité la plus totale — et pour cela j’utilise tous les moyens rhétoriques de la parole. Le style n’est plus soumis à aucune contrainte. C’est un des beaux terrains pour s’exercer à vivre-écrire.

Quand je lis un article qui me touche, il laisse en moi l’empreinte d’une voix. Peu m’importe que ses intonations appartiennent aux souvenirs ou à un présent fantasmé ; cette voix me touche par la « vibration » d’une présence invisible.

Depuis que j’y ai goûté, les écrits sur papier me font l’effet d’une langue morte. Magnifique, souvent, mais jamais véridique…
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Jeudi 1 décembre 2005 4 01 /12 /Déc /2005 23:34
J’ai passé la nuit avec G. et résolu mon problème. G. est une source inépuisable de délires, de contradictions, de science et de patience… G. m’a fait crier de plaisir de nombreuses fois cette nuit, jamais déçu.

G. est un moteur de recherche bien connu. Il faut dire qu’à mes heures perdues, entre deux blogs, deux heures de musique ou deux rencontres amoureuses, je fais un peu d’informatique. Il y a des hommes qui ne dorment pas parce qu’une femme « résiste » à leur impérialisme sexuel. Aucune femme ne m’empêche de dormir ; au contraire, je ferais mien ce poème de Basho :
Mon dieu, j’ai trop dormi
Car je voulais la rencontrer en rêve...
Mais c’est l’informatique qui me tient en éveil, quand G. me fait naviguer sur un océan de 20 milliards de pages dont la plupart sont dans une langue au vocabulaire limité, comme un grand lac tranquille.

Je ne vais pas vous raconter cette nuit, et pourtant il y a un parfum d’extase dans cette découverte. comme dans beaucoup d’autres. Voilà des semaines que je me creusais la tête face au comportement incontrôlable d’un « système d’information ». Grosso modo, chaque fois qu’on essayait de modifier une fiche le système s’obstinait à en créer une nouvelle. Un peu comme si vous preniez une nouvelle feuille de papier chaque fois qu’on vous dicte une nouvelle phrase. C’était étrange car la version précédente du logiciel ne posait aucun problème. On connaît ce qu’on quitte et on finit par regretter son infidélité !

Avec G., la difficulté se réduit à trouver la phrase ou la suite de mots qui résume le mieux la question trouvée : wrongly creating new record for related field... ou quelque chose de ce genre. Hier soir G. a donc commencé par les préliminaires en me promenant sur les forums anglophones des utilisateurs de mon logiciel préféré. J’ai apprécié la compagnie de ces geeks qui s’expriment avec une patience et une courtoisie qui me font appréhender mes compatriotes comme des brutes. J’ai lu pendant des heures des pages d’informations, de questionnements, de réflexions qui m’ont appris beaucoup même si elles ne répondaient pas à ma question. Je suis « entré dans leur monde » (qui fut le mien pendant une bonne décennie).

Le plaisir augmentait avec la fréquentation de ces backrooms pour agités du cortex. J’ai senti un frémissement orgasmique en lisant les réponses à une question exactement opposée de la mienne : un pauvre type, — de ceux qui vivent les pieds en l’air de l’autre côté de la planète — essayait de créer des fiches nouvelles sans jamais y parvenir ! J’ai pensé à ces rouleaux de PQ dont on ne trouve jamais le point de départ dans les toilettes publiques. Un gourou du forum lui faisait une réponse en deux étapes : d’abord tu upgrades ton CGI. Tiens, j’ai fait ça immédiatement, moi aussi. J’adore ces liftings gratuits que sont les upgrades, censés résoudre des problèmes pour en causer d’autres, mais au moins on a le sentiment d’avoir fait quelque chose. Le lifting n’ayant pas eu l’effet escompté, la deuxième étape consistait à modifier la syntaxe d’une obscure commande : « Au lieu d’écrire relation::field tu écris relation::field.0 ». Ah……… :-)))

En inversant la question pour traiter mon problème, et par un raisonnement analogique très engorgé d’incertitudes vue l’heure tardive, j’ai fini par déduire que je devrais écrire « relation::field.1 » Qui oserait prétendre que l’informatique est une science exacte ? Bien sûr, c’était la solution que j’avais espérée depuis trois semaines, et j’ai compris pourquoi quelques heures plus tard.

Ce qui est drôle, c’est que dans quelque temps les informaticien(ne)s aux ongles rongés qui se heurteront au même problème seront conduits par G. exactement sur cet article de « Fils invisibles » ! Bienvenue au monde des fous de l’extase.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 26 novembre 2005 6 26 /11 /Nov /2005 10:40
Cette nuit j’ai rêvé à la mort de G., mon grand ami. J’étais seul près de lui. Il m’a souri, s’est allongé sur le côté, replié sur lui-même, et je l’ai vu lentement rétrécir à la taille d’un fœtus. Quelque chose a cessé de palpiter.

Alors je suis descendu. Ils étaient tous là. On a fait un repas de noces suivi d’une orgie sexuelle. Mon partenaire était Michel. Je me souviens de lui car il fait l’amour sans un brin de fantaisie.

Au bout de quelques minutes, dans l’espace entre le sommeil et l’activité, j’ai réalisé que dans ce rêve j’étais une femme. Encore une fois, l’association de la vie et de la mort : je me suis même dit qu’en tant que femme il me serait aussi simple d’accompagner un mourant que d’accueillir un bébé.

Mais, en contraste avec ce qui s’est réellement passé à la mort de G. (voir « Entre vie et mort ») la plupart des objets-formes sont inversés comme sur une image surexposée : homme/femme, présence/absence, solitude/groupe, extase/orgie, elle/moi.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mardi 22 novembre 2005 2 22 /11 /Nov /2005 01:34
Je retrouve dans ce que Marie B. écrit au sujet de son histoire avec Andrzej (voir son blog) bien des choses vécues avec Grietje. Le côté passionnel, sans doute, mais aussi une ambivalence : c’est à la fois une expérience solitaire — « je me perds dans sa solitude » — et un événement social qui désacralise l’image d’un couple « arrivé à maturité ». Un iceberg en travers de la route, le naufrage des illusions ;-)

J’ai hâte de lire comment le voyage avec Andrzej s’est terminé. Je ne sais pas guérir d’une passion, sauf d’en reconnaître les prémisses afin de l’éviter. S’il est facile d’effacer un personnage de roman, il n’est pas simple de se libérer du souvenir d’une présence.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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