Sexe

Dimanche 2 octobre 2005 7 02 /10 /2005 00:00
En découvrant le blog « Emois solitaires » de Marie B., je me suis demandé quelle sorte de pudeur — ou de refoulement — me retenait de partager le souvenir des émois de l’enfance. Je vais profiter de l’émulation « vas-y en premier, je continue » qui a aussi été la sienne…

Mon premier souvenir est très ancien. Ma mère étant dépressive, une jeune bonne avait été engagée pour prendre soin des enfants. Elle avait vingt ans, on l’appelait Mimi. Après son service chez mes parents elle est devenue boulangère. C’est court mais suffisant pour l’histoire… J’avais moins de deux ans, certainement. Elle m’avait allongé sur le ventre, talqué les fesses, et me donnait de gentilles claques tandis que je riais à pleins poumons. Tout ce dont je retiens de ce moment fugace est une sensation jouissive, très « sexuelle ».

Il se peut que ma réticence à raconter ces jeux « innocents » vienne de la peur d’induire la croyance qu’ils auraient laissé en moi une empreinte obsessionnelle. Il y a des hommes qui théâtralisent leurs souvenirs en demandant à une partenaire sexuelle de les langer et de les barbouiller de talc. Cela m’est totalement étranger. Mimi ne m’a pas inculqué l’envie de claques sur les fesses — était-ce que parce que ma mère nous menaçait de fessées sans jamais passer à l’acte ? Tout ce que je retiens d’elle est un amour inconsidéré des boulangères : neuf fois sur dix je les trouve aussi craquantes que le pain qu’elles tendent avec des mains blanchies par la farine.

Quand j’étais étudiant, je suis souvent passé à vélo devant la boulangerie de Mimi, mais je n’ai jamais osé m’arrêter.

La sexualité de l’enfance, c’est me semble-t-il la découverte du plaisir d’être touché intentionnellement par un(e) autre. Je n’ai pas de souvenir de cet ordre quand, avec nos cousines, ayant essayé tous les chapeaux des invités au repas de Noël, quelqu’un lançait l’idée de « jouer au docteur ». Je crois que nous ne sommes jamais allés plus loin que la proposition, car nous étions des enfants sages et bien élevés, après tout.

La première fois que j’ai ressenti ce plaisir était avec une vraie doctoresse, à l’âge de 11 ans. Les visites médicales scolaires comportaient un examen des parties génitales. Les premières années, je trouvais cela très désagréable, et certains de mes camarades de classe étaient vraiment anxieux avaant la visite : « Alors, elle la gratte ? » Mais, cette année là, quelque chose a changé, car le petit appendice que j’aurais voulu cacher à l’intérieur de mon ventre a réagi de manière naturelle. Une fois emprisonné entre l’index et le majeur de la grosse dame en blouse blanche, il a pris son envol et s’est fièrement déployé pour affirmer sa présence. La main a bougé un peu ; je pense que la dame grassouillette ressentait du plaisir car j’ai reçu son geste comme une caresse. Raffinement ultime, une fois l’arbre dressé elle l’a décalotté, puis recalotté pour tout bien remettre en place.

Il va de soi que l’année suivante j’attendais avec impatience la reprise, ou la suite, de cet exercice, mais j’ai été déçu car la dame en blanc n’a rien touché. Elle avait écrit « appareil génital normal » sur mon carnet de santé. C’est ainsi que je suis devenu propriétaire de cet appareil qui, de gênant, était devenu génital. Là aussi, aucun fantasme — je n’en ai pas gardé d’attrait pour les doctoresses ou infirmières — mais le souvenir très vif du plaisir de l’érection dans une main amante. J’en redemande.

Si j'ai tant aimé cette première érection dans la main d’une femme, c'est parce que c'était de l'énergie sexuelle à l'état pur, sans désir de conquête ni de recherche de plaisir (pour moi ou pour elle).

Pour ne pas paraître moins loquace que Marie B., j’avouerai qu’une fois, vers l’âge de 13 ans, je me suis laissé toucher par un copain d’école qui avait je ne sais quelle pulsion. Une main, une érection, je n’en voulais pas plus. Comme je n’avais pas d’autre réponse à cette pulsion — j’avais fait semblant de ne rien sentir — l’expérience s’est arrêtée à ce stade. Je crois que c’est à la même époque que j’ai subi la pression d’un coiffeur pédophile qui exerçait au pensionnat. Tout en nous coiffant il frottait sa bite contre nos épaules. Nous le savions tous, personne n’en parlait. J’en ai gardé une gêne monumentale du contact avec les hommes, qui m’a mis dans un embarras extrême lorsque, un peu plus tard, j’ai eu de l’attirance vers quelques camarades plus âgés.

Ces quelques anecdotes résument le « pas grand chose » qu’a été ma sexualité jusqu’à la première jouissance, à 16 ans, et la première partenaire, à 20 ans. « Mon enfance passa… », chantait Brel !
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Samedi 17 septembre 2005 6 17 /09 /2005 00:00
Quand j’avais 12 ans, une jeune fille de bonne famille (ses parents vendaient des pianos) avait déclaré — devant frères et sœurs — que j’avais « des mains de sage-femme ». Je ne sais pas ce qu’une personne aussi bien élevée, qui ne devait pas avoir 16 ans, pouvait sous-entendre dans une telle déclaration ; ni ce qu’elle avait pu ressentir ou imaginer en observant mes mains tandis que je plaquais quelques accords de jazz sur son piano. Je ne me souviens pas non plus de ce que j’en avais pensé, moi qui n’avais aucune idée du métier de sage-femme… Peut-être m’avait-elle offensé en disant que j’avais des « mains de femme » ?

A 18 ans j’ai vu une sage-femme, une vraie de vraie, la grande sœur d’un collègue étudiant. Elle parlait d’une grosse voix et se délectait à nous raconter les horreurs qu’elle voyait en salle d’accouchement. Entendez par cela, non pas ce que ses parturientes subissaient — poussez-poussez —, mais les fœtus malformés qui paraît-il naissent parfois tellement hideux qu’on s’empresse de les faire disparaître pour ne pas traumatiser les parents. Je n’ai plus osé penser que j’avais des mains de sage-femme…

Bien plus tard — il n’y a pas si longtemps — j’ai rencontré d’autres sages-femmes, de celles/ceux qui respectent la naissance, l’intimité des femmes et de leurs compagnons. Elles qui, justement, savent ne pas se servir de leurs mains… Je veux bien avoir des mains de sage-femme, si c’est cela. Mes mains étaient attentives et non-interventionnistes quand mon fils est né.

Dans les jeux érotiques j’ai appris que les femmes (les hommes aussi sans doute) accordent beaucoup d’importance à la sensibilité des mains de leurs partenaires. Ce qu’elles en attendent varie d’un extrême à l’autre : c’est pourquoi je préfère être guidé que poser des gestes sans aucune conviction. L’une a envie d’être simplement effleurée sur les côtés des seins ; c’est d’ailleurs la caresse la plus sensuelle que je connaisse. Une autre, au sommet du plaisir, que l’on frotte légèrement les pointes érigées ; d’autres que je les glisse entre deux doigts en serrant très fort, au point d’avoir des courbatures ; une autre enfin ne veut aucune prise avec les mains car elle se sent envahie, au bord de l’étouffement…

Les relations entre mains et sexes ne font pas dans la simplicité à cause de nos préjugés. Il y a longtemps, j’avais été impressionné par une amante qui m’avait invité à glisser un doigt, puis deux, puis trois. Cela me paraissait démesuré. Pourtant, un jour récent, une femme était encore en attente alors que tous mes doigts étaient placés à l’entrée de son jardin. Je l’ai sentie s’ouvrir et aspirer ma main entière. C’était extrêmement troublant de voir son sexe se refermer sur mon poignet, tandis que mes doigts s’étaient repliés à l’intérieur pour ne pas la blesser. Nous sommes restés quelque temps immobiles, puis elle s’est mise à avoir des contractions, jusqu’à expulser ma main dans un orgasme. Elle m’a dit plus tard que ce jeu insolite, répété plusieurs fois — main droite, main gauche — lui avait permis de vivre ce dont la péridurale l’avait privée à la naissance de son enfant.

J’ai repensé à la jeune fille qui parlait de mes « mains de sage-femme ». Il est bien connu que les hommes vénèrent leur pénis pour ses mensurations exceptionnelles supposées fasciner les femmes. Moi je ne suis amoureux que de mes mains, ce qui est quand même plus convenable car un tel narcissime ne risque rien de s’afficher en public. ;-)
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Mardi 16 août 2005 2 16 /08 /2005 00:00
Dans mon journal, 17 octobre 2001

Je tremble en franchissant la porte de l’hôtel A. Je vais réaliser un vieux fantasme. Je n’ai jamais rencontré G. et ne sais pas à quoi elle ressemble, sinon qu’elle est à peu près de mon âge et s’est présentée comme une « juive rousse » privée de sexe depuis le suicide de son amant. On a échangé quelques messages. Je lui ai parlé d’un souvenir savoureux avec S., une femme rousse un peu plus âgée que moi : nous étions étendus presque nus sur un lit, en plein été à Séville ; elle avait envie de caresses (et plus) ; j’avais goûté sa peau, un goût inoubliable, exalté par la chaleur et le désir…

Il se trouve que G. vient à Paris en même temps que moi et qu’on a souhaité se rencontrer. D’abord, nous avons pensé à un dîner ensemble « et plus si affinité ». Puis je lui ai parlé d’un vieux fantasme de renconter une femme jamais vue dans l’obscurité d’une chambre d’hôtel. Elle a aimé cette idée, on a convenu d’essayer, parlé des précautions… Si quelque chose ne va pas, on arrêtera tout de suite et on rira ensemble !

Je tremble. J’ai failli faire demi-tour, soudain terrorisé par l’audace de ce projet. Je m’avance à la réception. J’espère presque que G. aura renoncé. Mais non, le réceptionniste me dit : « Elle est déjà arrivée, montée à la chambre car elle était fatiguée… » Il doit être 15h00. Ah oui, le décalage horaire…

Je monte à l’étage. Elle a laissé la porte entrouverte comme nous l’avions convenu. Je jette un œil. Dans la pénombre, j’aperçois une masse flamboyante de cheveux qui pendent au bord du lit. Ce serait trop bête de se tromper de porte ! J’entre sur la pointe des pieds. Elle dort. Je m’allonge près d’elle… Elle se réveille. Nos regards se rencontrent. Ses yeux bleus. « Mais tu es belle ! » Ce seront nos seules paroles échangées avant tard dans la nuit.

C’était une belle rencontre, un beau fantasme. Nous avons joui. Elle sent bon, cette peau longtemps convoitée…

Le lendemain, à la lumière du jour, je me dis (elle aussi, peut-être) que si nous nous étions rencontrés autrement le désir n’aurait sans doute pas été au rendez-vous. Puis je me rends chez Marie .
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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