Sexe

Samedi 7 janvier 2006 6 07 /01 /Jan /2006 02:15
Marie B. écrit « Dévotion » en réponse à mon article « Lychee » :
Comme c’est vrai !
J’ai souvent senti une véritable dévotion de la part de mes amants pour le jardin secret humide, pour les seins en érection, la courbe des hanches ou le doux du ventre…. Les plus rustres ont laissé transparaître cet aspect, et s’ils ont parfois consommé, comment leur en vouloir ? Dans les temples du monde, il y a des dévôts fervents et des consommateurs de billets pour l’avenir, les uns étant souvent les autres à quelques jours de distance…
Comme c’est vrai !
Le pénis, linga vivant, ne m’apparaît pas comme un objet de dévotion…. Et je sens fort la demande des hommes qui souhaitent recevoir autant que ce qu’ils offrent sous cet aspect…
Est-ce le mystère qui appelle la dévotion ?
L’érection si visible, si ostensible, si attirante chez le mâle annihilerait-elle l’effet du mystère ? Et en conséquence la dévotion ?
Et cette demande si insistante d’échange, donnant-donnant, que j’ai perçu chez les plus subtils, les plus respectueux de mes compagnons amoureux, cette attente de la ferveur qui ne vient pas, n’a jamais empêché les ébats mais les rendait forts « plats »…
Plus loin, et évidemment en considération de la vie qui fait mon quotidien, s’impose l’éloge de la simplicité.
S’il y a un culte sans rituel, c’est celui de la vie, celui du corps en entier… Alors la rencontre est amoureuse ou « naît pas » et reste seulement un moment agréable…. Aucune partie du corps, aucune partie du compagnon ne devient fétiche…
C’est peut-être tout simplement mon propre désir de demeurer entière….
Je me retrouve dans sa recherche de l’intégrité, de la simplicité, du spontané. Ce que Marie B. écrit au sujet des hommes en « attente de la ferveur qui ne vient pas », je crois l’avoir vécu aussi avec des femmes, pour qui les gestes de la ferveur pouvaient être différents, mais l’attente aussi pesante… Et, pfff, mon sexe mourait d’ennui ! L’homme est souvent en demande de sensations fortes qui relèvent de la mécanique du plaisir, mais la femme peut aussi s’enfermer dans une sorte de mécanique mentale.

Pour ce qui est du fétiche, je viens de modifier mon article « Lychee » en précisant : « … que le corps de l’être aimé, désiré, devienne un fétiche dans le temps très bref de ce culte sans rituel… » Je ne pensais donc pas à un fétichisme au quotidien, mais plutôt dans les moments d’embrasement — quand le monde est sans dessus dessous et les amants sans dessous dessus.

J’ai plus de mal à associer la dévotion et l’invisible. Dans « L’Empire des sens », Oshima écrit un poème magnifique sur la dévotion en montrant justement ce qu’on ne montre jamais, ou si l’on veut en faisant plus porno que les pornos de l’époque… Ce film marque pour moi la fin historique de l’amour courtois, ce jeu de cache-sexe. Dans l’érotisme, je n’ai aucun attrait pour le mystère, et rien ne m’ennuie plus qu’un rituel de déshabillage. En fait, je connais d’avance la plupart des détails que les femmes ont besoin de cacher, et je suis rarement surpris par la découverte d’un trait anatomique. Et puis, le mystère ainsi cultivé reste purement visuel, donc insipide.

« L’Empire des sens » est aussi un hommage profane au lingam, objet de dévotion par excellence : les femmes qui arrosent un lingam de pierre avec du beurre clarifié, du lait ou des poudres colorées, savent très bien ce que tout cela représente dans leur intimité… Mais tout dépend de ce qu’on appelle dévotion, bien sûr. Un jour, Iliane-Patricia s’est mise à colorier mon sexe (voir « La voie de l’extase (4) »). J’ai associé son geste à une pratique dévotionnelle, bien qu’il fût spontané : elle était en train de passer du henné dans ses cheveux et je la regardais, fou de désir… Ce n’est pas la force symbolique de la situation qui m’a ému, mais la seule ferveur de son geste qui me procurait du plaisir.

J’aime être touché pour le plaisir du toucher, et non pour ce que mon corps (ou une partie de mon corps) représente. J’aime serrer dans mes lèvres et mordre tendrement le mamelon durci d’une femme, non pas pour ce que ce geste renvoie symboliquement (un revécu de l’allaitement ? bof !) mais pour la sensation prodigieuse qu’il éveille. Quand il m’arrive de goûter du lait dans cette caresse, c’est le lait de la femme-amante, pas celui de la femme-mère, que je recherche… Beaucoup de femmes allaitantes disent avoir de la difficulté à accepter cette attirance ; je crois qu’elles ont de la difficulté à vivre le rapport « polygame » qui s’installe avec plusieurs adorateurs qui ne partagent pas les mêmes sensations. Elles se lâchent plus facilement avec un amant qu’avec le père de l’enfant. (Freud a encore frappé ?)

Bien que les mots de Marie B. me paraissent raisonnables, j’ai l’impression qu’elle s’en est servie pour habiller un non-dit dans sa relation avec le corps de l’homme. Il n’est pas facile de dénuder ses sensations, il y a tellement de couches depuis l’enfance… Mais on peut toujours jouer au strip poker par blogues interposés !
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Dimanche 1 janvier 2006 7 01 /01 /Jan /2006 17:50
Yolande a vécu seule. Ni homme ni femme avec qui elle ait jamais eu envie de faire des projets. Elle nous dit en riant : « J’aurais bien aimé qu’on me dise un jour “Sois belle et tais-toi” ! » Elle a quand même comblé ses besoins d’affection et de socialisation en travaillant avec de jeunes enfants et en s’adonnant passionnément au théâtre. Elle nous reçoit dans le châlet que ses parents, modestes fonctionnaires, ont fait construire au prix d’une vie d’endettement. La vue est magnifique sur les méandres de la Loire encore couverts de glace. Cette maison est un paradis du bon goût, pleine de livres choisis et d’objets insolites. L’étage qui sert de chambre d’amis ressemble à un petit espace scénique, dessiné par un ami de la famille qui s’appelait Le Corbusier.

Aimée s’est endormie vite et je ne tarderai pas à la suivre. Le passage au Nouvel An est chaque année le déclencheur d’un sommeil prolongé agrémenté de rêves étranges. J’en ai eu un avant-goût, mercredi dernier, lorsque Catherine et moi avons passé quelques heures ensemble. J’aurais eu beaucoup à écrire sur la sensualité de nos jeux si nous n’avions pas sombré aussitôt après dans un profond sommeil régénérateur. Lorsque, vers 18 heures, nous avons quitté l’hôtel, chacun poussé par la nécessité de vaquer à ses occupations, nous étions presque ébahis de nous être réveillés côte à côte… J’aime ce sommeil qui me fait oublier les lieux et les circonstances. Je le sens revenir aujourd’hui.
Elle m’a demandé si j’aimerais la masser pour l’aider à s’endormir. Aucune femme n’est dupe sur cette demande car il est notoire que mes mains ne connaissent rien d’autre que le plaisir du toucher, et ne s’embarrassent d’aucune distinction entre massage et caresse. Si mes mains peuvent se poser immobiles sur n’importe quel être vivant sans qu’il y ait le moindre courant de sympathie, pour qu’il y ait du « frottement » j’ai besoin de ressentir du désir. Cette femme me plaît, avec ses yeux clairs et son petit nez retroussé, mes mains ont envie d’elle. Je dis oui.

Elle a gardé le minimum de vêtements (la nudité étant passée de mode) et me présente son dos. À cheval sur ses cuisses, à partir des pouces réunis sur le sacrum, mes doigts glissent avec fermeté le long de ses muscles endoloris. Sa peau est douce et belle. J’aime la blancheur d’un corps jamais exposé à la brûlure du soleil, et surtout sans ces hideuses « traces de maillot ».

Je n’utilise pas d’huile car ce serait forcer une fluidité du contact qui doit venir naturellement : si la peau résiste, la pression diminuera jusqu’à l’effleurement, ou encore mes mains s’arrêteront, en attente de désir.

Le désir est bien là, très doux. Je le sens dans la respiration de mon amie : sa poitrine se gonfle quand mes mains lui prennent doucement les hanches, elle a remonté un peu ses coudes et tourné la tête sur le côté pendant que je massais des points sur ses fesses. J’ai dégraphé son sous-vêtement pour que mes mains puissent glisser sans discontinuer le long de sa colonne, redescendant sur les côtés après s’être attardées sur les épaules. Je ressens un délicieux frémissement lorsqu’elles effleurent les flancs de ses seins. C’est pour moi, mystérieusement, la zone la plus érogène du corps féminin. J’aime me croire seul à goûter la charge érotique de cet effleurement.

J’ai toujours des mots d’amour sur les lèvres, jamais prononcés, quand je masse la nuque d’une tendre amie. (Je crois qu’il est inscrit dans la mémoire corporelle qu’il faut faire pleinement confiance à un être humain pour lui présenter sa nuque. Serait-ce le vestige d’une peur ancienne suscitée par le récit des condamnés qui offraient leurs nuques aux sabres des bourreaux ?) La nuque est un lieu chargé d’espoirs et de déceptions ; sa souplesse est à la mesure de notre capacité de réagir aux vicissitudes. Quand on la caresse tendrement, le désir du corps s’apaise, c’est le cœur qui parle, on pourrait se quitter maintenant, plein de gratitude, sans savoir pourquoi. Mais cette gratitude me fait poser les lèvres sur le haut de son dos, et tout ce bel édifice chavire quand je reçois la saveur de sa peau, l’odeur de son cou et de ses cheveux bouclés. Le désir me fouette le sang.

Elle s’est retournée en souriant et m’invite à continuer. J’ai résisté à l’envie d’embrasser ses lèvres car je ne veux pas d’un désir fou. C’est avec Marie que j’ai appris que le toucher humide, ne serait-ce qu’un baiser sur le dos d’une main, pouvait déclencher un torrent de frustrations.

De nouveau à califourchon sur ses cuisses, j’ai repris le massage des hanches en allant chercher loin dans le dos les points d’ancrage. Elle se cambre un peu, chaque fois, pour que mes mains passent sans peine, mais je ressens du plaisir dans ce mouvement. Son ventre, à présent, que je touche avec précaution mais en pleine confiance. Ce ventre a beaucoup à raconter et mes mains sont à l’écoute. Le geste de caresse est devenu plus ample, encore plus ferme sur le dos et plus doux sur le ventre, plongeant sans pudeur dans la toison du pubis qui libère lui aussi son cortège de revendications. Sans jamais lâcher le ventre, je remonte le long de ses côtes, contournant d’abord les seins par les flancs, délicieux passage tandis que mes yeux, qui n’ont pas fait le détour, contemplent victorieusement les pointes qui émergent à chaque passage… Le geste s’épanouit sur son cou, ses épaules, pour redescendre sur les bras, les mains, les doigts un par un, puis les épaules encore, et les seins que je prends dans mes mains immobiles pour mieux les sentir se gonfler. Je me suis penché dangereusement sur elle. Elle le sent bien car elle ne peut ignorer mon arbre durci que son os pubien écrase douloureusement. Je pourrais, j’aurais pu… Mais non, c’est à un massage qu’elle m’a convié. Je me redresse stoïquement et m’assieds sur son côté droit.

Les pieds, à présent. Chaque fois qu’une tension se dénoue je la sens aussi se libérer en moi. Talons douloureux, les doigts qui tardent à s’ouvrir. Puis le serrage des chevilles, enfin un point au-dessous du genou. Les mollets, juste pour le plaisir, et les cuisses de même. Des jambes de reine, elle prend soin d’elle !

Elle a ouvert ses genoux pour que je n’hésite pas à caresser l’intérieur de ses cuisses. Mais elle ouvre un peu plus, imperceptiblement, quand le geste est proche de son sexe. Mes doigts glissent de chaque côté, à la lisière du duvet, et elle ne peut cacher son plaisir. Mon majeur (seuls les majeurs sont autorisés !) va chercher la racine de vie (le muladhara des yogis) et le presse en tournant avec insistance, tandis que la paume de ma main gauche est posée très légèrement sur un autre point de son ventre. Je ne sais pas combien de temps ce geste a duré. Il s’est transformé progressivement, au fil de sa respiration, jusqu’à ce que la paume de ma main droite appuie avec force sur le sexe qu’elle recouvre en entier. Impression un peu ennivrante de marcher sur du sable mouvant. Je finis de la déshabiller. Mes doigts massent très doucement les plis autour de sa rose des sables. Je la contemple avec émerveillement, car je n’ai jamais vu deux roses identiques. Une goutte de rosée perle, je l’étale sur ses lèvres, elle frissonne voluptueusement. Je vais chercher sa main gauche qu’elle me laisse prendre sans préjuger de la suite. Je place ses doigts sur son sexe, car c’est avec ses doigts que je veux la caresser maintenant. Elle a bien compris l’intention et finit par m’inviter dans ce geste intime ; aucune main masculine (en tout cas pas les miennes) n’est assez sensible pour caresser le bourgeon capricieux que je vois maintenant grandir sous ses doigts. J’ai donc posé ma main gauche sur la sienne pour en saisir toutes les vibrations. La droite est retournée à la racine, mais je vois d’autres gouttes perler et je sens l’aspiration qui prend un doigt, puis deux, puis trois. Trois frères se retrouvent donc dans une caverne brûlante, baignant dans un nectar qui les invite à des cabrioles les uns sur les autres sans se soucier des parois qui les frappent avec insistance. Le quatrième attendra : il ne s’invite jamais la première fois. Si j’étais femme, sans doute je préfèrerais ce ballet virtuose à la pénétration monotone d’un imbécile de pénis.

Je me suis entièrement coulé dans son plaisir comme l’écume au sommet d’une vague qui n’en finit pas de grandir. Ma main gauche lache un moment la sienne pour caresser son ventre et son visage. Ses lèvres pincent mes doigts (je ne peux me retenir de penser chaque fois aux lèvres prodigieuses de Marie), elle aspire un doigt dans sa bouche et le mord avec autant de douceur que si elle avait pris mon sexe, puis elle libère ma main couverte de salive, qui revient faire rouler entre deux doigts la pointe dure d’un sein. Mais je n’insiste pas, car c’est ici, à la racine, que se joue le dernier acte. J’ai glissé ma main encore humide sous sa hanche pour pétrir ses fesses et appuyer les doigts sur son sacrum. Ma tête roule sur son ventre, à l’écoute de l’ondulation du plaisir, un ventre que je finis par mordre.

Elle a joui dans un long spasme en pressant ma tête très fort contre elle. Nous sommes restés immobiles, puis mes doigts ont quitté discrètement la caverne. J’ai senti quelque chose de définitif dans cette jouissance et ne l’ai pas invitée à recommencer. Alors je me suis allongé, elle m’a serré tout entier dans ses bras, posant ses lèvres sur les miennes, et elle a accueilli mon désir.
C’est drôle que mon rêve ait cru mettre en scène Yolande, cette vieille amie qui me tend pudiquement la joue pour faire la bise. En réalité, ce n’était qu’un prétexte, car la femme rêvée ne lui ressemblait en rien, même en gommant la différence d’âge. Le rêve était un moyen comme un autre d’évacuer le mystère d’une femme dont on ne connaît aucune histoire sentimentale, mais qui a des mains « magiques » car elle s’est découvert tardivement un talent de rebouteux. Hier je l’ai vue masser les mains d’Aimée. Mains de femmes, massages et caresses, le rêve était prêt à consommer !

Un peu plus loin, dans cette longue nuit, j’ai rêvé à un repas de famille où quelqu’un (un autre moi ?) faisait des plaisanteries salaces à propos de tire-bouchons. Je me réveille furieux d’avoir toléré une telle bêtise, mais quand je me rendors le même rêve revient avec des entonnoirs, et une troisième fois avec des allume-gaz. Tous ces objets me sont apparus dans leurs emballages, tels que je les avais vus dans une quincaillerie où nous avons fait des emplettes le 31 décembre. Le vin et le champagne étaient trop bons hier soir…
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Dimanche 18 décembre 2005 7 18 /12 /Déc /2005 01:04
« Jeux de mains », écrit Marie B., et j’imagine un instant ses longues mains entremêlées avec mes « mains de sage-femme » — voir un autre « jeu de mains »

Les mains ont été tellement instrumentalisées par des gens qui manipulent (au sens propre) : thérapeutes patentés ou autoproclamés, et ceux/celles qui détournent leur sexualité vers le massage… Je ne sais donc plus s’il y a grand monde à aimer simplement avec ses mains ; mais je crois que Marie B. est de celles qui en ont préservé le secret. C’est un apaisement : je n’ai jamais pu nous imaginer enlacés, et encore moins dans un contact humide. Mais, ses mains avec les miennes, oui ; j’ai donc le repère matériel d’une rencontre imaginable.

Une relation amoureuse reste un jeu à quatre mains avant toute chose. Mais… s’il y a des partenaires multiples ? Voilà un sujet que je n’ai pas encore osé aborder. Je peux parler de beaucoup de choses qui me tiennent à cœur, dérouler des spasmes de plaisir sur un récit anatomiquement correct, mais la sexualité multiple, ça non. Je ne dirai donc rien de quelques fabuleuses rencontres vécues à trois (deux hommes et une femme) ni des situations bien moins glorieuses d’un homme (moi) avec deux femmes.

Est-ce partageable ? Il nous faudrait un ou une troisième blogueur/euse pour vivre une relation blogamoureuse à trois, avec son cortège de dissonances.

Nous qui avons tant parlé de « libre parole », nous voilà assis, à tricoter en silence — le silence des étoiles — de longues écharpes aux couleurs de nos rêves…

Qui se lance ?
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Samedi 26 novembre 2005 6 26 /11 /Nov /2005 00:58
Souvenir de la relation amoureuse la plus simple que j’aie jamais vécue…

C’est la dernière année de mes études. Je vis à Paris en collocation dans une maison « communautaire ». Il y a environ un an que j’ai perdu mon pucelage, lors d’une initiation un peu décevante que je raconterai un jour — j’y ai fait allusion dans « La voie lactée (1) ».

Cette maison, rue Raymond Losserand, est pour moi l’occasion de nombreuses rencontres, mais la timidité m’interdit tout jeu de séduction.

Il y a d’abord eu Sylviane, une fille que je désigne comme « la parisienne typique » : chaque fois que je lui parle d’une découverte, d’une conférence, d’un livre, elle répond : « Bof, je connais le type qui fait ça ! » Elle habite quelques maisons plus loin. Je ne sais plus comment, un jour, je me suis retrouvé dans son studio à boire un thé (je déteste le thé) puis dans le rôle du « type qui fait ça ». À peine mieux que la première fois. Trois minutes, montre en main ? Sylviane aime bien glisser un homme entre ses cuisses, grand soulagement pour moi après des années de branlette dans un pensionnat. Nous utilisons des capotes anglaises, ce qui fait que je n’ai aucun souvenir de contact intime. Donc, régulièrement, mademoiselle bof vient voir le type qui fait ça, dans ma chambre au deuxième étage. Nous restons une demi-heure face à face en méditation zen, puis nous baisons dix minutes. Cette histoire serait d’une parfaite platitude si elle ne m’avait appris que certaines femmes peuvent avoir du désir en certaines circonstances.

Un jour, Sylviane me dit, en remettant son sous-tif (beurk, des sous-vêtements) qu’elle a l’impression de me servir d’exutoire. Encore des mots de Parisienne, étudiante en lettres, pfff… J’ai cherché « exutoire » dans un dictionnaire puis je lui ai accordé qu’il vaudrait mieux arrêter cette pratique régulière du zazen (et-plus-si-affinités). Nous avons continué une relation amicale.

Sylviane n’était vraiment pas jolie à mon goût. Il faut dire que l’été précédent je suis tombé amoureux d’une déesse qui va devenir ma compagne. Mais nos amours resteront chastes pendant un an parce qu’elle ne se sent pas prête (sans compter que sa mère préfère qu’elle passe son bac d’abord).

Ensuite j’ai espéré me « faire » Alexandra, une top-model qui louait la chambre voisine de la mienne. Hélas, la « tigresse » (comme l’appelle la vioque célibataire de 35 balais qui occupe le rez-de-chaussée) est pratiquement toujours absente, ou bien elle rentre épuisée à des heures impossibles. En son absence je m’allonge donc sur son lit, le nez enfoui dans les couvertures odorantes, et je contemple ses photos nues dans le book qu’elle laisse traîner négligemment. Puis je vais faire mes trois heures de méditation quotidienne, un peu de yoga, un repas macrobiotique, et s’il me reste du temps je vais en cours.

Une jeune fille prénommée Claudine a pris la suite d’Alexandra. Je la trouve très jolie, longs cheveux noirs et un air espiègle, mais je n’ose pas l’aborder. Trois jours avant son départ, les voisins du premier ont organisé une fête avec des danses folkloriques. Claudine porte un joli pull de laine. À plusieurs reprises elle passe derrière moi, me bouscule — un pas de trop — et je sens pointer ses seins dans mon dos… Après la fête je vais dans sa chambre. C’est une ambiance bizarre : mon père, de passage à Paris, m’a emmené dîner et nous nous sommes disputés car je lui ai annoncé mon intention de ne pas assister au mariage de mon frère. Il désapprouve totalement ma manière de vivre : cette communauté écolo-mystico-gauchiste, ma fréquentation d’une jeune fille de famille anarchiste libertaire ; bref tout pour plaire à un ancien pétainiste recyclé dans la démocratie chrétienne.

Revenons à des choses bien plus gaies. J’ai pas mal de tristesse à évacuer car j’anticipe, une fois mes études terminées, un affrontement et la rupture avec ma famille. Claudine et moi parlons pendant des heures. C’est peut-être le seul jour de ma vie où je me suis senti « adolescent ». Plus tard, je crois, des gens bien intentionnés ont inventé de longues années d’adolescence pour fournir de la clientèle aux psys et aux magazines spécialisés.

Je ne vois pas vraiment la situation avancer avec Claudine. J’applique donc « ma tactique » : je propose que, dans les deux minutes qui viennent, on s’arrête de parler pour jouer à faire exactement ce dont on a envie. Une fois de plus, ça marche. Ses lèvres sont délicieuses. Mes mains glissent sous son pull pour une expédition punitive à l’encontre de ces formes insolentes qui ont tant sollicité mon imagination. J’y trouve, en contact avec la laine, mmmh j’adore la laine, deux pommes gonflées de désir — pour la première fois, une femme qui gémit de plaisir quand je prends ses seins à pleines mains. Elle n’a pas hésité à plonger les siennes dans mon pyjama de coton indien…

Nous avons décidé de consacrer à des jeux érotiques les trois dernières nuits de son séjour, quitte à plus se revoir ensuite. Elle a un petit ami auquel elle tient, et moi la femme de ma vie qui m’attend… Il n’est donc pas question d’autre chose entre nous que de plaisir sexuel. Une contrainte toutefois : je ne devrai pas jouir en elle, d’abord par égard pour son ami, mais aussi à cause du risque de fécondation.

Elle est au lit quand je la retrouve dans sa chambre après un brin de toilette. Avant de m’allonger j’enlève tous mes vêtements. Elle dit « moi aussi » et se relève pour ôter son pyjama. C’était quand même drôle de ne pas oser se montrer nus après avoir décidé de passer trois nuits ensemble.

J’ai aperçu un corps de biche qui me fait oublier les photos d’Alexandra. Une petite excroissance, juste au dessous du clitoris, m’a intrigué. J’ai retrouvé cette rareté anatomique chez deux autres amantes. Nous faisons l’amour sans nous accoupler, seuls mes doigts ayant un laisser-passer. Le désir monte, monte, et je finis par arroser son ventre en m’excusant. Elle rit de ma gêne. Peu de temps après, l’aspiration est si forte que mon arbre glisse en elle. Une fois, deux fois, la troisième je n’ai plus le courage de me retirer, tellement son jardin d’amour est intense en mouvement, brûlant, accueillant… Nous continuons ainsi, avec des accouplements dont je me retire au moment de jouir. Ce n’était certainement pas une méthode fiable — j’en percevais une certaine frustration — mais elle mettait en valeur ce contrôle-de-soi dont j’étais si fier à l’époque.

Claudine me fait entièrement confiance. Elle souhaite quand même que je l’aide à découvrir l’orgasme. Bien entendu, je ne sais rien de l’orgasme féminin et encore moins de l’anatomie féminine, mais j’assume cette tâche avec un parfait professionnalisme : respiration profonde, visualisation — ne suis-je pas le yogi du 14e arrondissement ? Le grand frisson n’est pas venu pour elle, mais j’ai pu y croire parfois. Il n’empêche, quelle fête…

Le troisième jour elle a quitté la maison et je ne l’ai plus jamais revue. J’en garde un souvenir de grande pureté et de parfaite sincérité.

De nombreux couples fondent leur relation sur une expérience sexuelle très intense. Si tel était le cas, Claudine et moi aurions dû décider de vivre ensemble. Mais nous avions tous deux conscience que nous étions là pour nous rencontrer en épuisant l’objet de cette rencontre. Je ne sais pas pour elle, mais en ce qui me concerne le fondement du couple était dans bien d’autres dimensions que je vivais déjà avec Aimée. Le contraste de ce que je vivais à la même époque avec deux jeunes femmes me procurait un avant-goût des mille chemins du désir.

Je pourrais dire aujourd’hui que Claudine fut ma première partenaire « tantrique », parfaitement adaptée au lieu et aux circonstances dans lesquelles je vivais. J’ai appris par elle que le toucher est bien plus important que le regard : un beau corps de femme n’est rien s’il n’est pas béatifié par un désir partagé. La rencontre de la beauté et du désir était vraiment pour nous le moment de magie.
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Dimanche 20 novembre 2005 7 20 /11 /Nov /2005 23:39
Elles n’avaient pas de réservation assise mais sont venues s’asseoir en face de moi. Deux femmes d’origine africaine. La plus âgée — soixante ans peut-être ? — parle avec assurance et s’étonne auprès d’un autre voyageur que des billets sans place assise coûtent plus cher que les autres. La plus jeune ne dira rien pendant tout le voyage, mais elle attire mon regard.

Je ne saurais pas lui donner un âge. Quarante ans de visage, peut-être ? Mais son corps est étonnamment svelte, en désaccord avec mes clichés sur les femmes noires. Elle a de petits seins mis en valeur par un vêtement bien décolleté ; une peau très fine, en contraste avec la maturité qu’on prêterait à son visage. Je n’ai jamais eu d’amante aux lèvres si proéminentes, et dans un premier temps mon imagination (qui n’a rien d’autre à faire dans ce TGV) piétine devant la perspective d’un baiser. Et puis, d’ailleurs, pourquoi se faire du souci, les « Africaines » aiment-elles seulement embrasser ? Les clichés se bousculent pour m’empêcher de savourer tranquillement les désirs et les interrogations que cette femme m’inspire.

Elle s’est endormie après avoir feuilleté les pages publicitaires d’un magazine. Sa main gauche posée sur la poitrine. Je la vois descendre lentement, se glisser en partie sous le décolleté. D’après mes calculs basés sur l’observation du sein droit, l’annulaire et le petit doigt sont à portée du mamelon, qu’ils pourraient pincer. Mais ils ne bougent pas. Je surveille. Par contre, son pouce caresse amoureusement la clavicule. Je voudrais être cette main ! Je me pince à travers la chemise, pour sentir.

La voyageuse sans âge se détent, un sourire se dessine, sa lèvre inférieure s’entrouvre, dévoilant la blancheur de ses dents et cette couleur rose qui, j’en suis sûr, doit agiter le cerveau profond de tous les mâles de la planète. Sans doute ai-je peur des lèvres des femmes noires, comme d’une terre inconnue, mais l’indécence voluptueuse de ce sourire me fait oublier cette peur. Je réalise que les femmes qui ont croisé ma vie récemment ont aussi des lèvres charnues, et qu’elles aiment les morsures tendres — parfois la lèvre supérieure, parfois l’inférieure, un jeu qui peut se prolonger à loisir.

Il se peut que, dans son sommeil, elle ait senti mon regard sur elle ; ou bien est-ce la température fraîche à la tombée de la nuit ? Elle s’est réveillée et couverte d’une écharpe de laine noire. Je replonge le nez dans Kundera.
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Dimanche 6 novembre 2005 7 06 /11 /Nov /2005 00:00
(Suite de la discussion sur le thème « Araignées »)

Quand le parfum ne sert pas à masquer une odeur jugée nauséabonde, je maintiens qu’il capte l’attention, envoyant des messages à distance avec une rémanence très forte s’il contient des molécules de synthèse. Je me souviens de soirées dans une ambassade où un homme (que je n’ai jamais pu répérer) me serrait la main en l’imprégnant pour trois jours d’une odeur insupportable d’eau de toilette. (On aurait pu dire, dans son cas, de « l’eau de toilettes »…)

Mais je suis d’accord avec Marie B. que tout en maintenant l’attention captée il maintient à distance. Le parfum repousse de manière subtile toute pulsion érotique venant du corps ; il appelle à des effusions de sentiments relevant du fantasme. Il invoque un désir-manque impossible à combler dès le départ.

Dans sa meilleure déclinaison (huiles « naturelles ») il est comme un habit dont on ne pourrait pas être dépouillé. Je parle de « vérité » dans mes messages, mais je devrais plutôt dire que je suis en quête de nudité.
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Jeudi 3 novembre 2005 4 03 /11 /Nov /2005 00:00
Étrange habitude des personnes mal dans leur tête de s’asperger de parfum ou d’huiles essentielles… Au bureau, je ne prends jamais l’ascenseur de service pour éviter de subir ce tue-le-désir dans un espace confiné, en tête à tête avec une de ces « femmes finissaaaaantes » hautes en couleurs que Brel prenait en pitié. Araignées géantes, elles captent l’attention de leur proie pour mieux l’anesthésier.

Hier soir, c’est Catherine, mon amie volcane, qui s’est présentée ainsi chez nous. Aimée était furieuse de devoir aérer la maison pour que nous puissions dormir, elle qui ne supporte aucune odeur artificielle. Avant son départ, je l’ai vue, écoutée, touchée, mais je n’ai gardé d’elle que cette odeur insupportable…

Ce soir, une amie parisienne en visite. J’ai commis la maladresse de l’embrasser dans le cou au moment du coucher. Haut le cœur.

J’ai envie de caresses, de peau, de l’ivresse du désir vrai.
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Samedi 29 octobre 2005 6 29 /10 /Oct /2005 00:00
Dans son blog « Déconstruction », Marie B. écrit :
J’imaginais que j’aimerais te rencontrer un jour au milieu de nulle part ou au milieu de la foule, que j’aimerais m’asseoir et que tu t’assois aussi, à distance du toucher, de l’odeur, de l’oreille et que nous repartions chacun sur notre route quand le moment sera venu, sans autre approche… Drôle de rencontre, drôle de fantasme… C’est un peu ce que je ressens dans ces échanges écrit loin de la vue… En plus… Aussi…

Mais ça pourrait se passer avec un autre, avec une autre…
Puis :
Parler de déconstruction présuppose parler de construction…

Quand j’ai lu ce mot, il y a quelques jours maintenant, la première image qui est venue est celle d’un village du désert, déconstruit par le vent, devenu sable, devenu presque dune… Puis, s’est superposée l’image d’un barrage d’enfant que l’eau contourne, puis emporte… Et j’étais le vent et j’étais l’eau… Et j’étais le sable, et la dune et les alluvions….

J’aimerais entendre parler de construction, de déconstruction.
En parlant de « non-désir » à propos de nos échanges écrits, j’étais gêné par ce mot qui ressemble à une condamnation : non-non-NON-désir ! Implicitement, l’affirmation que tout désir ne pourrait exister ou devrait être refoulé. Et puis, de quel désir parlons-nous ? Puisque nous jouons avec les conventions sociales, dans un espace de communication indécis entre public et privé, le mot « désir » n’évoque-t-il pas immédiatement les désirs interdits ? A quoi bon se soucier du désir après avoir affirmé que nous n’avons pas besoin de partenaire pour satisfaire nos envies de jouissance ?

C’est lumineux d’introduire la déconstruction à ce stade. Car, plutôt que de « non-désir », j’aurais dû parler de déconstruction du désir.

Commençons par la construction. Par une sorte de coïncidence, ce matin (avant de lire Marie B.) j’ai retouché un article ancien, « Brasero ». Une histoire typique de construction du désir, par le contournement des contraintes sociales, de la morale bien entendu, avec un artifice qui permet de s’affranchir de toute idée préconçue de ce que l’être désiré devrait posséder et serait en mesure de nous donner.

Déconstruire, comme l’entendait J. Derrida (in Marges de la philosophie), revient à trouver un procédé qui bouscule la domination d’un concept par un autre désigné comme son contraire : moderne/traditionnel, savant/profane, etc.

L’image du village qui retourne au sable, pour moi, est celle du désir qui s’est évanoui au lever du jour, avec G. Elle réaffirme la nature évanescente et fulgurante des moments extatiques, des visions, des envies, de notre vie même. Mais Marie B. écrit autre chose :
Que le rituel commence par un orgasme, qu’il commence par un feu d’artifice… Oui, mille fois oui… Pour qu’ensuite il soit possible de sortir de l’éblouissement, pour qu’ensuite, il soit possible de trouver la lumière… C’est bien ce que j’ai eu envie de saisir dans mes lectures au sujet du tantrisme.

Mais rien de raisonné, aucune recherche, aucun rituel.

L’extase pour moi, c’est le point d’équilibre.

Parfois ce point devient une ligne qui s’étire et s’étire.

Mais jamais je ne peux dire quand ce sera possible,

Et jamais je ne peux savoir quand sera l’instant !
Je lis dans ce passage le renversement de l’opposition entre jouissance et extase, entre le désir du corps et ce « désir de lumière » que je désignais dans « La robe bleue ». La déconstruction, dans ce cas précis, revient à examiner des propositions comme « l’extase est une forme de jouissance », ou « la jouissance est une forme d’extase », renversements qui permettent de s’affranchir du point de départ, de la direction (aux deux sens du terme), du point d’arrivée…

S’affranchir aussi de ce qu’on attend de « l’autre ». Se libérer de l’attente. Les moments les plus heureux de ma vie sont ceux où tout le plaisir est dans le présent. Où je peux même quitter une femme pour goûter à satiété le plaisir vécu avec elle, au moment même où la logique conservatrice me dicterait de la « prendre » et de tout faire pour « rester ensemble »… Je ne renonce à rien ; c’est le passage imperceptible de la jouissance à l’extase, comme sur un ruban de Mœbius. Je ne sais d’ailleurs plus où est le désir, ni où il en est.

Je me souviens que, jusqu’à une époque récente, je comptais les jours, les heures et les minutes, avant une rencontre amoureuse. Il faudra que je raconte la fois où je me suis branché sur cette sensation du bassin qui se remplit, où cette attente a basculé. Depuis, je sens au contraire un apaisement grandissant avec la proximité des jours et des corps, un peu comme la couche de stress qui s’évanouit chez une femme (non perturbée) sur le point d’accoucher. Contrairement à autrefois, j’aime que ce qui était prévu change au dernier moment.
Y aura-t-il un jour où je pourrai dire comme toi « certaines rencontres ne m’apprennent plus grand-chose sur la vie » ?

Curieusement, c’est peut-être dans les détours les plus connus qu’il y a le plus à apprendre et si j’ai parfois l’impression d’avoir exploré mille aventures, c’est dans la simplicité, le non-extraordinaire, l’absence de magie apparente que l’extase prend source… J’ai décrit cette expérience aussi dans l’activité qui sculpte ma vie encore quelque temps. J’en suis à l’affinage, au lissage, aux détails, chaque jour davantage et chaque jour plus précisément quand tout semble si simple.

Qu’y a-t-il dans un feu d’artifice sinon de la lumière ?
Je n’apprends plus grand chose dans les rencontres « socialisées ». Non pas que je les déprécie. Je vois une amie en ce moment, nous vivons de grands moments de tendresse. Nous étanchons notre soif de jouissance, souvent après un repas sobre et savoureux. Mais il n’y a rien de nouveau pour moi/nous dans cet éblouissement des sens, rien qui me/nous « pose question ». Mais peut-être justement parce que, sans être ritualisée, la rencontre est… programmée à l’avance ? Comme au restaurant : « Ah, tiens, aujourd’hui ils n’ont pas servi de coriandre avec les nems ? »

La « simplicité » et le « non-extraordinaire » dont parle Marie B. prennent souvent place dans les circonstances très particulières induites par sa profession. Je veux bien moi aussi parler de simplicité quand je quitte une femme après avoir ressenti une supernova dans ma tête en effleurant ses lèvres, mais elle reste quand même une femme unique dans un moment extraordinaire !
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Mercredi 26 octobre 2005 3 26 /10 /Oct /2005 00:00
Je réponds à quelques points du blog de Marie B., « Métaphore » :
Julien Lem commente sur AUTOSEXUALITE :

Au préalable : il me paraît bien difficile de parler de plaisir ou de jouissance sans jouir ensemble… A défaut, nous utilisons de belles métaphores qui enjolivent la réalité sans lui donner corps. C’est pourquoi je ne sais pas vraiment partager quelque chose qui n’a pas déjà été partagé, reconnu par ma « partenaire ». Certes, c’est une reconnaissance momentanée, révocable à tout moment dans la réécriture du passé, mais elle a été vraie au mois un jour.

Je ne sais pas si les deux premières phrases sont des généralités ou s’il s’agit de nos échanges en particulier. J’embraye donc sur un plan général qui inclut le particulier de nos récits !

Si métaphore il y a, je la trouve dans les jardins et l’arbre qui s’y épanouit au passage ! Je la trouve aussi dans « masturbation de la pensée » puisqu’il n’y a rien de très « manuel » dans la démarche…

Je la trouve encore dans le titre des photos....
Pour moi aussi cet échange se situe sur un plan général qui inclut le particulier de nos récits, rencontres au niveau des mots, des symboles, et « non-rencontres » au niveau matériel. Dans toute relation je perçois des mouvements de désir et de « non-désir ». Mais, ce qui me paraît unique dans notre échange, c’est que j’apprends plus du non-désir que du désir. Il y a un décalage entre nos images, nos lectures des symboles, et je me garderais de le réduire à la sempiternelle différence homme-femme, même s’il est possible que les hormones tirent quelques ficelles dans nos cortex…

Par exemple, les photos. Les métaphores qui me viennent pour décrire les sensations d’une relation amoureuse sont avant tout celles de l’eau, de la terre, du feu et du vent : la chaleur, la fraîcheur, le mouvement, l’immobilité, l’obscurité, la limpidité, et j’en passe… Ces images me « touchent » sans détourner le flot du désir. Les fleurs, les arbres, les paysages ont un tout autre effet qui m’appelle à la solitude et au « non-désir ». Il me revient en mémoire un détail que (intentionnellement ?) je n’avais pas consigné dans mon journal après la première rencontre fusionnelle avec Marie (« Marie (1) »). Le même soir nous étions invités à dîner chez des amis communs. Je l’ai donc retrouvée au métro, en compagnie de son homme, comme si de rien n’était. Elle a insisté pour acheter un magnifique bouquet de fleurs blanches ; son homme a râlé pour la dépense inutile… Elle m’a tendu le bouquet pour que je le tienne dans le métro, mais sur le geste du don ; elle m’a confirmé plus tard que j’en étais le destinataire. Autant j’ai été ému par son geste, autant je suis resté indifférent à l’objet. C’est elle que je regardais, c’est elle que je voulais sentir encore, goûter… Mais les fleurs étaient peut-être un moyen de forcer ma discrétion dans une situation très dangereuse pour elle ?
Parce que  les définitions, tant du plaisir que de la jouissance ne font aucune mention de la présence ou de l’absence d’un partenaire. Il n’y a bien qu’en parlant de masturbation quand on ne conjugue pas la forme pronominale qu’on peut entrevoir une tierce personne !
C’est vrai, mais dans tous mes écrits de la série « Lire de bas en haut » je ne parle que de rencontres qui ont eu pour moi une dimension extatique ou « magique » dans laquelle « l’autre » était un acteur indispensable. Il y en a bien d’autres, sur le mode de la jouissance, mais elles ne m’apprennent plus grand chose sur la vie — pas plus qu’une bonne bouteille ou un bon repas.
Quant à l’orgasme défini comme le point culminant du plaisir sexuel, je souris en constatant que le « plateau » serait un ensemble de points culminants à la même altitude…. et qu’il n’en est pas fait mention dans le dico !

Je me souviens, des cours magistraux à la fac qui disséquaient les orgasmes masculin ou féminin avec méthodologie. J’imaginais un couple bardé d’électrodes se livrer aux délices du sexe en faisant bien attention à ne pas décoller les capteurs… Je vois difficilement comment prouver autre chose que ce que l’hypothèse cherchait à démontrer !
Pour moi ce fut une grande découverte quand une « partenaire de jouissance » m’a dit sa préférence pour des orgasmes non simultanés. Lâcher prise à tout ce protocole !
J’ai du mal avec le partage. Quand je partage un gâteau, je mange ma part qui n’est pas celle du voisin…. Elle peut contenir la cerise ou non….
Le plus souvent, je commence par celle du voisin. J’ai grandi avec des chiens ! ;-)
Trente deux mois de plénitude dans ma vie, voilà un drôle de partage, rempli de poésie, de métaphores, accepté de fait, mais incontrôlé... Ce partage de l'oxygène, des nutriments, de la moindre sécrétion hormonale... Symbiose parfaite...
Trente deux mois de ce que j’appelerais une relation passionnelle, ça me donne le vertige aujourd’hui. Je me rends compte que, lorsque j’ai des envies de passion amoureuse, comme dans la solitude d’un jardin public, je suis plutôt dans le fantasme d’un recommencement, d’un déni du temps qui passe. C’est d’ailleurs l’image que me renvoient les couples de grande différence d’âge, lorsqu’ils s’exposent dans des projets de vie commune, d’achat immobilier, d’enfantement… En contrôlant mes sentiments je fais preuve d’ouverture d’esprit, et en même temps je ressens un malaise parce qu’ils me renvoient à ce fantasme.
J’ai des difficultés aussi avec la réalité. Parfois, je vois du bleu et mon voisin du vert……

Trente deux mois parasitée, c'est la définition, c'est la réalité...

Après, quand les corps acquièrent une individualité, c'est une autre réalité, d'autres arrangements entre besoins essentiels et désirs désirés partagés...
La semaine dernière j’ai parlé de ce qui tu as écrit sur ta vie conjugale avec Catherine, la doyenne de mes amies tendres. Elle s’est montrée très dubitative sur le fait qu’une femme puisse simuler à répétition sans que son partenaire s’en rende compte. J’avais compté chez elle quatre orgasmes et demi avant cette discussion, et je lui accorde que seul le « demi » aurait pu être contesté par un arbitre.
La réécriture du passé ne serait-elle pas le vécu du présent ?

Que penser d’une femme qui revisite son accouchement et le trouve soudain violent ?

Que penser d’une femme qui parle de jouir à la sortie de son  nouveau-né ?

Que racontent les mots ?
Depuis le début il est clair que mes récits, même copiés de notes « dans le feu de l’action », sont une réinterprétation à l’aune de ce qui me paraît significatif aujourd’hui. Le choix même des événements est une clé de lecture.
Je ne sais pas quelle est la sensation d’un homme qui jouit. Ni les cours de la fac, ni mes partenaires n’ont pu me faire « comprendre » !

Je frémis à travers mon corps des vibrations du leur, je sens leurs odeurs, j’entends le rythme du dedans et les chuchotements de la voix, je touche leur chaleur, leur moiteur, leur liquide, leur froideur, je goutte le sel de leur peau ou la saveur de leurs sécrétions. Tout se fond, se confond, s’arrange et se dérange au fil des pensées et des attentes….

Car attente il y a…..

Car désir il y a….
Les lectrices qui ne me connaissent pas seront peut-être déçues d’apprendre que je me soucie bien peu de ce que ressent une femme dans la jouissance. Là je veux bien reconnaître une différence homme-femme, car je pars du principe que le prochain orgasme sera encore plus intense. Les hommes peuvent se soucier de leur jouissance parce qu’elle est la plupart du temps unique, dans une rencontre intime, et qu’ils se croient démunis ensuite pour accompagner leur partenaire dans sa ou ses jouissances.

Il est assez surprenant d’apprendre, à propos des rituels « tantriques » (dans le très sérieux bouquin de Jean Varenne) que le « rituel » commence par un orgasme — de l’homme bien entendu, on est dans une société « traditionnelle », ne l’oublions pas ! Ma lecture en est que la voie de l’extase est complètement dissociée de la force ascensionnelle de l’excitation des organes génitaux, du moins c’est ce que j’ai vécu avec Patricia-Iliena.
Je suis entrée dans cette période stérile ou l‘appel des sens n’est plus celui de la reproduction.

Quel est-il alors ?

Dans ses revirements hormonaux la femme oscille dès l’enfance passée, chaque cycle, chaque grossesse, chaque cycle… Puis, l’heure venue elle redevient «androgyne » sans plus d’autres promesses que de savoir… Quand elle sait…
Catherine pourrait te parler de sa déconstruction des idées reçues à ce sujet. Mais chacune, bien sûr, a un cheminement singulier…
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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Dimanche 16 octobre 2005 7 16 /10 /Oct /2005 00:00
Marie B. a posté un article sur l’autosexualité. J’y réponds dans un commentaire.
Par Julien Lem - Publié dans : Sexe
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