Samedi 7 janvier 2006
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Marie B. écrit « Dévotion » en réponse à mon article « Lychee » :
Pour ce qui est du fétiche, je viens de modifier mon article « Lychee » en précisant : « … que le corps de l’être aimé, désiré, devienne un fétiche dans le temps très bref de ce culte sans rituel… » Je ne pensais donc pas à un fétichisme au quotidien, mais plutôt dans les moments d’embrasement — quand le monde est sans dessus dessous et les amants sans dessous dessus.
J’ai plus de mal à associer la dévotion et l’invisible. Dans « L’Empire des sens », Oshima écrit un poème magnifique sur la dévotion en montrant justement ce qu’on ne montre jamais, ou si l’on veut en faisant plus porno que les pornos de l’époque… Ce film marque pour moi la fin historique de l’amour courtois, ce jeu de cache-sexe. Dans l’érotisme, je n’ai aucun attrait pour le mystère, et rien ne m’ennuie plus qu’un rituel de déshabillage. En fait, je connais d’avance la plupart des détails que les femmes ont besoin de cacher, et je suis rarement surpris par la découverte d’un trait anatomique. Et puis, le mystère ainsi cultivé reste purement visuel, donc insipide.
« L’Empire des sens » est aussi un hommage profane au lingam, objet de dévotion par excellence : les femmes qui arrosent un lingam de pierre avec du beurre clarifié, du lait ou des poudres colorées, savent très bien ce que tout cela représente dans leur intimité… Mais tout dépend de ce qu’on appelle dévotion, bien sûr. Un jour, Iliane-Patricia s’est mise à colorier mon sexe (voir « La voie de l’extase (4) »). J’ai associé son geste à une pratique dévotionnelle, bien qu’il fût spontané : elle était en train de passer du henné dans ses cheveux et je la regardais, fou de désir… Ce n’est pas la force symbolique de la situation qui m’a ému, mais la seule ferveur de son geste qui me procurait du plaisir.
J’aime être touché pour le plaisir du toucher, et non pour ce que mon corps (ou une partie de mon corps) représente. J’aime serrer dans mes lèvres et mordre tendrement le mamelon durci d’une femme, non pas pour ce que ce geste renvoie symboliquement (un revécu de l’allaitement ? bof !) mais pour la sensation prodigieuse qu’il éveille. Quand il m’arrive de goûter du lait dans cette caresse, c’est le lait de la femme-amante, pas celui de la femme-mère, que je recherche… Beaucoup de femmes allaitantes disent avoir de la difficulté à accepter cette attirance ; je crois qu’elles ont de la difficulté à vivre le rapport « polygame » qui s’installe avec plusieurs adorateurs qui ne partagent pas les mêmes sensations. Elles se lâchent plus facilement avec un amant qu’avec le père de l’enfant. (Freud a encore frappé ?)
Bien que les mots de Marie B. me paraissent raisonnables, j’ai l’impression qu’elle s’en est servie pour habiller un non-dit dans sa relation avec le corps de l’homme. Il n’est pas facile de dénuder ses sensations, il y a tellement de couches depuis l’enfance… Mais on peut toujours jouer au strip poker par blogues interposés !
Comme c’est vrai !Je me retrouve dans sa recherche de l’intégrité, de la simplicité, du spontané. Ce que Marie B. écrit au sujet des hommes en « attente de la ferveur qui ne vient pas », je crois l’avoir vécu aussi avec des femmes, pour qui les gestes de la ferveur pouvaient être différents, mais l’attente aussi pesante… Et, pfff, mon sexe mourait d’ennui ! L’homme est souvent en demande de sensations fortes qui relèvent de la mécanique du plaisir, mais la femme peut aussi s’enfermer dans une sorte de mécanique mentale.
J’ai souvent senti une véritable dévotion de la part de mes amants pour le jardin secret humide, pour les seins en érection, la courbe des hanches ou le doux du ventre…. Les plus rustres ont laissé transparaître cet aspect, et s’ils ont parfois consommé, comment leur en vouloir ? Dans les temples du monde, il y a des dévôts fervents et des consommateurs de billets pour l’avenir, les uns étant souvent les autres à quelques jours de distance…
Comme c’est vrai !
Le pénis, linga vivant, ne m’apparaît pas comme un objet de dévotion…. Et je sens fort la demande des hommes qui souhaitent recevoir autant que ce qu’ils offrent sous cet aspect…
Est-ce le mystère qui appelle la dévotion ?
L’érection si visible, si ostensible, si attirante chez le mâle annihilerait-elle l’effet du mystère ? Et en conséquence la dévotion ?
Et cette demande si insistante d’échange, donnant-donnant, que j’ai perçu chez les plus subtils, les plus respectueux de mes compagnons amoureux, cette attente de la ferveur qui ne vient pas, n’a jamais empêché les ébats mais les rendait forts « plats »…
Plus loin, et évidemment en considération de la vie qui fait mon quotidien, s’impose l’éloge de la simplicité.
S’il y a un culte sans rituel, c’est celui de la vie, celui du corps en entier… Alors la rencontre est amoureuse ou « naît pas » et reste seulement un moment agréable…. Aucune partie du corps, aucune partie du compagnon ne devient fétiche…
C’est peut-être tout simplement mon propre désir de demeurer entière….
Pour ce qui est du fétiche, je viens de modifier mon article « Lychee » en précisant : « … que le corps de l’être aimé, désiré, devienne un fétiche dans le temps très bref de ce culte sans rituel… » Je ne pensais donc pas à un fétichisme au quotidien, mais plutôt dans les moments d’embrasement — quand le monde est sans dessus dessous et les amants sans dessous dessus.
J’ai plus de mal à associer la dévotion et l’invisible. Dans « L’Empire des sens », Oshima écrit un poème magnifique sur la dévotion en montrant justement ce qu’on ne montre jamais, ou si l’on veut en faisant plus porno que les pornos de l’époque… Ce film marque pour moi la fin historique de l’amour courtois, ce jeu de cache-sexe. Dans l’érotisme, je n’ai aucun attrait pour le mystère, et rien ne m’ennuie plus qu’un rituel de déshabillage. En fait, je connais d’avance la plupart des détails que les femmes ont besoin de cacher, et je suis rarement surpris par la découverte d’un trait anatomique. Et puis, le mystère ainsi cultivé reste purement visuel, donc insipide.
« L’Empire des sens » est aussi un hommage profane au lingam, objet de dévotion par excellence : les femmes qui arrosent un lingam de pierre avec du beurre clarifié, du lait ou des poudres colorées, savent très bien ce que tout cela représente dans leur intimité… Mais tout dépend de ce qu’on appelle dévotion, bien sûr. Un jour, Iliane-Patricia s’est mise à colorier mon sexe (voir « La voie de l’extase (4) »). J’ai associé son geste à une pratique dévotionnelle, bien qu’il fût spontané : elle était en train de passer du henné dans ses cheveux et je la regardais, fou de désir… Ce n’est pas la force symbolique de la situation qui m’a ému, mais la seule ferveur de son geste qui me procurait du plaisir.
J’aime être touché pour le plaisir du toucher, et non pour ce que mon corps (ou une partie de mon corps) représente. J’aime serrer dans mes lèvres et mordre tendrement le mamelon durci d’une femme, non pas pour ce que ce geste renvoie symboliquement (un revécu de l’allaitement ? bof !) mais pour la sensation prodigieuse qu’il éveille. Quand il m’arrive de goûter du lait dans cette caresse, c’est le lait de la femme-amante, pas celui de la femme-mère, que je recherche… Beaucoup de femmes allaitantes disent avoir de la difficulté à accepter cette attirance ; je crois qu’elles ont de la difficulté à vivre le rapport « polygame » qui s’installe avec plusieurs adorateurs qui ne partagent pas les mêmes sensations. Elles se lâchent plus facilement avec un amant qu’avec le père de l’enfant. (Freud a encore frappé ?)
Bien que les mots de Marie B. me paraissent raisonnables, j’ai l’impression qu’elle s’en est servie pour habiller un non-dit dans sa relation avec le corps de l’homme. Il n’est pas facile de dénuder ses sensations, il y a tellement de couches depuis l’enfance… Mais on peut toujours jouer au strip poker par blogues interposés !

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