Pensées en vrac

Vendredi 17 mars 2006 5 17 /03 /Mars /2006 00:00
Lu chez des amis :
On trouve presque partout normal de frapper les enfants pour les faire obéir alors que cette méthode d’éducation expose les enfants, les adultes qu’ils deviennent et la société dans son ensemble à de graves dangers.

Les enfants sont d’ailleurs aujourd’hui dans presque tous les pays la seule catégorie d’êtres humains qu’il soit permis de frapper légalement, alors qu’ils sont aussi les êtres humains les plus fragiles, les plus vulnérables et ceux sur lesquels la violence a les conséquences les plus graves. Alors que dans les sociétés anciennes, on avait le droit légal de battre les esclaves, les domestiques, les soldats et les marins, les prisonniers, les femmes, aujourd’hui, dans presque tous les pays, seuls les enfants peuvent être encore légalement frappés.

Cette anomalie ne nous apparaît pas comme telle parce que nous avons presque tous subi à des degrés divers la violence éducative et que nous avons acquis sous les coups, depuis notre petite enfance, la conviction qu’elle est le privilège normal des parents.

[…]

Les progrès de la connaissance en neurobiologie ne permettent plus de douter des dangers de cette pratique que les enfants subissent souvent pendant toutes les années où leur cerveau se développe. On sait notamment depuis peu que des neurones, appelés par celui qui les a découverts « neurones miroirs », enregistrent fidèlement tous les gestes que nous observons et que ces mêmes neurones s‘activent au moment où nous reproduisons ces gestes. Ainsi, les gestes de violence des parents préparent dans le cerveau de leurs enfants des chemins neuronaux à la reproduction de ces mêmes gestes. Autrement dit, la première chose qu’un enfant apprend quand il est frappé, c’est à frapper et notamment à frapper les êtres plus petits et plus faibles que lui.

Le fait de trouver normal de frapper les enfants, alors qu’on serait indigné d’être frappé en tant qu’adulte, est un des pires effets de la violence éducative : on devient aveugle à l’immoralité qu’il y a à frapper un être plus petit que soi et totalement sans défense. Ce qui ne nous empêche pas de proclamer et d’enseigner aux enfants qu’« il ne faut pas faire à autrui ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse ». La raison de cet aveuglement et de cette incohérence est simple : les premiers coups que nous avons reçus des êtres que nous aimions le plus, nos parents, nous ont inculqué l’idée qu’il était normal de frapper les enfants. On ne se défait pas facilement d’une conviction acquise à un âge où l’on n’avait aucun moyen de la contester. Comme le dit un proverbe, « la dernière chose dont prend conscience le poisson, c’est de l’eau de son bocal ».

L’aveuglement concernant cette violence éducative ambiante, et donc perçue comme normale, est accentué par la croyance selon laquelle les enfants et les jeunes qui ont des comportements violents n’auraient pas été élevés assez sévèrement. Alors que c’est le plus souvent l’inverse qui est vrai et que la violence que manifestent ces jeunes est presque toujours la résurgence de multiples violences subies dans leur enfance.

(Voir le premier communiqué de presse de l’OVEO)
Seize pays ont actuellement interdit toute forme de violence éducative : la Suède (1979), la Finlande (1983), la Norvège (1987), l’Autriche (1989), Chypre (1994), l’Italie (1996), le Danemark (1997), la Lettonie (1998), la Croatie (1999), la Bulgarie (2000), l’Allemagne (2000), Israël (2000), l’Islande (2003), l’Ukraine (2004), la Roumanie (2004), la Hongrie (2005)…

Lire les commentaires et mes réponses…
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 11 mars 2006 6 11 /03 /Mars /2006 22:03
— Let us meet at 8 p.m. near the gate of La Sorbonne faculty. How can I recognize you ?
— I am tall and blond. I will wear a black coat.
8h05. Il n’y a plus d’entrée à la Sorbonne. Des grilles et une palissade de chantier que je ne pouvais pas prévoir car je n’ai pas lu les journaux depuis mon départ. La place est noire de blondes serrées dans des manteaux noirs pour affronter le vent glacial. Il y en a pour tous les goûts et de toutes les tailles — au fait, ça ressemble à quoi, une grande Brésilienne ?

Je ne peux pas les aborder car j’ai oublié le prénom de mon invitée. Mal barré pour un plan French lover. Je me marre en songeant à ce héros de « L’ignorance » qui fait l’amour avec une amie d’enfance dont il a oublié le prénom, elle qui n’a cessé de penser à lui au fil des années perdues. Il finit par se prendre une vraie claque.

Pourquoi a-t-elle tant insisté pour me rencontrer ? Étudiante en médecine, son père est un médecin renommé very good friend d’une militante anglaise avec qui je suis en contact. London connection.

Les blondes et leurs manteaux noirs ont laissé la place à de grands blonds vêtus de noir. Avec casques et matraques. Souvenirs souvenirs… Le vent pique un peu plus fort et je commence à sentir une montée d’adrénaline. Il me prend l’envie de rentrer plutôt que de passer la soirée à parler de tout et de rien. D’ailleurs, j’ai une conférence à préparer pour un public médical et plein d’idées me viennent. Je me faufile entre les CRS jusqu’à la station Luxembourg. Une horloge — je n’ai jamais de montre — m’annonce qu’il est 8h25. La marge est sans doute trop faible pour une Sud-américaine, mais je n’aime pas attendre, elle le saura pour la prochaine fois.

J’ai dîné à « La montagne d’or » comme prévu : on ne peut pas offrir moins qu’une montagne d’or à une blonde ! En réalité, je préfère y aller seul car ils sont très chaleureux, ils cuisinent bien, et ça ne me gonfle de parler en mangeant. Cette salade thaïlandaise aux calamars est particulièrement réussie.

Entre deux plats je feuillette Politis ou j’observe la salle. Tout au fond, un homme accompagné de son chien est en train de s’adresser d’une voix forte à la table voisine :
— Si vous ne pouvez plus bouger les bras, si vous avez mal à la nuque et des difficultés à parler, n’hésitez pas une seconde, appelez le SAMU !
Ayant manqué le début, je ne sais pas de quoi il s’agit, mais je n’oublierai pas de suivre son conseil si ce sale truc m’arrive. Bien que je ne voie pas vraiment comment appeler le SAMU avec les bras paralysés. D’ailleurs, je ne connais même pas le numéro, il faudra que je me renseigne. Depuis mon enfance je n’ai jamais consulté de médecin. Larissa (j’ai retrouvé !) aurait eu un sujet de conversation.

Les premiers clients sont partis et la salle est presque vide. L’homme au chien refuse un alcool — le petit verre offert aux seuls habitués. La jeune femme qui fait le service a remarqué quelque chose. Elle lui demande s’il reviendra accompagné.
— Ce soir je suis seul car ma femme est à l’hôpital.
— Ooooh, qu’est-ce qui lui est arrivé ?
— Infection au cytomégalovirus. Elle est dans le coma.
— …
Le jeune homme me lance un regard triste comme celui de son chien. Je lui renvoie un sourire.

Être heureux et bien dans son corps, c’est sans doute cela, la montagne d’or.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /Mars /2006 18:33
Je suis très mauvais pour ces célébrations : Journée de la Femme (inventée par Lénine), Fête des Mères (inventée par Pétain), St Valentin (inventée par Tintin)… Est-ce que c’est une bonne idée, ou encore un truc à la con pour faire vendre des babioles et des grands sentiments ? Je n’ai aucun avis, sauf que je ne suis pas un bon client des fleuristes ; je n’ai même pas changé de chaussettes ce matin.

Alors je glande sur les blogs (un jour va falloir que j’arrête de mettre ce mot en italiques, carrément ringard) à la recherche d’idées. Trop drôle, la vanne de Madison… Et puis je suis tombé en arrêt (oui, la queue tendue, comme les chiens du même nom) devant un passage du post de Nina : « 8 mars, journée mondiale de la femme » :
Pourtant, être une femme, c’est beau. Certes, je ne pourrai jamais faire pipi debout et j’ai mes règles tous les mois mais je ne regrette pas d’être née femme. Un jour, je donnerai la vie à mon tour, je sentirai un enfant grandir en moi, je le verrai grandir en dehors de moi mais même quand il ne vivra plus dans mon ventre, un lien existera toujours entre nous quoi qu’il arrive. Je suis née femme et ce n’est pas un handicap car je suis née au bon endroit. Je suis maîtresse de mon corps et de ma vie.
J’adore. (Nina aussi, je l’idéalise, mais c’est du domaine privé.) J’adore lire ces mots d’une femme qui n’a pas encore eu d’enfant. Je suis amoureux des femmes enceintes, c’est grave docteur ? Alors je me bats à longueur d’année pour qu’elles ne soient pas victimes de maltraitances dans ces poulaillers industriels que sont devenues les maternités. Je ne peux pas en écrire plus, cherchez sur Google.

Aujourd’hui, cette courte citation me donne l’occasion de dire mon amour des femmes-amies-compagnes-amantes-mères… Bref, de la vie, merde.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Lundi 6 mars 2006 1 06 /03 /Mars /2006 19:39
Pourtant je ne suis pas concerné par le CPE, ni le CNE, ni d’ailleurs personne de mes proches. Je fais partie des baby-boomers privilégiés. Aucune inquiétude à avoir en ce qui me concerne — cela n’a pas toujours été le cas — je peux continuer à faire le boulot qui me passionne jusqu’à la retraite, sans être milliardaire.

Aujourd’hui je n’aimerais pas être un vingtenaire (sauf pour les filles, une fois par semaine ;-)

Je n’aurais pas envie de vivre les galères de jeunes qui ont « tout pour s’en sortir », sans parler des autres. Ils ont besoin de notre solidarité. C’est nous, collectivement, qui avons créé le monde dans lequel ils rament. Commençons par ça, la solidarité.

Un article que j’ai trouvé intéressant, parmi d’autres : suivre ce lien
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Lundi 6 mars 2006 1 06 /03 /Mars /2006 00:21
Dans « Les hommes de ma vie », Vernnone écrit :
> Je considère que l’amitié homme-femme passe toujours par le
> sexe à un moment ou à un autre. Ce n’est pas gênant. Ce
> qui l’est, c’est les faux amis qui n’attendent que cette histoire
> et qui jouent les frères ou les sœurs en attendant de pouvoir te
> faire l’amour. Et encore, c’est un peu hypocrite mais très humain.
> L’amitié homme femme est-elle possible sans sexe ? Je vais peut-
> être lancer le débat.
Je crois qu’il y a toujours « du sexe » dans l’intimité homme-femme (hétéros), et je rejoins Nietsche qui disait que pour qu’une amitié homme-femme soit durable il y faut une bonne dose de répulsion physique. ;-)

Mais quand je dis « sexe » je ne veux pas dire automatiquement rapport physique. Je veux parler du désir, dans un sens, dans l’autre, parfois les deux. Parfois en continu, produisant un fond de frustration (qui peut nourrit la relation par certains côtés), parfois en intermittence, ou même en fulgurance comme dans une étreinte unique, un baiser partagé sous une pluie battante (pour utiliser un cliché cinématographique), une roulade dans la neige… Il se peut que cette fulgurance comble le désir et donne encore plus de saveur à la relation, si elle n’est pas rattrapée par la culpabilité bien sûr. Mais, dans toutes ces situations, il y a « sexe » au sens où la « question du désir » reste présente, obligeant chacun à une grande vigilance.

J’ai souvent vécu des situations rappelant ces beaux films « Ma nuit chez Maud » et « Lost in translation » : une rencontre qui s’épuise dans la parole. Un échange courtois et distancié où chacun baigne dans l’illusion de ne pas être attiré physiquement, ou de ne pas percevoir le désir de l’autre. Un jeune homme m’a confié qu’il vivait souvent quelque chose de semblable, des nuits entières à se parler, pour se sentir vidés d’énergie au petit matin...

Je pense que ça mérite d’être regardé autrement que comme une « occasion manquée ». La frustration est en fait installée dès le début de la relation. Après de nombreuses expériences, je me rends compte qu’elle est le signe d’une immaturité sentimentale. Je veux dire que, si on se sent dans une grande intimité affective au point de parler une nuit entière, ou de se rencontrer pendant de longues périodes, il est immature de s’abstenir de parler du désir. Elle est là, elle me parle, ce qu’elle dit m’intéresse ; mais, en même temps, dans le non-dit, les regards ou les gestes, elle m’inspire du désir. Je n’ose pas le lui dire mon « trouble », non pas parce que ce serait trop intime, mais parce que j’ai peur qu’elle me réponde qu’elle ne me désire pas. D’ailleurs, souvent dans cette situation je vais parler de choses intimes vécues avec d’autres femmes, et elle fera de même. Donc ce n’est pas une question de pudeur : on a envie de tout déballer, sauf ce qui est important dans l’instant présent !

Il y a une façon (ou mille façons) de parler sans qu’elle se sente brusquée ni poussée vers une réponse favorable à ce désir — car il y a des femmes et des hommes qui « cèdent » parfois pour ne pas décevoir l’ami(e)… J’ai peur de dire parce que j’ai peur d’entendre en réponse un non-désir. Alors je détourne et prolonge la conversation. Peut-être même je vais cesser de m’y investir vraiment, ce que tu qualifiais « d’hypocrite mais très humain »… Comme c’est vrai, et j’y perçois de la bienveillance pour les hommes qui t’ont ennuyée avec leurs salades !

Je suis très fort pour conseiller les autres sur ce sujet. D’ailleurs, le jeune homme a écouté mes conseils et ça a bien marché pour lui… ;-) Mais je suis encore loin d’être mature. Bien souvent je sens cet engrenage de la conversation-sans-fin se mettre en place sans être capable d’éviter le piège.

Peut-être pourrait-on convenir dès le départ que toutes les 10 minutes on fera le point mentalement en se posant la question : « Est-ce que je parle vraiment de ce dont j’ai envie de parler ? Est-ce que j’exprime mes sentiments, mes désirs ? Ou bien est-ce que je me contente de soigner la façade pour que l’autre continue à penser que je suis quelqu’un de bien ? »
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Samedi 25 février 2006 6 25 /02 /Fév /2006 10:06
Vernnone écrit dans un commentaire  :
— Tu as envie de voyager ? Tu t’ennuies avec nous ?...
Sur le coup j’ai cru que son commentaire m’était destiné, puisque j’avais exprimé ma désillusion à partir des stats de fréquentation de ce blog. J’avais donc commencé à rédiger une réponse qui devient maintenant une pensée en vrac à partager avec d’autres.

Non, je ne m’ennuie pas dans le cercle toujours plus large des blogs que j’aime lire quotidiennement (voir les liens). Je suis ému par certains échanges, comme les commentaires postés récemment après l’article « Amoureux ? » publié par Ligérienne. En les lisant j’ai eu un flash de 4 amis de longue date assis autour d’une table à savourer la douceur d’une soirée d’hiver. :-)

Le blog est une manière singulière de communiquer « cœur à cœur » sans charrier tout le poids du vécu et des préjugés. Sans enjeu, certes, mais pas sans plaisir. J’y ressens parfois le même frémissement que pour cet exercice les yeux bandés décrit dans « La voie de l’extase (7) ». Sauf que ça dure plus longtemps... ;-))
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /Fév /2006 00:23
Je consulte parfois la liste des requêtes sur moteurs de recherche qui ont amené des lecteurs sur ce blog… Voici le dernier palmarès :
9 contes erotiques
5 jeux de poupée
5 molecules d'attirance sexuelle
4 l'ile des gauchers
3 metaphores
3 comment reconnait-on un aveugle sur une plage de nudiste?
3 gout du sperme
3 doctoresse decalotte
3 plaisir solitaire
3 tantrisme
3 ondinisme
2 "sondage" + "fidelite + "amour"
2 julien
2 "contes erotiques"
2 agathe andre charlie hebdo
2 ses seins a travers son pull
2 suedoises mouillees
2 overblog + aviron
2 image du livre le fils du loup et le loup des mers
2 jeune femme nue et soleil et nature et blog et sexe
2 problemes de couples
2 comment eviter de se faire envahir sur le web
2 collier griffe loup
2 exhibition ligerienne
2 stengers sel
2 recits de rencontres voluptueuses
Pffff… Qu’est-ce qu’ils doivent s’emmerder ici ! :-(
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Jeudi 23 février 2006 4 23 /02 /Fév /2006 13:30


Ingrid Betancourt et 3000 personnes retenues en otages dans la jungle bolivienne. Nous pensons à eux.

Comité de soutien

Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /Fév /2006 14:00
Dans deux commentaires (1 et 2) la question est renvoyée : serais-tu, seriez-vous en train de tomber amoureux ?

Au risque de décevoir les fans de blog-aux-roses, il me faut répondre que l’idée de tomber amoureux ne m’effleure pas un instant. Suis-je tombé amoureux dans le passé ? De Blanche, ma « fiancée » autrichienne, certainement, bien que j’étais plutôt amoureux de l’amour, amoureux d’être aimé, ce qui me semble incontournable la première fois. Je suis vraiment tombé amoureux d’Aimée, un soir sous la pluie, et je le suis encore. Je n’en parle pas ici. J’ai été amoureux (au sens de « dépendant » ou « doucement aliéné ») de Grietje puis de Marie. L’amour de Grietje, j’en ai fait mon deuil ; celui de Marie, je ne sais pas, l’avenir le dira peut-être.

Ces périodes amoureuses coincident avec des paroles échangées — ou des écrits — qui ont pénétré bien plus profondément que je ne m’y attendais. Une sorte d’implosion qui n’a rien à voir avec la jouissance ou l’extase sexuelle. Au contraire : les expériences sublimes que j’ai traversées (avec Grietje et avec Iliane-Patricia) ont été l’achèvement des relations amoureuses qui les avaient amenées. Il m’est impossible de « tomber amoureux » de celle qui me transporte sur une autre rive. Mais cela n’interdit pas les résurgences d’une relation « saisonnière ». (Je crains que mes paroles n’aient aucun sens pour celles/ceux qui ont avalé sans mastiquer le modèle social du couple… Tant pis, zappez !)

Dans « être amoureux » j’entends surtout un air de dépendance. La dépendance est liée à la facilité : Grietje habitait la même ville, à dix minutes de trajet. C’était aussi stressant que si nous avions vécu en couple. Une double vie, même avec l’accord des partenaires, c’est aussi bête et aliénant que l’exclusivité sexuelle, avec la rivalité en plus.

Avec Catherine, c’est la première fois depuis l’époque de Grietje qu’une tendre amie se trouve à portée de mon désir. Heureusement, la route n’est pas aussi facile, et le temps nous manque joliment.

Nous nous sommes interrogés sur le désir. Le nôtre monte furieusement quand nous sommes en présence l’un de l’autre, si bien qu’à la fin de nos courtes rencontres il nous prend souvent l’envie de faire le vœu nous revoir aussi tôt que possible. Mais, une fois séparés, le désir tombe à presque néant ; il nous faut faire l’effort de projeter un autre rendez-vous.

Quand je pars la retrouver, je n’éprouve pas cette espèce de fourmillement du corps qui se réjouit de jouissances annoncées. Je pars à la rencontre de l’amie, de l’âme. C’est seulement lorsque nos corps entrent en contact que le prodigieux courant ascendant nous entraîne.

Le plaisir encore chaud nous fait écrire de belles pages.

Alors, amoureux ? Non, amis. Mais ce mot signifie beaucoup pour moi.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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Vendredi 17 février 2006 5 17 /02 /Fév /2006 14:19
13h30, dans l’ascenseur, trois étudiantes. Elles sentent la mayonnaise. 13h40. Solveig ne sent rien. Elle me sourit à cœur ouvert.

Très tôt ce matin je pensais au récit d’une rencontre imaginaire, un beau texte que j’aurais voulu écrire à mesure que les mots se mariaient aux sensations, mais plus l’histoire se faisait présente et plus je retournais dans le sommeil. Cette rencontre a dû se produire, choc des âmes…

Puis le soleil s’est levé et la femme à mon côté a capté mon désir. Elle m’a pris doucement et m’a glissé en elle, sans bouger. Mon corps était dans le plaisir, mon âme encore dans le rêve d’une âme inconnue, si bien que j’avais l’impression de servir de lien entre deux mondes sans leur accorder la moindre réalité. J’ai fini par penser à mon rendez-vous de samedi soir, l’amie-amante. Ce fut un lever de roi.

12h00, pause café au café. Paule Salomon parle de l’homme qui découvre sa partie féminine longtemps niée ou refoulée. Je ferme les yeux, et qu’est-ce que je vois ? Il y a plusieurs femmes en moi !

Chacune de mes tendres amies a creusé son puits de lumière, installé ses pensées, laissé des affaires, des cris, des questions, des mots. Je vous dis pas le bordel. Je pense au mélange des fluides que célèbre magnifiquement Ligérienne, et aussi — moins poétique — à ces fragments d’ADN qui se transmettent du fœtus vers la mère, pour coloniser ses propres cellules et (découverte récente) éventuellement celles des autres enfants à naître. Je ne sais rien de mon ADN, mais les cellules de mon âme ne m’appartiennent plus en propre.

Délicieux poison des amours multiples.
Par Julien Lem - Publié dans : Pensées en vrac
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