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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 19:53
Le temps est à l’orage mais c’est un jour réservé à une descente dans les rochers du bord de mer avec Nelda. Je passe la prendre en voiture. Au début du sentier il ne pleut plus. Une baie est fermée à cause du risque d’éboulement. Nous restons donc sur la petite plage absolument déserte. La mer, très agitée, n’a de cesse de nous arroser les pieds.

Gestes tendres, caresses. C’est bon de contempler son visage fin et de toucher sa peau satinée. Adossée au rocher, elle s’abandonne, je me laisse porter par le désir. Mais, après avoir goûté son sexe…
— Ça va ?
— Pas trop.
Elle pleure. Elle vient de réaliser qu’une fois de plus elle est en train de se soumettre au désir d’un homme, le regard perdu dans le ciel, envoûtée par la force de la nature. Non, ça ne va pas, et pas du tout : en s’abandonnant ainsi, elle se coupe de ses sensations et s’évade de son désir profond. Si je n’avais pas posé de question elle m’aurait laissé faire sans y penser.

Nous laissons retomber l’excitation, enlacés immobiles. Tout a été dit. Puis nous déjeûnons sur le pouce.

Après avoir longuement parlé il nous prend l’envie de quitter la plage pour rechercher l’abri du vent. Quelques promeneurs pointent le nez. Nous remontons dans la forêt, un peu à l’écart du chemin. J’étends mon manteau sur un lit d’herbes et d’aiguilles de pin. Je goûte ses baisers de plus en plus intenses et ses caresses extraordinairement attentives. Cette fois, oui, elle est présente. Je me laisse aimer.

Elle se presse contre moi, sexe contre sexe à travers les habits. Puis elle libère mon arbre pour le serrer avec force. Je roule pour qu’elle vienne sur moi. Elle jouit discrètement. Elle a été d’une telle tendresse que je me sens comblé.

Nous reprenons la route. Il nous reste une demi-heure pour parler à la terrasse d’un café devant le théâtre. C’est un des plus beaux moments de cette journée.

Nelda est belle au point que je n’arrive pas à réaliser que c’est la femme qui me faisait l’amour dans la forêt.

Il s’est remis à pleuvoir.

[Suite]

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Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 22:14
C’est un scénario habituel, trop habituel : un concert privé, le dîner au restau, une chambre d’hôtel. Une fois de plus, l’intimité qui s’éloigne pas à pas, la sensation d’un temps et d’un espace qui rétrécissent tandis que la magie s’est enfouie sous la couette.

J’ai des reproches à faire à Anne et nous nous écrivons longuement. Elle demande mes mains surtout, mes doigts seuls dans un long monologue érotique qui la conduit à la jouissance. C’est alors qu’elle m’invite à la pénétrer avec toute la vigueur possible. Mais mon désir a perdu sa substance, dilué dans mes doigts et les sillons parfumés de son jardin. Il est vrai qu’elle réveille mon sexe avec quelques caresses, mais il y manquait, au départ, le toucher à la racine. J’essaie de réduire le problème à une question de technique tout en sachant qu’il implique d’autres dimensions sur lesquelles je n’ai pas de prise.

Ce soir j’ai à peine pénétré en elle, bridé par l’injonction de ne pas jouir. Elle avait sommeil et je l’ai raccompagnée chez elle. Nos lèvres ne se sont pas rencontrées.

De retour vers l’hôtel je me suis arrêté pour prendre de l’argent à un distributeur. Une femme se tenait debout au bord du trottoir : une maghrébine d’une trentaine d’années, mince et distinguée, qui bavardait avec des jeunes hommes dans une voiture. Elle a fini par leur demander de partir car elle avait « du travail ». Je n’ai pas réalisé ce que pouvait être son travail à 2h00 du matin jusqu’à ce qu’elle se tourne vers moi en demandant d’une voix très douce : « Est-ce que vous avez envie de faire l’amour ? » Je lui répondu non, abasourdi.

Ce n’était pas son offre de services qui me bouleversait mais la forme qu’elle y avait mise. Car c’est bien la première fois qu’une femme me dit ‘vous’ pour m’inviter à faire l’amour — peu importe que ce soit payant ou pas. Elle n’est d’ailleurs peut-être pas professionnelle du sexe ; une étudiante qui cherche à boucler ses fins de mois ? Me voilà sous le charme d’une personne qui invite un inconnu à jouir de son corps sans rien perdre de sa dignité.

Une fois l’étonnement passé je me suis posé la question : pourquoi n’ai-je pas envie de faire l’amour ? Cette demande était tellement fascinante que j’aurais pu y céder, mais ma réponse était sincère. Après tout elle ne demandait pas si je voulais faire l’amour avec elle en particulier… Non, je n’avais envie de « faire l’amour » avec personne, mais plutôt de « sexe ». Faire l’amour, pour moi, c’est obéir à un désir de fusion qui va plus loin que la mécanique et la chimie du plaisir. Toute la soirée j’avais recherché (et trouvé en partie) « le sexe » sans ce désir de fusion. Alors la jeune femme aurait peut-être pu combler mon désir d’une caresse, mais, faire l’amour, vous n’y pensez pas…

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Dimanche 20 avril 2008 7 20 /04 /Avr /2008 14:37
L’autre soir Nelda et moi avons parlé sur sa petite terrasse, accoudés à la table métallique où s’éteignait doucement une flamme de bougie maltraitée par le vent ; puis la seule lumière froide et insolente de la lune éclairait nos visages transis dans les souvenirs de temps de confontation, de détestation, de trahison. Voilà bien un an que nous avons fait la paix, chacun de son côté, un an que je ne pouvais me décider à le lui dire car il y avait toujours une pensée, une intention pour s’interposer dans l’élan du cœur.

Il nous avait même fallu attendre la fermeture du dernier bar pour oser se retrouver seuls dans cet air glacé qui nous a poussés à l’intérieur, côte à côte sous une épaisse couverture. Nos yeux ont supporté les regards, les mots ont su nous réchauffer, puis je me suis blotti dans ses bras, abandonné aux sensations, exempté de l’attente et du renoncement.

J’ai aimé cette vague qui nous portait au pic du désir ; la douceur de ses caresses, l’odeur, le goût de sa peau et de sa bouche, la sauvagerie des frémissements, enfin l’innocence retrouvée au seuil de l’apaisement. Amitié, bonheur silencieux, sans condition… Présence que rien ne presse.
Rien qui m’appartienne
Sinon la paix du cœur
Et la fraîcheur de l’air

(Koyabashi)

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Samedi 29 mars 2008 6 29 /03 /Mars /2008 19:05
Après Piazzola elle m’a fait l’amour.

Les interprètes étaient magnifiques : pianiste, violoniste, bassiste et bandonéon, trois femmes et un homme. Au rappel ils ont joué Oblivion que j’aime tant. Les rappels, c’est ce que je préfère, en musique comme en amour. Anne aime m’emmener au bord de l’épuisement, quand mes paupières se font lourdes, les mains abandonnées à la saturation des caresses. Mes doigts qu’elle a su apprivoiser pour le plaisir, mais qui ne comprennent pas encore la catharsis de la jouissance, quand son regard s’enfuit avec la sensation du temps qui passe.

Au restaurant nous avions tiré le Yiking pour elle. Pour ceux qui ne croient pas aux arrières-mondes (et n’ont aucune raison valable d’y croire) il est prudent de ne faire de divination qu’après avoir pris ses décisions sur un mode rationnel !
Il est avantageux de traverser les grandes eaux.
Supporter ce qui a été corrompu par le père.
Si l’on persiste on connaîtra l’humiliation.
Elle m’a regardé avec ses beaux yeux tranquilles. L’intimité est au rendez-vous, au concert, à table, sur le lit pendant que nous parlons, dans nos corps et dans nos sexes au plus sombre de la nuit.

Ce matin, le rappel. Plaisirs encore plus intenses, puis elle est venue sur moi goûter mes dernières forces. Nous avons quitté la chambre à midi.
— Je viens de réaliser que [mon homme] a toutes les raisons de comprendre, pour de fausses raisons, qu'il y a quelque chose entre nous.
— Mais voyons, il n’y a rien entre nous ! :-)

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Lundi 28 janvier 2008 1 28 /01 /Jan /2008 13:49
amants-poissons.jpg Ma dernière rencontre intime avec Iliane est longtemps restée le point culminant de ma vie amoureuse. J’ai attendu quelque temps la promesse d’un recommencement tandis que la vie nous maintenait à l’écart. Mon amante « céleste » est retournée vivre parmi les humains, en prise avec le quotidien de son existence, tandis que je cultivais le souvenir de cette expérience. Puis il a fallu me rendre à l’évidence que ce rêve d’un horizon au delà de l’horizon n’était qu’une chimère. Pour Iliane, comme pour ceux qu’elle a mis dans la confidence, notre relation est une sorte de communion spirituelle échappant à toute description raisonnée. Quant à moi, je rêve que la magie revienne, frisant l’éblouissement lorsque nos chemins se croisent sans vraiment se toucher.

Nous avons attendu. Un an, deux ans ont glissé autour de propositions de rencontres, comme les eaux d’un fleuve le long des flancs d’un navire en panne. Il y avait toujours un événement, un amant encombrant ou une ambiance inappropriée qui remettaient le projet à plus tard. En fait nous ne nous sentions pas prêts.

Puis elle m’a écrit : « Demain, si tu peux, ma porte est ouverte. »

Je n’ai pas réfléchi au sens de ma visite pendant les six heures de trajet. Trop d’inconnues, problème sans solution, voir sur place. Être soi-même et non pas ce qu’on souhaiterait être. J’ai mis sur l’iPod la suite de ce que raconte Michel Onfray au sujet de Lucrèce… Il se trouve que j’en étais à ce point de l’écoute de ses conférences à l’Université populaire de Caen. Avec sa philosophie de l’amour-passion et sa célébration du « couple ataraxique » Lucrèce ne pouvait pas mieux tomber pour donner un peu de cohérence à mes pensées.

Ces deux derniers jours Iliane est restée clouée au lit par des tensions douloureuses. Elle me l’a annoncé au téléphone juste avant que je prenne le train.
— Est-ce que tu pourras décoincer mon dos ?
— C’est à voir. De toute manière ça ne peut pas empirer, pas vrai ?
En même temps je prends connaissance d’un message de Catherine qui souffre d’un lumbago et s’inquiète au sujet de la soirée que nous nous sommes réservée la semaine prochaine… Qu’ai-je fait au bon dieu pour mériter cela ?

Iliane me prend à la gare dans une auto dont le chauffage est en panne tandis que le moteur est proche de l’ébullition. Image évocatrice de notre relation ! Nous dînons tranquillement, sans effusion inutile mais comme toujours avec une attention méticuleuse aux formes, matières et couleurs des ustensiles. Les repas pris ensemble sont souvent des rituels improvisés. Elle est toujours aussi mince et j’aime la regarder manger. Nous communions avec les saveurs sans nous toucher autrement que par des mots anodins assortis de clins d’œil et de sourires. La conversation tourne autour des assiettes sur la table ronde : notre relation, nos proches, les événements qui ont compté ces derniers mois, les lectures qui m’ont marqué, entre autres « L’intelligence érotique » d’Esther Perel et « Ma mère » de Georges Bataille.

La vaisselle rangée, il est naturel de se retrouver sous une douche brûlante, puis enlancés dans la tiédeur accueillante de la couette, son sexe tendrement pressé contre le mien palpitant de plaisir. Il n’y a eu aucune négociation de ce qu’il devrait advenir de notre intimité dans les conditions actuelles de notre relation. Aucune contrainte, sinon celle, classique entre nous, de demeurer attentifs au présent et à la présence. La bulle magnétique de l’attraction érotique s’est reformée autour de nous ; les corps sont émoustillés mais le désir sauvage n’est pas au rendez-vous. Plaisir et douleur enlancés nous invitent à découvrir ce qui rend la fusion amoureuse insupportable. Notre cheminement hors du quotidien emprunte des sentiers escarpés peuplés de dragons — nos émotions, nos peurs, nos illusions — qui ne nous autorisent pas à danser dans l’insouciance.

Nous sommes en fusion mais en décalage sur le plan des émotions. Mon désir s’est sublimé en satisfaction béate, comme si nous venions de connaître la jouissance. Cette sensation ne me quittera pas pendant le séjour. Mon amante y participe par des caresses maternantes — ne remplacé-je pas l’ours en peluche qui lui sert d’oreiller ? — mais dans son for intérieur elle gravite violemment du désir au rejet, du plaisir au dégoût, de l’abandon voluptueux à l’étouffement. Des tensions dans son dos, des douleurs dans ses seins cherchent l’apaisement de mon toucher sans prêter attention aux caresses. Parfois le désir (de la pénétrer et de jouir) me submerge et mes gestes deviennent possessifs. Elle se sent comme prise sans pouvoir se débattre. Puis les énergies et les pensées reviennent à l’équilibre et nous nous laissons bercer par la félicité.

La nuit je vais dormir seul dans l’autre chambre, comme à l’accoutumée. La course-poursuite est suspendue pendant quelques heures pour nous laisser reprendre des forces. Le matin, après une douche purificatrice, je reviens près d’elle. Elle est loin d’être aussi tendue que lors de nos rencontres précédentes, ce qui me permet de réaliser le chemin qu’elle a parcouru sur la voie de l’autoguérison. J’ai avancé aussi, de mon côté, vers une meilleure compréhension des mécanismes d’enfermement. Nous sommes tous deux passés à la vitesse supérieure pour régler les problèmes, même si la tâche nous paraît encore rude.

Un matin je l’ai trouvée assise sur son lit en train de méditer. Côte à côte nous sommes restés en silence, seuls avec nous-mêmes, accordés.
— La toute première fois que nous nous sommes rencontrés c’est ce que j’avais prémédité : partager quelques heures de silence et rien d’autre. Dans « l’être » et non dans le « faire »…
— Oh…
— Puis on s’est touchés, tu es venue sur moi, écrasant mon sexe avec le tien en criant : « J’ai envie de faire l’amour ! »
— Oui.
— Alors on s’est caressés jusqu’à satiété, on s’est retrouvés nus mais sans faire l’amour pour diverses raisons que tu avais invoquées. J’ai contemplé ton corps abandonné à mon désir, en toute confiance, j’ai aimé ta beauté, ce qu’elle produisait en moi, anticipant cette relation qui passerait par le sexe…
— Au détriment du silence…
— Ce silence ne pouvait pas exister dans l’orbe du désir. C’est pourquoi nous nous sommes livrés au bricolage.
— C’est exactement ça : du bricolage !
— Mais ce bricolage nous a quand même emmenés dans un monde insoupçonné.
Plus tard j’ai repensé à cela en écoutant la chanteuse tibétaine Yungchen Lhamo, les yeux fermés, pendant qu’Iliane prenait un bain et que je projetais mes pensées dans l’eau ruisselant sur sa peau.

Un soir nous avons ri comme des malades au cabaret-cirque.

Le dernier matin j’ai été en contact avec ses douleurs, massant légèrement les fascia autour de ses seins, puis ses épaules et son ventre. C’est alors qu’elle a pu exprimer la douleur psychique dont elle était prisonnière, démontant une mécanique de l’enfermement qu’elle venait de reproduire avec moi mais qui perturbe ses relations avec tous les hommes. Elle est captivée par l’intellect et l’assurance de l’homme — ou l’idée qu’elle s’en fait. L’homme tisse sa toile autour d’elle, comme une araignée, avec des mots qui la bercent et la paralysent. En même temps elle a peur d’être abandonnée par le père/protecteur/amant. Alors, à son tour, elle tisse une toile autour de lui, mais cette toile est faite de pure énergie érotique. Elle ressent un besoin vital d’être désirée. L’homme se laisse faire, y trouve son plaisir, mais très vite elle souffre de se sentir enfermée, dominée et incomprise.

Nous entrons dans une analyse bienveillante de ce processus. Il n’est pas question de le condamner ni d’en négocier le remplacement par un autre plus raisonnable, mais de comprendre les avantages que chacun de nous en tire, et qui justifient que nous l’entretenions. L’enjeu de notre rencontre se révèle à nous comme un monstre à plusieurs têtes dont les unes expriment la félicité alors que les autres sont menaçantes.

Elle reçoit plusieurs appels téléphoniques de personnes qui ont besoin d’elle en urgence. Nos questionnements se mêlent à ces demandes ; autrement dit, notre histoire privée se prolonge dans sa vie sociale, pour le plus grand bien de sa confiance en soi. Elle peut observer que je me sens concerné sans que cela produise un jugement ni une quelconque approbation. Ce qui signifie que je ne suis plus un point de référence pour elle, ni un garant de sa stabilité ; elle sait marcher sur ses deux pieds.

Il nous restait une demi-heure d’intimité avant que je reparte à la gare. Nous sommes restés enlancés, presque silencieux. Puis elle a pris sa guitare. Il paraît qu’elle n’a pas chanté depuis des semaines, mais bizarrement sa guitare est accordée. Elle me dit « désolée pour Sarko » puis entonne « Quelqu’un m’a dit… » de sa voix que j’aime tant. Une voix qui m’accompagnera pendant les six heures du retour.

J’ai résumé pour elle un extrait d’ouvrage sur la sexualité féminine selon le Tao, version féministe nord-américaine. Il y est question de l’ambrosie, des trois « fluides sacrés » de la femme et des orgasmes qui vont avec. Nous avons cherché ensemble, sur elle et dans un gros atlas, des détails anatomiques comme les orifices des glandes de Skene… Son sexe joliment épilé était comme un livre ouvert, une cathédrale gothique qui ne peut s’empêcher frissonner de peur/plaisir si un doigt curieux s’aventure à entrouvrir les lèvres.

Elle m’a montré des bijoux qu’elle joue à accrocher au capuchon du clito, à ses mamelons et au prépuce de son amant. Nous étions comme deux enfants cachés dans la buanderie pour braver les interdits. Plusieurs fois j’ai imaginé glisser mon sexe dans le sien mais il y manquait la rosée qui m’aurait rendu fou.

Plus tard j’ai compris que ce que nous vivions était plus subtil que l’évitement de la jouissance. Il se passe quelque chose de particulier dans notre intimité. Le contact sensuel me met en relation avec la rencontre extatique vécue il y a deux ans, comme si j’étais resté en suspension dans un bonheur inaltérable. Nous avons l’impression diffuse que, si nos sexes s’accouplaient une nouvelle fois, ils nous feraient retourner à des sensations « ordinaires » que nous pouvons vivre plus intensément avec d’autres partenaires. Telle est notre conviction, en ce moment même, ce qui n’exclut pas qu’une autre fois nous ayons envie de vivre d’autres accouplements mystiques.

L’intimité sensuelle avec mon amante « tantrique » est ennivrante, plus précieuse que les spasmes de la jouissance, et paradoxale puisque la tension du désir est bien présente. Mais je ne voudrais pas utiliser cette expérience pour faire l’apologie d’une sexualité « dématérialisée ». Bien au contraire, il ne me semble pas possible de vivre quelque chose de semblable sans un long parcours de découverte d’une puissante osmose sexuelle.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 00:00
Le temps d’un inspir. Gould était au piano. Elle me serrait dans ses bras pour nous réchauffer. Au parfum capiteux de sa chevelure et de la laine sur ses épaules s’est mélangée l’odeur incertaine d’une gorge chargée de tabac. Ou bien serait-ce une matérialisation du piano ? Le temps d’un inspir. Laine, haleine. Ivresse amoureuse surgie de l’oubli, sous le pull un cœur de femme aux mains virtuoses. C’est toi, mon amour ? J’ai goûté la peau de son cou avec la pointe de ma langue. Non, c’est elle. La musique s’est enfin détachée de mon amour musicienne. Nous dansons presque immobiles dans un balancement gauche et subtil. Aimer sans passion.

Il me plaît de lui faire à manger pour chauffer son ventre. Mise en bouche avec un fruit au goût de sexe de femme. Puis une céréale et des légumes. Coriandre et cumin relevés au curcuma. Nous buvons du romarin. Aujourd’hui elle me fera goûter un baiser parfumé au miel : trop bon, il vaudrait mieux ne pas en abuser ! Nous partons immédiatement marcher à travers la campagne, franchir des routes, escalader des collines odorantes. Ayant perdu le nord nous traçons un grand cercle alors que je me croyais dans la direction opposée. Revoici le chemin du retour à travers les vignes. Il faut y penser car le soleil baisse et le froid va nous manger les entrailles.

Pour moi c’est un jour de fête. Tant de fois j’ai rêvé de la conduire ici et de marcher près d’elle dans cette forêt que j’ai peuplée de fantasmes. Ici, un arbre auquel je pourrais l’attacher pour lui faire l’amour. Je n’en ai aucune envie mais il me plaît d’y penser. Il suffit de remplacer les arbres par des mots et les cordes par des sentiments effilochés au fil du vent.

Je ne sais pas lequel de nous s’est arrêté à la lisière d’une vigne. En tout cas, nous sommes enlacés une nouvelle fois. Pas un instant je n’ai cherché à savoir si des paysans, des promeneurs ou des chasseurs pourraient nous voir. Dans ses bras je suis nulle part — peut-être invisible.

Anne me donne une fois ses lèvres puis m’embrasse pour de vrai. Avec une infinie délicatesse, elle me laisse le temps de goûter la chair de sa bouche, son souffle et sa langue au son de paroles imprononcées. Je la vois fermer les yeux tandis que nos lèvres restent en suspension, se touchant à peine, son beau visage tourné vers le haut comme si elle attendait que l’éternité lui donne un baiser… Que les désirs des hommes se joignent au sien pour aller vers lui, son amoureux. Alors, mon désir aussi. Puis elle se redresse, soulevant très lentement ses paupières pour croiser mon regard paisible.

Je reste stupéfait, ébloui par ces baisers qui gagnent en intensité alors que nous ne faisons rien d’autre que respirer des effluves de bonheur. C’est une ronde voluptueuse qui n’en finit pas. Danse démesurée hors des sentiers tracés. Quelque chose qui vire à l’horizontale, revient et recommence, jamais à l’identique. Je n’ai pas envie de choses qui montent droit comme la jouissance du ventre.

Alors que je pourrais me perdre seul dans cette contemplation, je reviens sur terre car elle s’est mise à pétrir mon sexe à travers les vêtements.
— (Moi) J’ai envie de toi.
— Alors, fais-moi voir ton désir !
Cette fois j’ai osé prendre possession de sa bouche, dévorer son amour.
— Pas mal !
Mais c’est un autre désir qu’elle attend. Pour cela, elle ouvre ma ceinture. Un souffle de vent froid sur ma verge, et tout de suite ses mains gantées de laine. C’est une sensation nouvelle et délicieuse. Elle caresse longuement ma racine tandis que nos bouches continuent leurs ébats. De temps à autre je risque une main contre sa peau. J’ai tenu son sein gauche en entier, fièrement gonflé comme une voile, le temps d’exaspérer l’autre désir, celui de la pénétrer avec mon sexe. Puis j’attrape l’autre à travers le gros pull, glissant la bosse du mamelon entre deux doigts.
— Je le pince !
— Tu me fais mal…
Je voulais pincer fort jusqu’à ce qu’elle me supplie d’arrêter. Pas pour qu’elle souffre, bien sûr, mais parce que mes mains en ont rêvé.

Depuis qu’elle s’est emparée de mon sexe elle voudrait que je fasse de même avec le sien mais je n’ai rien compris. Alors elle fait signe à mes mains incrédules de la toucher. Le plus agile de mes doigts prend un bain impérial dans le nectar qui coule entre ses cuisses. Je voudrais qu’elle prenne du plaisir, là, tout de suite, on appuie sur le bouton et c'est emballé. Mais comme mes doigts ne savent que répéter des gestes appris, des automatismes, je finis par les laisser se vautrer comme des enfants qui pataugent dans une flaque. Au moins, qu’ils y prennent plaisir !

Je voudrais que ma verge devienne encore plus douloureuse dans les mains qui la malaxent avec force. J’appuie sur sa tête pour qu’elle s’accroupisse et me prenne dans sa bouche. Elle ne veut pas. Encore une fois, j’ai aimé la forcer doucement et sentir sa résistance. Elle me fait comprendre que son sexe pourrait rencontrer le mien. Je le plonge dans l’espace entre ses jambes. Position debout, très inconfortable pour nous deux.
— Tu n’y arriveras pas comme ça.
— Alors contre l’arbre, là bas.
Nous remontons dans la haie. Elle s’accroche au tronc, je baisse un peu son pantalon et m’appuie contre sa croupe, glissant ma branche le long du sillon velouté, puis la pénétrant en m’aidant d’une main.

La chaleur somptueuse de son sexe autour du mien un peu transi. Retour à la matrice. Le vent froid sur nos fesses et ses cuisses qui refroidissent sous mes mains froides, comme celles d’une morte. Vivre, vite. Envie de jouir.
— Tu n’as pas envie.
— Tu as raison, j’ai froid.
Comme s’il était nécessaire de jouir… Aujourd’hui je m’étais programmé pour que mon sexe ne touche pas le sien. Il fallait que nous respections le « territoire » de la maison et il n’aurait pas été raisonnable de se découvrir alors que nous marchions d’un pas vif à travers l’engourdissement de la forêt. Mais elle a répondu un besoin que je n’osais pas exprimer, celui de faire aller et venir mon sexe deux ou trois fois dans la volupté de son vagin. Il n’en fallait pas plus pour relier le ciel et la terre.
— Alors, aujourd’hui, pas de colère ?
— Tu parles ! Je suis comblé, merci.
Merci merci merci. Elle me donne toujours plus que je pourrais demander. Plus qu’elle ne voudrait donner.
— J’aimerais t’embrasser… pendant un an !
Ce n’est pas ce que je voulais dire mais je n’ai pas trouvé pas les mots. Il y a une intimité plus profonde dans nos baisers que lorsque nous accouplons nos sexes. Je comprendrai plus tard que la différence tient à moi, au lâcher-prise dont je suis capable. Car j’ai envie des deux, bien entendu.

Nous sommes rentrés après avoir grappillé des raisins épargnés par la vendange, presque confits sous le soleil d’automne. Encore une boisson chaude, le baiser au miel, les Inventions à deux voix, à trois voix, les Suites françaises et autres préludes de Bach.

Elle avait hâte de lire son courrier, un message de son amoureux. Elle l’a lu puis m’a embrassé les yeux fermés. Je jouis de son bonheur comme un vrai parasite.

[Suite]

Par Julien Lem - Publié dans : Lire de bas en haut
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Dimanche 11 novembre 2007 7 11 /11 /Nov /2007 00:00
Le cœur hilare et le sexe en colère. Le sexe avait tout prévu, rester en ville et louer une chambre d’hôtel pas trop minable, sauf que, pendant qu’ils arpentent les rues sous une bise glaciale le sexe de la femme annonce au sexe de l’homme : « Ce soir je ne vais pas rester avec toi, je n’ai pas envie de faire l’amour. » A-t-elle dit « l’amour avec toi » ou « l’amour » tout court ? C’est sans importance et sans incidence sur les heures à venir. Mais elle a quand même laissé ses affaires dans la chambre, le temps qu’ils trouvent un restaurant pour se faire servir quelque chose de chaud. Le sexe désirant aime manger chaud quand il ne peut pas s’accoupler ; et, puisque le sac est resté en otage dans la chambre aseptisée, le sexe désiré y retournera au moins cinq minutes, le temps d’imprimer une légère empreinte sur le lit pas encore défait, où l’ami pourra poser sa tête et rêvasser pendant des heures, le temps d’évacuer sa frustration.

Le sexe n’avait rien compris mais le cœur savait. Ils étaient là, allongés tout habillés sur le lit, car elle avait quand même tenu à rester, un moment, deux moments, aussi loin que l’y autoriserait l’avancée de la nuit. Elle avait commencé par s’asseoir, prenant la tête de son ami entre ses cuisses pour caresser son torse, mais pas trop longtemps car cette caresse faisait monter le désir de l’homme au-delà du supportable. Elle ne voulait pas qu’il souffre. Elle lui a demandé s’il se sentait bien qu’elle reste près de lui, s’ils pouvaient s’aimer sans faire l’amour. Cette demande l’a touché au fond du cœur.

Ensuite elle est là, allongée sur son côté droit, belle à mourir, les yeux pleins de vie comme un lac pendant la saison des pluies. Remplie de ce bonheur qui déborde et inonde son entourage. Il s’est blotti contre elle, nu sous la cascade, jusqu’à se sentir comme un bébé qu’une jeune mère aspergerait amoureusement dans le bain. Les bébés aussi ont des érections, tout va bien, monsieur le sexe ! On ne vous oublie pas, mais, je vous en prie, ce n’est pas le moment de troubler la surface du lac. Pas le moment de briser le reflet fragile de ce cœur émerveillé qu’elle étale grand ouvert.

Et puis il se sent comme s’ils venaient juste de faire l’amour, dans le prolongement des jeux sauvages dans la forêt, si proche, et pour elle d’une rencontre amoureuse encore plus proche. Il n’a rien dit de cette sensation, car il ne lui paraît pas convenable de prononcer à la suite « nous », « faire l’amour », « jouir »… Ces mots ne leur appartiennent pas aujourd’hui. Il veut se glisser dans son bonheur à elle, jusqu’à sentir la présence de son amoureux et devenir un simple témoin de l’amour qu’elle lui raconte. Il sait que ce n’est pas cette présence qui leur interdit le sexe — aucune rivalité n’est en jeu — mais plutôt son besoin à elle de savourer ce qu’elle vient de vivre. Ils sont chacun dans le prolongement de frémissements de vie qu’on ne refait pas, et qu’il convient de laisser fondre doucement, jusqu’à ce qu’il n’en reste que des souvenirs, des pages écrites, des mots prononcés. Il est heureux qu’elle parle, ce soir, il voudrait qu’elle ne s’arrête jamais.

Le sexe a compris et il se tait. Le cœur se glisse en riant dans chaque enfractuosité des mots tendres. Il l’aime plus que jamais : elle qui l’a mis nu, pas seulement dans la forêt, adossé à un arbre en plein jour, mais aussi dans leurs pensées et leurs rêves pendant la longue traversée. Elle l’a pris nu et lui a tout donné : du désir, la jouissance de son corps, une flamme de vie qui s’est transformée en brasier, l’invitation à venir en elle, dans l’onctueuse volupté de son sexe mais aussi dans les arcanes tumultueuses de son histoire de femme. On n’a pas l’un sans l’autre, une fois scellé le pacte d’amitié. Il s’est invité en elle, elle s’est invitée en lui.

Elle lui a demandé s’il voulait bien la masser. Le sexe a gêmi dans son sommeil comme s’il venait de faire un mauvais rêve. D’abord il n’aime pas masser à travers des habits, elle le sait mais il n’ose pas le rappeller : elle a peut-être froid, ou peur qu’il vienne sur elle comme un chien fou ? Peu importe, il a glissé ses mains sous le pull pour toucher la peau de son dos. Elle a fini par le quitter. Sa peau est de plus en plus douce à mesure que s’éloignent les morsures du soleil. Le sexe se frotte les mains. Difficile de masser quand le désir est tapi dans l’ombre, mais à aucun moment elle ne lui fait subir l’épreuve du rejet, ni celle, encore plus humiliante, de « je veux tes mains mais pas ton sexe, pas tes lèvres, rien de mouillé de toi ». Elle sait ce qu’il a vécu, elle a entendu cette souffrance et fera attention à lui comme on fait attention à ce qu’on offre à boire à un ancien alcoolique.

En réalité elle a envie d’être pétrie, touchée vraiment, pour une fois sans aucune idée préméditée. Ils ont été privés de ce toucher, pendant leurs rencontres, trop occupés de connaître la réponse aux désirs, aux non-désirs, bien que parfois leurs peaux se frottent jusqu’aux convulsions du ventre, mais sans se toucher réellement. Se toucher. Ils y ont pensé tous deux avec conviction, ils savent ce que cela implique de spontanéité, mais la pensée, le plus souvent, s’interpose. Ou bien c’est un peu de lâcher-prise au seuil de la jouissance, mais si peu. Aujourd’hui, le sexe neutralisé comme une ruche enfumée, elle lui donne l’occasion de toucher pour de vrai… Il en a envie, il a fait un pas dans cette direction, même si ses mains restent malhabiles et la peau de ses doigts exaspérée par la sensation macabre des chairs à travers un tissu lisse et noir. Le sexe dit qu’il vaudrait mieux qu’elle s’en aille au diable, que son corps disparaisse hors de portée de ses mains, de ses muqueuses, de sa vue. Sans être une épreuve c’était un moment difficile, mon amie. Elle :

Elle sait que c’est frustrant pour lui qu’elle lui ait dit aussi abruptement qu’elle ne ferait pas l’amour avec lui. Elle sait aussi qu’elle peut lui faire du bien autrement. Juste en étant proche de lui. Physiquement. Alors elle s’allonge près de lui, les yeux fermés, en silence. Elle est bien près de lui, et elle pense à lui. Son amoureux. Ils restent comme ça longtemps. Dans sa tête, le 4e morceau de « L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato » de Haendel vient jouer. Il l’a touchée, déjà. Plus elle pense à lui, plus elle a envie de faire l’amour. Elle hésite, longtemps. Elle sait qu’elle n’a qu’à demander, que son ami n’attend que ça. Pourtant, elle ne dit rien.

Le temps s’est arrêté mais l’heure a continué à tourner. La femme aimée revient à la surface, il est temps qu’elle rentre chez elle et se fasse couler une douche brûlante en écoutant de la musique. Il a apporté des disques qu’elle aimera mais pas de quoi les écouter. D’ailleurs, tout est à moitié ce soir : la conférence dont ils ont manqué le début, les fruits qu’il a achetés alors qu’elle avait envie de chaud, une rencontre amoureuse sans les sexes, et pour finir, elle, qu’il aperçoit un instant nue jusqu’à la taille dans son pantalon, beauté solaire en haut et noirceur lunaire en bas. Tout est à moitié mais cela n’a rien de dramatique car la plénitude est dans leurs cœurs. Une seule chose : il est temps qu’elle parte.

Elle a bien envie qu’il la raccompagne chez elle. Non, il n’essaiera pas de monter — pourquoi a-t-elle peur qu’il insiste ? Ça lui plaît de marcher un peu même si les rues sont désertes et balayées par un vent glacial qui achève de pétrifier ses organes. De loin on aperçoit deux prostituées à l’angle d’une rue. L’une est blonde et presque jolie. Il s’imagine un moment lui confiant son sexe pour calmer sa colère. Il suffirait de pas grand chose, un orifice féminin ou des mains expertes, et ce constat le détache du désir insensé de troubler le lac tranquille de son amour. Si elle se doutait de ce à quoi il a pensé en croisant les filles… Elle n’a peut-être même pas remarqué leur présence, emmitouflée dans son foulard. Aucun risque de folie car il n’a rien d’autre en poche que la clé de la chambre et son sexe dressé.

Une dernière embrassade. Ils se quittent. Les corps se séparent mais il garde dans un coin secret le goût du baiser qu’il aurait volé si Anne ne le lui avait pas donné avant de partir de la chambre. Son cœur est un peu lourd, mais serein, alors qu’il refait le chemin dans le dédale des rues froides, pour retrouver la chambre à l'odeur insupportable. Le lit où elle est passée, comme un mirage. Il s’y allonge sur un matelas de tristesse, caresse son sexe et ne tarde pas à s’endormir. Heureux.

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Jeudi 1 novembre 2007 4 01 /11 /Nov /2007 14:58
— Dis, quand la glaire cervicale devient moins visqueuse, est-ce que ça veut dire que l’ovulation est passée ?
— …
— Et passé 48 heures, il n’y a plus de risque ?
— Euh…
— Enfin, toi, tu es bien un spécialiste de ça, non ?
— Je ne sais pas répondre. Franchement je serais prudent dans ce cas.
— Alors tant pis pour toi !
Il a adoré ce « tant pis pour toi ». Traduire : « Cet après-midi je vais faire l’amour avec toi, tu viendras en moi, je veux bien que tu jouisses si tu ne risques pas de me féconder ». Il aime entendre une femme annoncer qu’elle va faire l’amour avec lui. Même si elle se contente de dire : « Tant pis pour toi ».

Ce matin, quand Anne est arrivée au rendez-vous sur un parking presque désert, avec son polo bleu clair, pointes de seins en érection, et qu’elle l’a surpris plongé dans Septentrion en quête d’orgies (page 65 : « Le foutre commençait à gargouiller sous elle »)… Quand elle l’a longuement serré dans ses bras et embrassé à pleine bouche, il y avait des hommes au travail tout près qui auraient aimé entendre ce « tant pis pour toi ». Non qu’il se soit senti comme un prédateur fier d’exhiber son trophée, mais dans ce moment de bonheur intense il voulait oublier leur présence, le monde et toute idée de presséance.

Toucher sa peau, enfin. Sa peau sous le soleil. Peloter ses seins comme un sale gosse…

Ils ont acheté un peu de pain aux olives et aux raisins. Encore une fois il a aimé qu’elle l’invite à enrouler ses bras autour de sa taille pendant qu’ils faisaient la queue à la boulangerie. Personne ne les connaît dans cette ville et c’est un soulagement de montrer qu’on ne craint pas la foudre du jugement d’autrui.

Elle lui offre ses lèvres, sa bouche avec plus de ferveur et c’est nouveau pour lui. Il se rend compte qu’il ne sait pas « faire » : il se laisse plutôt faire, mais il en redemande, il ose prendre, ce qui est nouveau aussi.

Ils ont garé la voiture dans un parc naturel au-dessus de la mer. C’est une forêt méditerranéenne semblable à celle où elle s’est fait photograhier nue. Des images qu’il regarde encore avec désir car il ne se lasse pas de la rêver. Elle n’avait pas froid, sur ces photos. Pas de ronces, pas besoin de chercher un sentier isolé, un endroit où l’on ne sera pas dérangé, avec quelques rayons de soleil. Inutile de penser qu’on n’a que quelques heures devant soi et qu’il faudra rentrer avant la nuit, se séparer. Il a envie de faire l’amour avec ces photos imprimées dans la tête. Elle ne pourra pas se mettre entièrement nue à cause du froid, mais elle sera nue dans son rêve éveillé.

Ses seins sont sensibles à cause de l’ovulation (déjà passée ?). Tant pis s’il a envie de les pétrir, de mordiller les mamelons, il garde ces folies pour plus tard et la pénètre sans plus attendre, car son sexe crie famine de retrouver le sien.

Il ose prendre — même s’il est encore maladroit, hésitant, s’il dit encore « pardon » quand il l’écrase ou lui fait mal. Elle lui laisse le temps de découvrir cette force nouvelle, de grandir, de libérer son corps après avoir libéré sa tête. Il se sent vraiment aimé.

Parfois son plaisir à elle monte haut et il est aux anges. Il en oublie de garder le rythme, l’intensité, et finit à contresens comme un danseur débutant piétinant le pied de sa partenaire. Il oublie cela aussi car elle ne proteste pas.

Elle ferme les yeux. Elle pense à son amoureux, sans doute, tout en donnant du plaisir à son ami. Elle offre à son ami le désir d’un autre. Tant pis pour lui, il aime trop cela !

Il sent son désir d’enfant même si elle n’y pense pas consciemment. C’est une qualité encore plus jouissive des fluides dans son vagin. Il a dit à son corps de faire attention et son corps obéit.

Plus envie d’inonder son sexe. Il lui dit : « Je n’ai plus de territoire ».

Son plaisir monte, il traverse des mini-orgasmes avec spasmes et tensions, tandis que sa semence reste puissamment bloquée au fond de son ventre. Plusieurs fois. Ils pourraient faire l’amour ainsi pendant des heures, si son corps n’était pas fatigué par le sol caillouteux, le déclin du soleil, la morsure du vent — aujourd’hui c’est le jour des Morts, n’est-ce pas ?

Il ne sait plus dans quelle position elle s’est arrêtée de bouger les reins pour serrer son sexe presque immobile, dans une pulsation amoureuse. Il a rarement été serré aussi fort par le sexe d’une femme. Chaleureusement, généreusement, divinement. Le merveilleux sexe de sa tendre amie… Le sien grandit chaque fois qu’elle serre. Bien sûr elle le prend pour fou quand il annonce que son phallus est devenu immense — autant que le sachet en plastique qui enveloppait les pains — mais ça lui est égal : il connaît cette sensation d’immensité et sait où elle l’emmène. C’est à lui de cheminer et de trouver.

Mais il fait froid et ils éprouvent le besoin de bouger. Il adore qu’elle prenne son sexe dans une main, tantôt par petites pressions pour le faire durcir, tantôt pour en frotter l’extrêmité, saturée de sensations, contre sa vulve et son clitoris. Il aime cette main qui le caresse en se caressant, tout en sachant que, lorsque le désir sera insupportable, il pourra encore plonger dans son ventre. Mais il ne tiendra pas jusqu’à ce qu’elle jouisse car ses genoux deviennent douloureux sur le sol caillouteux.

Pendant qu’ils sont accouplés il glisse les doigts dans les replis de sa vulve. Il tient à ce que ses doigts prennent part à la fête bien qu’ils n’aient pas pris le temps de la caresser avant qu’il ne la pénètre avec son sexe. C’est un délice de sentir sa fontaine visqueuse, de glisser sur cette onctuosité, de la sentir ouverte, possédée.

Elle s’est allongée sur le côté pour qu’il se glisse en elle. Maintenant il fait l’amour avec cette photo où elle dort nue sous les arbres. Chaque coup de reins lui rappelle l’effort et le plaisir de ses pas lorsqu’il marche en forêt ; cette marche matinale où il pense souvent à elle, puisque c’est elle, avec ses mots, ses images et le désir qu’elle a fait naître en lui, qui l’a amené à retrouver pas-à-pas une relation de bon voisinage entre le corps et l’esprit.

Il aimerait marcher en elle pendant des heures, mais son corps commence à se fatiguer et son sexe perd un peu de vigueur. Alors elle se lève et l’invite à la suivre à travers les ronces. Il a tout de suite compris qu’elle l’emmènait près d’un arbre contre lequel elle pourra s’appuyer, penchée en avant, car c’est dans cette position qu’elle a le plus de plaisir à accueillir le sexe de l’homme. Il sait que son amoureux l’a prise ainsi et qu’elle était émerveillée qu’il sache pénétrer et ressortir entièrement sans effort. Mais après un essai elle se retourne, le plaque contre l’arbre, nu dans la forêt, elle s’accroupit et le prend dans sa bouche pour le faire jouir. « Serre avec tes dents… Oui, encore plus fort ! » Cette fois-ci c’est elle qui n’ose pas, il y trouve un brin de revanche, et il crie de plaisir.

Ils ont repris la route à la tombée de la nuit. Il aime qu’elle pose sa main sur lui. Il ne sait plus comment la remercier… Ils parlent d’amour, d’amitié, de vie sociale, des projets pour cette vie dans laquelle elle s’installe après une longue absence, un voyage dans l’espace et plus récemment en elle-même.

Le lendemain il s’est réveillé avec une sensation de jouissance au bout du sexe dressé et une petite douleur au genou. Il en a conclu que ce n’était pas un rêve. Au petit-déjeûner une amie était en visite. Il a posé sur la table les pots de confiture offerts par son amante, entre des croissants et du beurre de cacahuètes. Sa compagne a souri en lisant les étiquettes mais n’a pas demandé qui les avait rédigées. Il le lui dira demain. La vie est tellement plus simple quand on ne cherche pas à la rendre compliquée.

Quelques jours plus tard il lui écrit :
Je n'arrive pas à imaginer qu'un amant puisse se lasser de faire l'amour avec toi. Car plus je te goûte plus mon désir est fort, et rencontrer ton plaisir en mutiplie les effets comme dans un jeu de miroirs. Je te désire follement et tu ne manques pas. Ça me plaît que tu ailles vivre des plaisirs bien plus intenses un autre homme que tu aimes d'un amour irraisonné. Pour lui la marée haute et pour moi la marée basse : la saveur est intacte !
Érection matinale. Tendre érection qui me rappelle, au sortir du vertige ouaté des rêves, que je suis vivant. Je suis matière, je suis jouissance.
Nous sommes entassés, hilares, sur l’escalier roulant de la nymphomanie héréditaire. C’est l’ascension du ciel. Le déclin ici-bas. Ma verge droite, enflée, est un charbon ardent. Pierre angulaire de la continuité. Flambeau écarlate. Louis Calaferte, Septentrion, p. 62.

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Mardi 21 août 2007 2 21 /08 /Août /2007 14:25
C’est elle qui m’a demandé de choisir de venir ou de ne pas venir pendant les jours qu’elle devait passer seule. Elle avouait ne pas savoir si elle aurait plus de plaisir à me recevoir qu’à goûter la solitude. En ce qui me concerne, j’ai vite compris que la frustration de renoncer à une rencontre l’emporterait de beaucoup sur celle d’une présence moins chaleureuse que son message me faisait anticiper : « En ce moment je me sens proche de toi amicalement, accaparée par une autre relation amoureuse pour le reste. »

Je me suis donc préparé à des semaines de séparation (et de renoncement au désir) au moins jusqu’à son retour en ville. Or, elle me surprend par cette demi-invitation, que je reçois comme un défi de passer quelques jours en compagnie de la « femme sociale » — celle-là même que j’avais évitée dans les circonstances particulières de nos rencontres. J’ai décidé de faire abstraction de mes peurs et de toute attente. Elle n’est pas du genre à manipuler mon désir ni me faire la leçon sur le respect de la liberté d’aimer, et je peux lui faire entièrement confiance.

Elle m’accueille comme je m’y attendais : pas d’effusion inutile. Nous parlons pendant qu’elle prépare un dîner sobre et savoureux. Dialogue social — pas un mot, je crois, ou si peu, sur notre relation. Elle me fait visiter la grande maison : « Voilà la chambre où tu dormiras » puis me montre la sienne à l’extrême opposé. J’ai un pincement à l’estomac car je me vois déjà espérer qu’elle me rejoigne, frigorifié dans ce grand lit. Il pleut et il fait froid, c’est de circonstance.

J’ai apporté quelques films en DVD, dont un qu’on avait convenu de regarder ensemble. Assise sur un bras du fauteuil, elle me serre contre elle pour se réchauffer, ce qui me maintient en vie dans l’appréhension de la solitude nocturne. Elle n’aime pas ce film et me dit un peu avant la fin qu’elle voudrait aller dormir. C’est le seul moment où j’ai failli regretter d’être venu.

Elle me dira le lendemain, en riant, que c’est le froid qui l’a incitée à venir dans mon lit. Il y a de cela, j’en suis sûr, bien qu’elle se soit vite abandonnée à mes caresses, d’abord à travers la laine puis à peau nue. Jusqu’à la jouissance, elle d’abord, puis moi quand elle me tourne le dos pour que je la pénètre. C’est si bon qu’elle ne soit pas féconde et qu’elle me permette d’inonder son sexe comme un animal qui marque son territoire. J’ai besoin d’évacuer un sentiment de rivalité subrepticement infiltré dans mon désir d’elle depuis qu’elle m’a parlé de son « autre histoire ».

Le lendemain matin, elle m’a dit qu’elle pouvait maintenant accueillir mon désir sans attendre son désir à elle. Je suis ébloui par la tendresse et la générosité de son accueil. Elle m’a prouvé que ce ne sont pas seulement des mots ni des sentiments ; c’est ainsi que maintenant je respecte aussi mon désir : il n’est plus chargé de culpabilité et (pour cette raison ?) n’engendre plus de frustration.

Quand nous avons partagé cela, elle m’a serré fort contre elle, peau nue contre peau nue. Sous la peau saturée des odeurs nocturnes, des fluides d’amour qui sommeillent, des pensées et des paroles pas encore dites.

Plus tard, une de ses mains a effleuré et pincé légèrement mon mamelon comme pour satisfaire sa curiosité : les spasmes voluptueux que cette caresse produit en moi — un plaisir « typiquement féminin » selon la plupart des hommes — lui sont mystérieusement étrangers. Je retenais mon souffle pour qu’elle continue jusqu’à cela devienne insupportable.

Enfin, elle s’est mise à califourchon sur moi en accouplant nos sexes. La porte du paradis. La journée s’annonçait ensoleillée et la chambre était assez chaude pour qu’elle se montre entièrement découverte. Je suis ébloui par la beauté plastique de son corps, rose dans la lumière matinale, réalisant que cette silhouette me rappelait celle de Sada dans le film d’hier soir ; sauf que cette silhouette n’a aucune envie de m’étrangler, et qu’elle n’est pas une image : j’ai tout le loisir de la caresser, de l’extérieur avec mes mains et de l’intérieur avec mon sexe.

J’étais ivre de plaisir ; cette apparition s’est inscrite dans mon imagier érotique. Après quelques étreintes elle s’est presque complètement allongée sur moi et m’a demandé de ne plus bouger, puis elle s’est redressée, enveloppée dans la couette.

Mon cœur s’est mis à battre car c’est là que nous aurions pu « commencer » à faire l’amour. Après tout ce que j’ai écrit sur nos rencontres il peut paraître curieux de dire que nous n’avons jamais (pas encore ?) fait l’amour. Nous avons goûté toutes les caresses et presque tous les jeux menant à la jouissance du sexe. Mais c’est seulement ce matin, dans ces courts instant où elle reste droite, immobile, que j’ai la conviction que nous sommes encore au « seuil ». Mon sexe est dressé comme une braise ardente sous un foyer prêt à s’enflammer, mais l’embrasement n’a pas lieu car ce n’est pas le moment, pas l’endroit, pas le lâcher-prise intérieur, pas le désir amoureux en elle. C’est un feu qui ne part pas parce que l’atmosphère est encore trop dense.

Elle m’avait dit la veille que je n’avais pas encore touché la Femme sauvage en elle. C’est vrai, et c’est une autre manière d’exprimer ce que je viens d’écrire. Sur le seuil, la Femme sauvage est restée à l’arrêt, me fixant dans les yeux comme un fauve dominerait sa proie, puis elle a rebroussé chemin. Je l’ai enfin aperçue avec mes yeux, reconnue dans mon cœur, frôlée avec mon corps, alors qu’elle n’existait que dans les méandres de mes rêves.

Il est possible qu’elle ne se laisse pas approcher ou qu’elle ne veuille pas me prendre parce que ses pensées vont entièrement vers un autre homme. C’est une question sans importance pour moi car je suis comblé par ce que nous vivons, même à la frontière de territoires que nous visiterons un jour ou jamais. Pour elle je ne suis qu’un « passeur », ce qui n’implique rien de l’ordre du sentiment ni de l’appartenance, sauf qu’elle ne m’a pas rejeté après la traversée. Nous nous sommes répétés tendrement que nous n’étions pas amoureux l’un de l’autre, dieu merci, et c’est le moment qu’elle a choisi (ou qui l’a choisie) pour baiser voluptueusement mes lèvres. J’en veux encore.

Ses lèvres… Le bien le plus précieux qu’elle ne partage qu’avec le cœur. J’aime les contempler quand elle dort dans mes bras. J’aime les voir s’animer quand nos regards se croisent, sourire quand elle a du plaisir ou qu’elle jouit les yeux fermés. C’est elle qui vient vers moi dans ces moments de magie dont je ne cherche pas à connaître les ressorts secrets ; je préfère ne rien penser, me laisser surprendre, vibrer de plaisir quand ses lèvres font l’amour aux miennes.

Le lendemain nous avons marché, cueilli des fruits sauvages, écouté de la musique, parlé de la passion et de ce qu’elle vit en ce moment. Elle ne me parle pas de lui, je n’ai rien à faire dans leur histoire, mais elle décrit la rémanence du sentiment amoureux en l’absence de l’être aimé. J’ai beaucoup de plaisir à partager cela avec elle. J’aime la sentir amoureuse et j’aime que nous ne soyons pas amoureux.

Nous avons regardé presque entièrement Eternal sunshine of a spotless mind. Le film lui plaît mais elle a sommeil. Cette nuit, il fait chaud et elle me laisse seul. Il me plaît qu’elle soit allée dormir sans venir me serrer dans ses bras, sans souci des convenances, car ce serait bien plus douloureux de la quitter. Le sommeil est vite arrivé, balayant ma frustration.

Après le lever du soleil elle est venue me rejoindre, légèrement couverte. Elle m’a laissé la caresser quelque temps puis m’a annoncé qu’elle voulait surtout dormir. J’ai contemplé son visage pendant quelques heures, jusqu’à ce que le soleil monte et qu’elle ouvre les yeux. J’aime la voir sourire et me serrer contre elle dès le réveil, offrant sa peau douce à mes mains.

Après ce long moment de tendresse elle m’a proposé de lire un texte qu’elle venait d’écrire. Sur un cahier d’écolier à couverture grise, une écriture bleue qu’elle lit avec une émotion croissante : le récit d’un événement douloureux qu’elle a vécu à l’âge de six ans, un témoignage qui va droit au cœur, un de ceux qu’on souhaiterait que tous les enfants (et autres gens « en âge de comprendre ») puissent entendre pour ne pas subir les mêmes souffrances. Nous parlons de cela, de sa mère et du désir/besoin d’écrire pour guérir et transmettre.

Je vis une relation singulière avec cette femme. Nous nous sommes beaucoup écrit au sujet du désir, du sexe, au point que nos corps sont entrés dans l’intimité sans fausse pudeur. C’est elle qui avait souhaité que dès le premier regard je puisse la contempler nue et la caresser. L’expérience était abrupte mais nécessaire pour que le jeu social ne vienne pas fausser cette intimité construite à distance. Cela n’impliquait pas que le désir aille de soi, ni qu’elle vienne vers moi autant que j’avais envie d’aller vers elle. Nous nous faisons plaisir, plaisir à soi, plaisir l’un l’autre, avec toute la tendresse qui sied à notre amitié.

C’est pour cela qu’aujourd’hui encore elle me fera l’amour avec ses lèvres, ces mêmes lèvres qui m’expriment les bonheurs et les maux de son être.
— Je crois qu’il est temps de se lever…
— Lève-toi avant que j’essaie de te retenir !
Elle a quitté la chambre et je suis resté longtemps sans bouger, à questionner ma frustration : de quoi ai-je envie ? De jouir. Qu’elle me fasse jouir ? Je n’ai pas besoin d’elle pour cela, alors que l’ouverture du cœur que nous venons de vivre est unique et irremplaçable.

Je me suis levé pour prendre une douche froide et la rejoindre mélanger des graines, fruits sauvages et flocons de céréales. Nous sommes partis de l’autre côté du fleuve pour cueillir encore des fruits, puis elle m’a emmené découvrir un sentier très sombre à travers la forêt. Nous parlions de mille choses, progressant à travers le feuillage abondant jusqu’à une belle prairie ensoleillée.
— On pourrait faire des roulades sur l’herbe…
— Des roulades ou des galipettes. Mais quelqu’un pourrait nous voir ?
Un instant est passé sur l’image de nos corps nus sur ce tapis de verdure, fantasme conventionnel du soleil et de l’herbe tendre. Mais cela restera une image. Nous voici debout, face à face, croisant les regards, puis serrés l’un contre l’autre, et ses lèvres encore, avec la douceur et la lenteur qui me plongent dans un désir plus profond. Elle a invité mes mains à pétrir ses hanches et j’ai caressé son buste pour leur imprégner le souvenir de formes parfaites.
J’avais envie de te prendre, le dernier matin, alors que tu étais à la cuisine, vêtue seulement d’un pull. Tu me tournais le dos en pensant à lui, nous écoutions « sa » musique dans ce lieu où quelqu’un aurait pu nous surprendre : le territoire des autres… J’aurais saisi tes hanches en te murmurant à l’oreille de ne pas bouger, glissé mes doigts entre tes fesses pour réchauffer ton sexe après le bain, puis une main sous ton pull à la recherche de tes seins. Enfin, mon sexe se faufilant dans l’onctuosité entre deux doigts, pour t’envahir tout seul, fort car il faut faire vite (avant que le livreur n’arrive). Tu te serais inclinée en avant (la position que tu préfères) pour que je pénètre encore plus profond dans ce piège de volupté, serré vigoureusement, jusqu’à ce que je perde le peu qui me reste de sens moral.

Ou bien tu m’aurais offert la noisette la plus délicate, la plus tendre et la plus troublante de notre récolte, celle qui fait encore trembler mes doigts.

[Suite]

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Mardi 7 août 2007 2 07 /08 /Août /2007 16:16
Retrouvailles sans effusion ni émotion particulière sur un quai de gare TGV. L’impression de ne pas s’être quittés depuis des mois qu’ils ont entrepris de visiter ensemble leurs jardins secrets. Ils s’étaient écrit :
— J’ai besoin d’être touché « de l’intérieur ».
— Pareil… même si je te dis que j’ai envie d’être caressée. Exactement ça.
En fait c’est la première fois depuis trois ans qu’il revoit le personnage social ; une confrontation redoutée pour la froideur qu’il avait en souvenir de cette époque. Mais, non, pas d’émotion : il a su fermer les yeux sur les apparences.

Ils ont pris la route sans échanger plus dee trois mots. La femme est allongée sur le siège incliné, couverte (plus que vêtue) d’une robe de tulle. Il n’a de cesse de la contempler avec l’émerveillement du premier regard. Qu’elle est belle, qu’il a envie d’elle… Elle l’invite à poser une main sur son ventre ; c’est un supplice de conduire dans de telles conditions.

Elle parle à sa manière en lui caressant la nuque, l’épaule, le bras. Elle le touche, enfin, présente et entière. Cette présence dans la plénitude sera pour lui le plus grand bonheur de leur voyage. Elle installe sans effort une continuité entre la « rencontre des âmes » vécue à des milliers de kilomètres et cette « rencontre des corps » dont l’histoire reste à écrire alors qu’ils roulent, vitres ouvertes.

Il avait peur qu’elle ne vienne pas, qu’elle change d’idée au dernier moment. Toujours cette peur irrationnelle et risible d’être rejeté ; il faudra bien s’en débarrasser un jour, et il lui en parle.

CIMG1094.jpg Casterino, enfin. La vallée avec ses villages de style italien, le torrent, les hôtels qui hébergent de vieux couples friqués… Ils préparent les sacs après avoir choisi soigneusement un stock de provisions. Pruneaux et abricots secs, amandes, quelques pommes délicieuses, des tomates à l’ancienne, des olives noires, plusieurs sortes de biscuits, du tofou et des algues hiziki préparées la veille ; les saveurs font partie des fêtes amoureuses.

Leur progression est lente jusqu’à la lisière de la forêt. Inutile de parler, laissons les cœurs s’imprègner de l’environnement. Le temps perd de sa pesanteur. C’est cela qu’ils sont venus chercher : un espace sans attente. Mais le soleil a commencé à décliner et quelques nuages (non prévus par la météo) les menaçent. Ils décident de bivouaquer près du torrent, à l’abri des regards. Allongés sur l’herbe ils peuvent enfin se parler, se regarder, se toucher. Il frissonne de plaisir à chacune de ses caresses, à son sourire, ses lèvres douces qu’il n’ose embrasser (sauf quelques effractions à la bienséance). Il ne lui demande rien. Elle ne donne pas pour lui faire plaisir ; c’est petit à petit qu’elle l’acceptera tel qu’il est, qu’elle viendra vers lui.

Ils sont bien. Que dire d’autre ? Ses seins qui gonflent d’amour dans les mains de l’amant comblé, leur imprimant la courbure du plaisir… Leurs caresses se font de plus en plus érotiques, jusqu’à ce que trois gouttes tombées du ciel annoncent un changement de programme.

Il a sorti fièrement une tente qui s’est dépliée en un clin d’œil.
— Tu sais la replier ?
— Euh, on verra bien.
Sous la tente ils ont fait l’amour. Elle a entrepris, avec beaucoup de patience, de lui montrer comment la caresser, puis elle l’a caressé à son tour en lui demandant quels gestes, quelle intensité il préférait. On dirait deux ados découvrant patiemment les mystères du sexe. Avec prudence, car elle est dans une période de fécondité incertaine. Paradoxalement, cette incertitude (et leur accord de ne prendre aucun risque) l’a conduit vers plus de plaisir encore. Il est si facile à un homme de « se satisfaire » rapidement, mécaniquement, en passant à côté de jouissances plus subtiles.

C’est cette nuit là qu’elle a commencé à lui montrer comment caresser son sexe avec un ou deux doigts. Terra incognita : les femmes ne disent-elles pas qu’aucun homme ne sait (ne devrait savoir ?) toucher leur clitoris ? Il en a vu frémir d’horreur au moindre contact : espèce de brute, tu peux l’effleurer à peine ou presser autour, parfois aspirer doucement avec la bouche, mais surtout pas frotter la plante sacrée. Le voici donc consacré jardinier sacrificiel hors du territoire des hommes… Mais il n’ira pas très loin dans sa découverte : trop fort, pas assez fort, trop vite, pas assez vite, c’est une langue étrangère qu’il lui faut apprendre. D’ailleurs il ne tardera pas à la poser, sa langue de chair, sur la porte du paradis, pour gratifier sa bouche de saveurs exquises. Mais ce contact n’est pas assez raffiné pour qu’elle s’abandonne jusqu’à la jouissance.

Il découvre quand même que pour avoir la légèreté requise il faut que toute son « énergie érotique » se concentre dans ses mains. Autrement dit, qu’il ne ressente plus le désir de la pénétrer avec son sexe — dressé ou non, cela ne fait aucune différence. D’une certaine manière il faut qu’il devienne femme, ce qui n’a rien de surprenant puisqu’elle lui fait place dans son intimité féminine.

caresse.jpg C’est aussi cette nuit là qu’elle a caressé le sexe de l’homme jusqu’à l’orgasme. Ce n’est pas qu’il tenait à cette gratification : il n’aime pas jouir sans pénétration, aussi expertes que soient les mains de sa partenaire. Mais il s’y est laissé conduire, lentement, prenant le temps d’observer comment elle accueillait cette jouissance annoncée.

Parfois la jeune amante s’allonge sur le dos pour qu’il s’accouple au-dessus d’elle. Mais elle est gênée par son poids. Alors il se maintient aussi longtemps que possible, les bras tendus. Assez vite elle roulera sur le côté pour qu’il se place dans son dos. Ennivré par l’étreinte vigoureuse de leurs sexes, il contemple son dos, ses hanches et ses jambes en poussant des cris de plaisir.

Il aimerait la voir comme une initiatrice, venue l’accompagner sur de nouvelles avenues du plaisir, de la vie, de son être. Mais elle est différente de celles qu’il a connues. Elle ne se glisse dans aucun rôle. Elle reste « nature ». Quand sa nature est profonde elle l’emmène en profondeur ; qaund son esprit est élevé elle le porte très haut.

Il écrit :
Elle a des goûts inverses des amantes avec je serais tenté de la comparer : celles qui ne supportent pas qu’on touche leurs seins, celles qui demandent que je pince leurs mamelons jusqu’à en avoir des crampes dans les doigts, celles qui me dévorent de baisers, celles qui me font mordre leurs lobes d’oreilles, celles qui ne touchent jamais mon sexe avec leurs mains, celles qui n’aiment pas l’éjaculation d’un homme, etc. Toutes ces oppositions m’ont rendu disponible, attentif à sa présence, loin des souvenirs et des « fantômes ».
Il fait encore une fois l’expérience de quelque chose de troublant :
Quand nous faisons l’amour mon sexe reste au repos, même dans les caresses les plus jouissives, sauf aux moments où le sien désire vraiment s’accoupler. Rien à faire pour lui donner de la « vigueur » s’il a envie de se mettre au repos, sa « décision » est immédiatement suivie d’effet…
Il se souviendra bien plus tard qu’il avait anticipé cette réaction en lui écrivant, le 29 mai :
Récemment j’ai rêvé que tu caressais mon sexe et qu’il restait complètement au repos, comme si j’étais devenu incapable d’érection. Cela me mettait mal à l’aise alors que je n’ai jamais été gêné dans ce genre de situation. Donc je suis soulagé d’apprendre que, pour toi non plus, ce geste [de caresser mon sexe] n’est pas en accord avec l’image que tu as de notre rencontre. Plus que jamais je sens qu’il aime se dresser « de l’intérieur », lui aussi, et donc qu’il reste insensible aux sollicitations extérieures.
Mais il découvre que cette détermination de [son] sexe de n’en faire qu’à sa tête va plus loin. Chaque fois qu’ils sont accouplés et que son plaisir monte, il abandonne la partie au moment précis où il sent venir le « plateau » annonciateur de l’orgasme. Les premières fois il croit y voir une défaillance (une dégénérescence ?) jusqu’à ce qu’il constate le bien-fondé de cette réaction.

Le deuxième jour ils ont marché longtemps à partir du refuge de Fontanalbe. Il a commis l’erreur de ne pas remplir les bouteilles, croyant qu’ils allaient suivre un torrent. Mais ils ont dû ceminer sur un sentier escarpé, en plein soleil, jusqu’au Lac du Basto, avec une montée abrupte (à 2568 mètres) suivie d’une descente dans les éboulis de la Baisse de Fontanalbe. Il avait mal à la tête à cause de l’altitude et de palpitations qui parfois l’obligeaient à faire des haltes. Elle marchait en avant, le plus souvent, l’attendant à quelque distance. Il est arrivé titubant comme un ivrogne.

CIMG1070.jpg Le lac était magnifique. Elle s’y est plongée nue, malgré la chute de température et la montée d’un vent de plus en plus froid. (Il faut bien écrire « nue » pour la beauté de l’image, sachant que cela ne change rien à la sensation de froid…) Ils ont déplié la tente sur un rare terrain plat. La femme s’est recroquevillée dans le duvet en grelottant de froid. Lui était bien en difficulté pour la réchauffer, car l’épuisement l’emmenait dans le sommeil, un sommeil lourd qui le faisait ronfler. Il a fini par essayer de dormir en plein air avec une couverture de survie, mais le vent était trop fort. Alors il l’a rejointe, ils se sont lentement réchauffés, reconstruisant petit à petit leur cocon de tendresse.
Je me souviens que cette nuit-là elle s’est mise à califourchon au dessus de moi en me montrant son dos. J’ai adoré le contact de nos sexes et sa silhouette vue de dos. (Elle est encore plus belle sous cet angle !) De plus, cette position m’a rappelé une anecdote érotique qu’elle m’avait rapportée. Mais mon sexe ne grandissait pas assez car le frottement me prévenait de l’imminence d’un orgasme. Une autre fois…
Elle a fait un cauchemar de harcèlement sexuel dont ils n’ont pas trouvé la clé.

CIMG1076.jpg Le troisième jour le trajet était facile car il fallait seulement marcher jusqu’au Lac Vert dans la Vallée de la Valmasque. Ils ont établi leur campement un peu au-dessus, à l’opposé du refuge, dans un creux de verdure tout près d’un ruisseau qui offre un minuscule plan d’eau avec une cascade. Ils y ont terminé les provisions les plus convoitées : canapés de tofou avec des tomates et des algues. Pour la suite il reste des olives, quelques pruneaux et des biscuits.
Cette nuit-là elle a rêvé que je lui reprochais de ne pas assez me caresser. Je crois qu’elle s’est demandée si sa présence comblait mes attentes, puisqu’elle ne se forçait à rien « pour me faire plaisir ». Or elle me donnait bien plus que des attentions, en éliminant toute attente. La première fois qu’elle m’avait fait jouir en elle — bien que ce fût une étreinte rapide, à notre première rencontre amoureuse — j’ai su qu’elle ne me rejetait pas, qu’elle viendrait à moi quand elle en sentirait le désir, et que rien ne faisait obstacle à notre sensualité. J’ai donc cessé d’attendre une quelconque « preuve de désir » tout en accueillant les gestes de tendresse qui lui venaient spontanément.
Il a appris qu’il pouvait lui parler de son désir tout en la caressant. Et qu’il pouvait en exprimer d’autres :
— J’ai envie de jouir dans ta bouche. (Elle m’a dit d’oser tout demander, elle est libre de refuser, j’ose…)
— Viens…
Elle l’a pris avec fougue, tendresse, spontanéité. Il s’est laissé porter par le courant ascendant jusqu’à l’explosion bruyante, comme on peut se le permettre au bord du Lac Vert. Puis elle est venue poser sa tête près de son épaule, silencieuse.
— Ça va ?
— Oui, ça va. (Sourire)
Il n’a pas osé lui demander de goûter sa semence sur ses lèvres. Une autre fois peut-être. Après cela il l’a caressée puis ils se sont endormis. C’est si simple de demander quand on sait que l’autre est entièrement libre de refuser ou d’accepter, de faire sien son désir.

01-copie-1.gif
Très tôt le matin. Il fait déjà chaud car le soleil donne sur la tente. Je la vois allongée, me tournant le dos. Toujours ce dos, ces hanches, cette croupe et ces jambes magnifiques… J’ai envie d’elle et je fais encore quelque chose d’interdit (dans les protocoles de mes amantes) : je presse mon sexe dans le creux de ses reins. Je la sens se cambrer légèrement, je frotte un peu et elle ne tardera pas à glisser ma verge dans sa grotte brûlante. Quelle célébration du désir matinal ! Je la pénètre avec force et nos hanches s’en donnent à cœur joie. Je sens le plaisir monter dans sa respiration. Un court instant, mon sexe abandonne la partie, se replie, mais je me dis que ce serait tellement dommage d’en rester là, bien que je commence à sentir un frémissement orgasmique au creux du ventre. Elle est comme un cheval au galop, je commence à perdre les rênes, mais j’aurais tellement envie qu’elle bondisse avant de tomber !
Il tombe : cette fois les frémissements sont devenus sans appel, il se retire et sent la montée incontrôlable d’un orgasme. Il freine désespérément — il ne veut pas, c’est trop idiot — mais les spasmes sont là et le sperme ne tarde pas à couler tristement, comme le sang d’une blessure.

Il se sent honteux de l’avoir ainsi abandonnée, lui si fier de savoir « tenir les rênes ». Mais que faire lorsque la « bête » est au galop ? Il n’a appris à se maîtriser que dans une immobilité presque totale.

Ils se rendorment. Lui redoute le regard de la femme aimée, au réveil, qui exprimera sans doute de la déception. Ses yeux s’ouvrent, elle sourit, vient dans ses bras…
— Tu as continué sans moi, rien de grave !
— Mais je n’ai rien continué…
Mais si, il a continué, il n’y avait pas de honte à cela. C’est encore sa tendresse qui va le guérir. Elle s’allonge sur le dos et invite la main de l’homme à la caresser. Aujourd’hui tout est devenu simple : il sait se rendre léger, l’effleurer quand il le faut, la pénétrer ou appuyer quand elle le désire. D’ailleurs il ne sait plus lequel des deux désire, car petit à petit leurs gestes se font un. Une palpitation au bas du ventre féminin donne le rythme, et sa fente chaude et humide aspire l’homme comme une plante carnivore quand elle veut sentir ses doigts — un, deux ou trois.

Petit à petit il découvre une chose nouvelle : le plaisir de ses doigts, leur glissement onctueux entre les flancs des lèvres dont il devine la blancheur délicate, ces lèvres qui palpent et embrassent amoureusement le doigt qui les flatte.

C’est bien elle qui le caresse et c’est de son propre plaisir qu’il est à l’écoute. Jusqu’au moment où le souffle de l’amante s’accélère, ses yeux se ferment pendant que l’amant observe avec émerveillement l’accomplissement de sa jouissance. Voilà pour la guérison.

Quelque temps après elle l’a étendu sur le dos et vient à califourchon.
— Attention, ne prends pas mon sexe, il est encore mouillé de sperme. (Mon dieu, il aimerait qu’elle le prenne, mais ce serait tout sauf raisonnable…)
Elle ne l’a pas pris. Il est posé sur le côté comme un poisson frétillant au bord du lac, mais elle presse son pubis contre celui de l’homme. Il va se passer encore une chose extraordinaire pour lui : ce devrait être frustrant, douloureux même, de ne pas être accouplé, mais il découvre en elle une énergie qui éveille d’autres sensations en lui. Petit à petit, c’est elle qui devient pénétrante et il la sent envahir son ventre, le fouiller avec un sexe immense. Elle le prend de plus en plus profondément jusqu’à ce que son ventre — devenu matrice — soit remué de spasmes, comme dans un orgasme féminin.

CIMG1069fusain.jpg Elle le contemple en souriant, mi-femme mi-homme. Voilà encore pour la guérison : il ne lui est plus demandé d’être le mâle survitaminé, il suffit qu’il reste lui-même, dans toutes les dimensions du plaisir, et qu’il s’y abandonne.

L’avant-dernier jour (samedi) ils ont quitté le Lac Vert pour entamer la descente. Ils se sont perdus de vue pendant des heures car elle l’attendait sur un chemin alors qu’il en avait pris un autre. Elle a fait de nombreux allers-retours pour le retrouver. Mais dans l’après-midi elle l’a rattrapé sur le chemin de la descente. Il ont même marché jusqu’à la voiture, puis ils ont remonté un peu de l’autre côté du torrent pour dresser la tente.
La soirée était belle, nous avons marché sans les sacs vers le fond de la vallée, puis nous avons contemplé le lever de la pleine lune. Je pense en riant à mes histoires de pleines lunes et de rencontres amoureuses : quand on se trouve pour de vrai, sans fantôme ni fantasme, c’est toujours la pleine lune dans nos cœurs. Anne est ici, c’est la seule chose qui compte pour moi.
Ils ont rejoint la tente. L’homme a caressé sa tendre amie jusqu’à la jouissance, puis elle l’a fait venir en elle, couchée sur le côté. Plaisir extraordinaire, une nouvelle fois.
J’y ai mis toute ma fougue, faisant confiance à mon sexe pour me prévenir de l’arrivée du plateau, et bien décidé à l’écouter cette fois. Mais (parce que j’étais vraiment détendu ?) la jouissance n’a pas pointé son nez et nos sexes ont pu continuer à s’étreindre sauvagement jusqu’à ce que je souffre de courbatures dans les hanches. Nous nous sommes séparés un instant, puis j’ai demandé « encore une fois » pour une dernière étreinte qui m’a comblé de bonheur.
Ils se sont endormis. Le matin, alors que le soleil commençait à chauffer fort, elle a pris le sexe de l’homme dans ses mains jusqu’à ce qu’il ose dire : « J’ai envie de toi ». Elle est venue au-dessus de lui. Mais la tente était trop basse, il faisait trop chaud et ils n’ont pas tenu longtemps. Alors elle s’est allongée et l’a invité à venir au-dessus d’elle. Il a senti le don, l’abandon, l’excitation des sexes en contact dans une rare intensité… Mais ses bras se sont fatigués et la chaleur a eu raison d’eux.

Ils ont plié bagages et repris la route. Elle mourrait de faim et surtout d’envie de consommer quelque chose de frais. Des fruits, d’abord, puis une bonne salade et de délicieuses glaces à la terrasse d’un petit snack de Sospel.

Toute la journée il a guetté la tristesse de leur séparation mais elle ne s’est pas manifestée. Quand il a quitté l’amante sur une avenue de grande ville (« On ne peut pas s’embrasser ici ! ») il n’a pas ressenti d’autre émotion que de la gratitude. Merci, mon amie. Après qu’elle ait disparu au coin du bâtiment, il a eu envie de chanter de bonheur.

Le lendemain, il lui a écrit :
Quand tu t’es allongée pour m’inviter à venir en toi, j’avais envie de te prendre, oui, vraiment te prendre, jusqu’à la jouissance, grisé de te regarder et de sentir le seul contact de ton sexe tellement vivant autour du mien…
Puis il lui a raconté comment cette réminiscence s’était transformée en jouissance, tard dans la nuit :
Je me suis retrouvé là naturellement, j’ai imaginé qu’il n’y avait plus de tente, qu’il faisait frais, que tu n’étais pas féconde, que tu étais sur un lit assez haut pour que je sois debout, et que je puisse envelopper tes seins de mes mains pendant que tu te cambrais, tu t’abandonnais dans le plaisir, tu devenais mienne dans cette instant, les mains attachées peut-être. Et je t’ai prise, j’ai joui en toi. Mais ce n’était pas l’orgasme que tu connais de moi. Celui-là est silencieux, terrifiant parce qu’il m’emmène dans un monde dont je ne sais jamais si je reviendrai vivant. Mon souffle bloqué et une énergie surhumaine qui s’engouffre dans ma tête, comme si elle canalisait en une seconde tous les moments de plaisir partagés — avant de mourir on revoit toute sa vie, à ce qu’il paraît. Dans ce moment je sens quelque chose qui coule de mon sexe mais cela n’a pas beaucoup d’importance, c’est tout mon corps qui jouit. Un jour peut-être je jouirai de cette manière en toi, mais je voulais te prévenir que ce n’est pas dangereux. ;-) En tout cas, j’ai senti que cette jouissance faisait partie de notre rencontre et c’est pour ça que je te la raconte ce matin, même si tu es dans un autre voyage déjà.
Deux semaines plus tard

Il est assis sur la rive d’un lac dans la quiétude de la tombée de la nuit. Le silence s’est installé sur les eaux calmes, et l’oubli, soudain, le vide salutaire dans ses pensées… Il a longtemps savouré le retour au cœur du ciel pur. Puis il a interrogé mon cœur : c’est le souvenir d’Iliane-Patricia qui est venu le réchauffer et l’occuper tout entier. C’est avec elle seule qu’il a pu accéder à la même densité de silence intérieur par la voie de l’amour.

Il vient de vivre une belle histoire : interpellé par une Femme sauvage, il l’a vue passer mais il ne l’a pas vraiment touchée. Elle lui a donné au-delà de toute attente mais elle ne s’est jamais donnée. Elle vient de partir comme elle était arrivée. Il pense à trois femmes qui ont croisé sa vie. L’une est profonde et froide comme la terre ; l’autre était bouillonnante comme l’eau ; celle-ci était légère et inconsistante, comme le vent qui vient de disparaître en apaisant la surface du lac.

[Suite]

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