Dimanche 5 juillet 2009
7
05
/07
/Juil
/2009
23:51
| —> Accueil | Table des matières | ...++.....+...+.............. Julien Lem |
On est, P. et moi, dans la phase de l’amour que je n’aime pas. Qui aime ?Exactement. Ce qui me perturbe avec Nelda (comme parfois avec Séverine) c’est de ressentir une pulsion de désir au-delà de celui de la satisfaction sexuelle — qu’elle ne cherche d’ailleurs jamais à me donner. Et plus encore la tentation d’habiller ce désir des oripeaux d’un sentiment amoureux. La tentation est forte chez moi ; elle va dans le sens de nos affinités intellectuelles, vers cette « forme la plus positive » d’une passion qui ne veut pas se dire, et serait voué à une mort certaine si elle était déclarée.
Et je me souviens de cette phrase de Clarissa Pinkola Estes dans Femmes qui courent avec les loups : « Aimer, c’est rester quand votre corps vous crie : “ Fuis ! ”. »
C’est l’heure de quitter la véranda…
On ne supporte pas de quitter la véranda pour pénétrer à l’intérieur de la maison de l’amour. On est terrifié car on devine que, dans la salle a manger, Dame Mort est assise, impatiente. Devant elle se trouve une liste de choses à accomplir, avec inscrit d’un côté ce qui vit, de l’autre ce qui meurt. Elle a l’intention d’aller au bout, d’équilibrer les choses.
Je devrais me souvenir de ceci :
C’est le besoin de forcer l’amour à se perpétuer uniquement dans sa forme la plus positive qui finit par provoquer la mort de l’amour.
N’importe quelle chose peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de Désir. (3, XV)C’est moi seul qui ai décidé que la joie serait souhaitable, la tristesse dévastatrice et le tumulte méprisable. Mais une même force, celle du désir en excès, me projette au gré des accidents vers ces manifestations intérieures, tout comme comme l’eau d’un torrent qui passe de la colère à l’apaisement sous le seul effet de la force de gravité. Je n’ai rien à reprocher au désir quelle que soit sa forme.
Quand l’Esprit se contemple lui-même, ainsi que sa puissance d’agir, il est joyeux, et d’autant plus qu’il s’imagine plus distinctement, ainsi que sa puissance d’agir. (3, LIII)
[Suite]
Ce matin nous sommes restés au lit à écouter de la musique indienne. Je ne suis jamais
rassasié de la caresser. Elle accueillait mon regard avec un sourire qui me fait chavirer. J’aime son visage, j’aime son esprit, j’aime son corps. Ses mains qui s’agitent quand elle est heureuse,
venant à la rencontre des miennes, hier soir, alors que nous étions égarés dans un labyrinthe de saveurs. Il y a des mots et des mets cultivés dans notre jardin en friche. Parfois elle en cherche
un, ou bien elle prend l’un pour un autre et je me rends compte que c’est le même que j’aurais choisi. Elle va vers les aliments les plus insolites qui me donnent faim…— À quoi tu penses ?Avant qu’on se quitte elle me confiera : « Parfois j’ai du désir pour un homme parce que c’est lui, parfois j’ai envie de faire l’amour avec un que je sens bien, et parfois je prendrais n’importe quel homme pour mon plaisir. Ce n’est pas dérangeant tant qu’on ne se raconte pas des histoires. »
— (Comment lui dire tout cela ?) Je pensais, euh… que j’ai de la chance de me réveiller avec une belle femme nue dans les bras !
— …
— Enfin, je veux dire, avec toi en particulier…
— Non, tu as bien dit : « Une femme ». Ce pourrait être n’importe quelle femme qui te plaît. Moi ou une autre, c’est sans importance, il n’y a rien de mal à cela !
[Suite]
J’aime la pression de ses doigts sur mon sexe à travers un vêtement léger, un
geste qui m’apaise et me provoque à l’heure des caresses. Nous sommes partis sous un soleil intense, au méridien du solstice d’hiver, en contournant le chemin qui s’enfonce vers la mer. En
contrebas de la falaise les yeux se perdent entre des méandres de collines rocailleuses, couronnées par le bleu du ciel qui semble nous dévisager.
Plus tard dans la soirée j’apprends qu’elle aimerait qu’on passe la nuit ensemble et même
une partie de la matinée. Elle a fait une pause chez elle pour venir me rejoindre dans un salon de thé. J’adore l’effet de recommencement, la pause étant assez longue pour que je ne l’attende
plus. Nous occupons une alcôve isolée dans le salon vide, le sable et les coussins remplaçant le rocher, et mes mains parlent encore à travers la laine. Plus chaudement car le désir est aussi
intense mais c’est la tendresse qui nous berce à présent. Encore une belle surprise… Les regards des hommes en pataugas ont fait place aux yeux noirs d’une belle femme qui vient s’assurer de
temps en temps que « nous n’avons besoin de rien ». J’aurais aimé que cela dure des heures, et cela a effectivement duré des heures, pour mon plus grand contentement.— Tu as envie d’autre chose ?C’est vrai, mais mon envie même est en décalage. Je sens bien un tsunami de plaisir se former à l’horizon, mais bien qu’elle m’ait encore accueilli en elle je ne suis pas en position pour le laisser déferler. Aucune importance, ne rien attendre : les surprises sont tellement plus belles !
— Oui, de jouir encore.
— Mais tu pouvais me prendre pendant mon sommeil !
[Suite]
Enfant, elle portait de longs cheveux clairs qui lui tombaient dans les reins. C’est ce qu’elle m’a
dit. Et aussi que les hommes — parfois les femmes — n’ont pas tardé à se rendre fous de cette chute de reins, des lèvres gourmandes et des petits seins magnifiques que mes mains
rêvaient d’effleurer un jour qu’elle m’a reçu en chemise de nuit.— J’aimerais que tu me les montres.Je continue de faire l’amour, oubliant sa promesse. J’aime que ces photos existent. Il me suffit d’y penser pour jouir de l’adolescente et de la femme à tous les âges de sa vie sexuelle. Quand je fantasme d’amours adolescentes c’est elle que je préfère avoir comme complice. La doyenne de mes geishas est ridée et juteuse comme une vieille pomme, mais aucune de mes plus jeunes amies ne peut défier le temps avec une telle insolence.
— Tout de suite ou tout à l’heure ?
— Tout à l’heure, ça peut attendre !
— C’est chaque fois une sensation nouvelle !Quand le bouquet a fini d’exploser nous nous sommes effondrés, épuisés. C’est à ce moment là que le téléphone a sonné : son ami politiquement compatible et sexuellement indésirable. Je retourne caresser son clito pour l’empêcher de parler normalement.
— Comme un feu d’artifice ? Des fusées, des fontaines…
— Oui, exactement cela : un feu d’artifice.
— Qu’est-ce que tu fais ?Nous avons éclaté de rire. Il m’a peut-être entendu, tant pis.
— Euh, je me repose. (Menteuse !) Et toi ?
— Ben je me prépare à sortir avec…
— Ah bon, et vous allez où ? (Je ne supporte pas son bavardage au téléphone. Pour la punir, je plonge un doigt dans son vagin sans le mouiller.)
— Au village de…
— Qu’est-ce qui se passe là bas ? (Exaspéré, je frotte grossièrement mon sexe contre sa cuisse.)
— Un feu d’artifice !
[Suite]
[Suite]
— Mais pas à la plage car hier j’ai pris un coup de soleil !Arrivés chez moi, nous laissons la voiture pour aller marcher dans la forêt. Il ne reste que 45 minutes car elle doit bientôt partir. Aussitôt hors de vue elle me dit : « Je n’ai pas envie d’aller loin mais plutôt qu’on se pose… » puis elle me prend dans ses bras. Nous nous allongeons sur un tapis d’aiguilles qui nous fait cruellement souffrir, mais tant pis.
— Je n’ai pas envie de frotter mon sexe contre le tien. Caresse-moi plutôt.Non pas tant pour être caressé que pour que mon désir soit accepté. Elle l’a pris et massé doucement. Puis j’ai commencé à la caresser, pénétrant avec mes doigts, et son plaisir montait tandis qu’elle continuait à m’embrasser. Je mordais ses seins.
— Mais j’aimerais aussi que tu caresses mon sexe.
— Tu regardes l’heure ?Elle n’est pas allée jusqu’à la jouissance, un peu déçue. Elle a senti que je ne m’abandonnais pas entièrement dans la main qui la caressait. Parce qu’on n’avait pas le temps… Il aurait fallu que je m'abandonne dans la main qui caresse en oubliant le désir de la pénétrer avec mon sexe. Cette caresse peut durer des heures et le plaisir est plus fort encore. Le soir je lui écris :
— Il ne reste que 10 minutes.
C'était délicieux, même si je suis resté sur ma faim, et toi aussi probablement.Elle répond et je réponds :
C'était très agréable hier dans la forêt ; c'était très fort pour moi de pouvoir dire simplement : j'ai envie que tu me fasses jouir. Mine de rien, ça n'est pas si facile, car dans le commerce des corps, si on laisse faire les choses "comme elles viennent", c'est "comme par hasard" plutôt les femmes qui se mettent au service de la jouissance des hommes. J'ai envie avec toi de me donner la possibilité d'exprimer simplement mes desirs, sans peur de te blesser ou d'être jugée.Je réponds :
C'est bien que tu m'expliques ce que tu as ressenti ; hier je n'avais pas envie de te donner du plaisir, non par refus de ton sexe, puisque j'ai eu du plaisir à l'avoir dans mes mains, mais par une sorte de revendication d'une histoire qui bien entendu te dépasse, nous dépasse : moi aussi je peux vouloir jouir simplement en "mettant" l'autre à mon service ! Je l'ai tant et tant fait, "spontanément" vu que c'est un peu mon rôle de femme, n'est-ce-pas... Mais le contraire, je ne l'ai pas tant vécu que ça, pour un homme généralement il faut toujours qu'il y ait un retour !
Il a quelques semaines, un ami amant était là chez moi ; un matin, je me suis levée avant lui, j'ai commencé à bricoler dans la cour, puis il s'est reveillé, et moi, spontanément, je suis allé m'allonger à coté de lui, me laisssant caresser, bisouter...jusqu'à ce que je VOIS clairement que je n'avais pas du tout envie d'être là, je voulais continuer à bricoler, moi !!
Je subissais ses caresses, ses baisers, et il n'avait AUCUN moyen de le savoir, puisque je donnais toutes les apparences d'être bien...
Pourquoi diable me suis-je retrouvée là, allongée à ses côtés ? C'est à mon sens une question de construction sociale du désir féminin, soumis au désir masculin.
C'est donc une question qui me dépasse largement ; c'est grâce à des lectures féministes, et surtout à des discussions avec des amies féministes, que je peux mettre le doigt sur ce genre de choses.
Je pense que les femmes qui témoignent ne pas vivre ce genre de choses se mettent le doigt dans l'œil jusqu'au coude, mais ce n'est après tout qu'un présupposé...
Il me plaît d'être au service de ta jouissance tant que tu accueilles mon désir. Sauf par jeu, si on en a convenu ainsi, comme ça peut arriver sur une plage ou dans une salle de cinéma... ;-)
[Suite]
— Les enfants ont de la chance : ils peuvent courir nus sous la pluie. Mais moi je n’ai jamais osé !Séverine ne rentre pas à la chambre. Elle s’est échappée avec l’homme aux beaux yeux dans la salle de pratique. Ils y passeront la nuit, mais sans faire l’amour… Je suis resté fixé sur elle tout en pensant à Hannah.
— N’hésite pas à transgresser les interdits, c’est si agréable.
— Cette nuit j’ai fait quelque chose d’interdit.Je ne propose pas de la réchauffer. Nous reparlons du désir.
— Il faudrait préciser, il y a tant de choses que tu t’interdis !
— Je suis allée marcher nue sous la pluie. C’était délicieux, mais maintenant j’ai froid.
— Merci Julien pour la douceur que tu as mis dans mes reins, merci.
[Suite]
[Suite]
— Alors tu aimes jouir en public ?Le soir nous avons déplié la tente tout près du bord. Impossible de s’en éloigner à cause de la forêt trop dense, mais je connais cette rivière et aucun orage n’est annoncé dans la région. Le silence nous a rejoints et le froid nous a glissés dans le duvet. Pour moi ce lieu est paradisaque… C’est alors qu’elle s’est déchaînée.
— Oui !
— Ne jouis pas, j’ai envie de te sucer longtemps !Elle m’a mordu fort, c’est ce que j’attendais avec impatience. J’aurais crié de douleur si je n’étais bâillonné par le plaisir. Dévoration : sa gorge profonde dans la sauvagerie des Gorges… Puis elle m’a pris dans son sexe jusqu’à la jouissance. Je suis lessivé mais plus tard elle me réveillera pour que je la caresse, doucement et longtemps, et que je revienne en elle. Nous y voilà : le lâcher-prise. La forêt étouffe nos cris, seule une tribu de pies osent leurs commentaires dans le silence qui nous entoure.
Épilogue[Suite]
Vos réactions